DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE XXXV
comment une science de l'homme lui-même serait possible, et Ton est amené à se croire dans l'alternative, ou d'y renoncer, ou, chose plus singulière, d'en éliminer l'homme même. Tant que nous considérons la nature extérieure, elle nous paraît « nature faite », fixée, soumise h des lois permanentes et inéluctables. Quand nous considérons les choses humaines, nous avons un sentiment presque opposé. Le côté dynamique des phénomènes est là en évidence ; nous nous sentons, à tort ou à raison, placés au centre même d'où ils émanent; nous avons donc l'impression que cette nouvelle « nature » est en perpétuelle transformation; nous la voyons comme une « nature qui se fait », impossible à résumer et à figer en formules immobiles. En même temps, ce tua res agitur que l'étude de ces sciences évoque inévitablement, outre qu'il altère la sérénité et l'impartialité du jugement scientifique, fait entrer en cause les intérêts pratiques. L'idée de ce qui est suscite d'une manière immédiate et constante la notion et même le désir d'un possible différent; l'idéal condamne à tout instant le réel, et par là en compromet ou en diminue la réalité même. Nous ne pouvons plus nous voir nousmêmes du dehors, comme des choses que ne peut modifier la connaissance qu'on en a. Au contraire, psychologiquement et socialement, la connaissance que nous avons de nous-mêmes nous transforme d'une manière continue.
La science de l'homme va-t-elle être rendue impossible par la liberté? Si la volonté attribuée aux agents naturels, pendant 1' « état théologique », com-
promettait la science de iii nature, ne serait-ce pas en partie parce qn'on partait d'un Taux concept de 1h liberté, plutât que parce que la liberté empêche la science? Et, inversement, s'il semble ijn'il l'iiille, pour satisrairc le déterminisme, évincer la volonté humaine de la science des choses humaines, ne serait-ce pas parce qu'on s'en tient k une conception étroite du dé-
Ou peut dire que sa théorie de lu liberté est une de colles auxquelles Mill tenait le plus, et qu'il croyait les plus heureuses. C'est aussi une de celles, nous l'avons vu, qui avaient les plus profondes racines dans sa personnalité même, et dont il rattachait
les origines
la
■aie de 182fi, où il secoue
le cauchemar d'une futalité oppressive et se ressaisit. Dans l'ordre économique, dans l'ordre politique, dans l'ordre intellectuel, on sait quelle place il faitit l'autouoniie de la personne humaine.
On peut donc s'attendre i\ trouver chez Mill une allirmution très énergique et très sincère de la liberté morale, et même l'un des mérites de sa doctrine, assez faible il d'autres égards, est d'avoir bien senti que la liberté morale est un fait donné tout d'abord, alors qu'au contraire la théorie qu'en présentent ceux qui s'en disent les partisans n'est qu'une interprétation attaquable, à laquelle il u'est nullement évident que le déterminisme n'en puisse substituer une au moins aussi valable (ii, 1, n. 2)'. Sans doute, avoue-t-il, la théorie du libre arbitre (d'indifférence) a donné a ses
1. Lca ranTuia sansiadivation (l 'ouvrage se rapportenl ou prisent