‹ La logique des sciences moralesChapitre 24 sur 114 · DU SIXIEME LIVRE DE LA LOGIQUE XLIII · texte numérisé non relu

DU SIXIEME LIVRE DE LA LOGIQUE XLIII

maintient contre ses amis une partie de ce que soutiennent ses adversaires, sans qu'on voie comment,' puisqu'il ne change pas les principes, il aurait le droit de le faire. Tout h l'heure, nous le vovions s'efforcer de maintenir l'unité du moi, tout en persistant à placer la conscience dans chaque phénomène [PhiL de Ilamiltoriy p. 251); de même nous le voyons maintenant affirmer le caractère inconditionnel de la séquence causale, tout en se refusant a y voir rien de plus qu'une séquence. Mill, en effet, nie tout nexus interne entre les causes et les effets : « savoir avant l'expérience qu'un antécédent sera suivi d'un conséquent ne prouverait pas que la relation entre ces -deux faits soit rien de plus que celui de l'antécédence et de la séquence. » [Log,y I, 395.) Avec raison, il signale les illusions qu'entraîne le terme de nécessité, et les notions de contrainte, d'irrésistibilité, qu'il semble inévitablement impliquer ; mais, dépassant le but, il en vient à supprimer tout lien véritable entre la cause et l'effet. On pourrait dire que Mill conçoit le monde comme il conçoit l'esprit : la causalité est pour lui une esi^hce à' association dans l'objectif, se traduisant dans le subjectif par une autre association (d'idées). Mais de même que l'on ne voit pas de fondement à l'association des idées si l'on ne commence par poser l'unité d'aperception consciente, on ne voit pas davantage le fondement de la connexion des phénomènes, de la causalité, si l'on ne commence par admettre quelque unité fondamentale dans les choses. Dès lors si, pour Mill, il n'y a dans rien la causalité que de la succession, on ne voit pas comment il

XLIV INTRODUCTION A l'ÉTUDE

pourra la distinguer des successions qui ne sont pas causales ; on ne sait plus comment une simple séquence pourra être déclarée constante, et valable pour Tavenir, si la causalité ne renferme rien de plus qu'une liaison dans le temps, dont l'affirmation ne peut dépasser l'expérience faite ; on ne sait plus comment la séquence pourra être déclarée inconditionnelle y s'il n'y a rien dans la cause qui se prolonge [pro-ductio) dans l'effet et le rende, sauf obstacles venus d'ailleurs, inévitable. Mill réintroduit dans ce terme d'inconditionnel a peu près tout ce qu'on exprimait par le terme de nécessité, qu'il écarte, et toute la querelle que celui-ci provoquait de la part des partisans du libre arbitre contre les déterministes, pourra recommencer sur ce mot nouveau.

, Ainsi la théorie de Mill est un Janus à double face : contre les déterministes il soutient avec raison que la détermination, n'impliquant pas contrainte externe, n'a rien de contraire h la liberté ; mais il ne le soutient qu'en supprimant tout enchaînement, même interne, entre les causes et les effets, c'est-à-dire en la ramenant a une véritable contingence ; et contre les indéterministes il soutient le caractère invariable et inconditionnel de cette relation contingente, ce qui ne saurait se comprendre.

Puisque Mill semblait avoir compris que rien dans la détermination prise en elle-même n'exclut la liberté, . on aurait pu s'attendre h le voir comprendre aussi que certains caractères de la détermination peuvent seuls avoir cet effet. Ces caractères sont ceux qui sont propres au mécanisme. Dans l'ordre mécani-

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