DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE XXXIII
des Eléates et de Démocrite : « Rien ne vient de rien ; » ce sont seulement Descartes, Newton et Leibnitz qui ont réalisé Tambitlon prématurée des Pythagoriciens de ramener les choses aux nombres.
Ainsi donc la science et la méthode ne se distinguent guère que par abstraction. Mais par cela même il ne faut ni exagérer ni méconnaître Fintérêt des questions de méthode. Sans doute une méthodologie expresse ne vient jamais qu'après la science, et se trouve toujours plutôt en retard sur elle, comme les poétiques sont l'expression ordinairement attardée de l'art contemporain; et l'on ne peut se flatter de tracer à une science naissante une voie unique dont aucune découverte ultérieure ne l'obligerait à s'écarter.
Mais si une telle méthodologie dérive ainsi de la science faite, en revanche la science qui se fait n'est elle-même que la mise en œuvre d'une méthode plus ou moins spontanée et implicite; l'expérience brute, s'il en existe une, serait seule étrangère aux exigences organisatrices de l'esprit, et peut-être, dans ses résultats jugés les plus objectifs, la science n'est-elle qu'une méthode pour formuler d'une manière systématique les phénomènes. Une conception préalable de la science et de ses conditions domine toujours, au moins en partie, les conclusions et les résultats auxquels on arrive. C'est ce qu'on voit surtout pour les dernières venues parmi les sciences, qui subissent nécessairement l'influence de la forme d'esprit scientifique développée par les sciences antécédentes. Ainsi la psychologie et la sociologie contemporaines.
XXXIV INTRODUCTION A l'ÉTUDE
chez quelques-uns de leurs représentants et dans quelques-unes de leurs doctrines, ont visiblement reçu l'empreinte des conceptions scientifiques dues à la physique, à la chimie, à la biologie. L'associationnisme, l'élimination, dans l'individu ou la société,^ du rôle de la conscience, l'importance prépondérante attachée aux conditions extérieures et matérielles, de la vie physique ou de la vie sociale, résultent en grande partie d'une assimilation des sciences de la nature humaine avec les sciences du monde matériel. S'il y a peu de services directs h attendre, en vue des progrès de la science, d'une méthodologie prescriptive et dogmatique, l'intérêt intrinsèque d'une méthodologie critique ne peut donc être mis en doute. Il sera plus sensible que partout ailleurs, dans dessciences où la complication et la variété des phénomènes, l'hétérogénéité des sources de notre connaissance, la mobilité même de la nature, multiplient les difficultés.
IL — La liberté.
La méthodologie des sciences morales se heurte d'emblée h un obstacle qu'aucune autre ne rencontre plus, du moins pour la pensée moderne. Avant de se demander comment elles doivent procéder, elles ont h justifier leur possibilité même. La science de l'univers matériel ne semble avoir été faisable que du jour oit nous avons éliminé de notre conception de cet univers l'idée de causes volontaires, d'agents plus ou moins semblables à l'homme. Dès lors on se demande