DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE XXXVII
défenseurs « du pouvoir que nous, avons de former notre propre caractère un plus vif sentiment que ne l'ont eu, en général, les nécessitariens [déterministes] » (il, 3, p. 24). Mais cela ne tient-il pas à ce que justement ils voyaient avant tout le faity dans leur théorie? Ils croyaient défendre la liberté elle-même, quand ils en défendaient seulement une conception peut-être chiftiérique. Et, inversement, si les déterministes, par réaction et sous l'influence de la même association d'idées provoquée par le mot de nécessité, ont trop souvent méconnu notre responsabilité et notre pouvoir de nous modifier nous-mêmes, c'est qu'à leur tour, en combattant la fausse interprétation de leurs adversaires, ils ont cru, eux aussi, nier le fait de la liberté. La vraie force de la doctrine de Mill est d'avoir démêlé cette confusion du fait et de la théorie; d'avoir compris qu'avant tout la liberté est autonomie et n'implique à aucun titre contingence ou indétermination. Le témoignage de la conscience, très net en tant qu'il affirme un fait brut, a besoin d'être analysé si l'on veut pouvoir dire exactement ce que la conscience affirme ainsi. « Pour qu'un appel à la conscience ait quelque valeur, il faut qu'il s'adresse à ceux qui ont pris l'habitude de la sonder, de distinguer ce qu'ils perçoivent et ce qu'ils sentent de ce qu'ils concluent; à ceux à qui on peut faire comprendre qu'ils ne voient pas le soleil marcher. » {Phil. de Hainiltoriy trad. fr., p. 552, note.) Or la conscience du choix, dûment analysée, n'implique nullement le sentiment d'une indétermination dans le choix, ne révèle point une force supplémentaire créée par un
Belot. — La Logique. c
XXXVIII INTRODUCTION A l'ÉTUDE
mol distinct de ses propres motifs [ihid.y p. 546). Le sentiment d'effort que j'éprouve dans certains actes de choix ne résulte pas d'un conflit entre un moi vide et ses motifs, mais d'un conflit entre deux séries de motifs, entre deux parties du moi lui-même; l'une d'elles, il est vrai, peut être plus stable, plus durable, de sorte que lorsque c'est elle qui triomphe, je dis que je suis vainqueur de la tentation, tandis que, dans le cas contraire, je me sens vaincu : car alors « le moi qui désire finit, mais le moi dont la conscience est blessée peut durer jusqu'à la fin de la vie [ibid., 555-556).
Sans doute je choisis d'après mon caractère, et les adversaires du déterminisme lui font un grief de soutenir cette thèse. Mais nous verrions plutôt là, avec un bon interprète et critique de la philosophie de Mill*, un élément de force dans la doctrine de Mill, s'il avait su en tirer parti. Car un acte n'est vraiment libre et ne m'est imputable que s'il porte la marque de mon caractère, et par conséquent m'apparaît comme mien.
Enfin notre caractère lui-même ne nous vient pas du dehors; nous pouvons le modifier (ii, 3, p. 22), non pas assurément sans en avoir le désir, mais sans qu'il soit nécessaire de supposer à ce désir d'autres causes que notre expérience même des inconvénients de notre caractère actuel. Remarquons ici que la doctrine empirique, du moins en tant qu'on l'oppose à la théorie substantialiste, est plutôt favorable
1. Douglas, J,-Si. Milly a Study of his philosophy ; Blackvfoodf.