‹ La logique des sciences moralesChapitre 29 sur 114 · DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LI · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LI

sances, le facteur proprement psychologique, prenne la place la plus importante.

Sur le second point (question de la méthode en psychologie), les lacunes laissées par Mill sont peutêtre plus sensibles encore dans une œuvre de méthodologie. C'est que, s'en tenant trop étroitement h sa conception même de la Logique considérée comme étude des conditions de la preui^Cy il se contente ici, comme pour la sociologie, de cette analyse critique, et néglige la question des sources de notre connaissance. Par la encore sa justification de la psychologie contre A. Comte se trouve insulfisante. L'objection fondamentale de celui-ci était tirée de Timpossibilité de l'observation interne. La réponse qu'il y fait plus tard [A. Comte, trad. fr., p. 64) montre bien que, même alors, il n'en avait pas compris la gravité , et que, plus généralement, les difficultés propres de la connaissance psychologique ne lui apparaissaient pas dans toute leur étendue. Il les réduit à une question de complication. Mais les obstacles qu'opposent à une connaissance scientifique , à l'observation , h l'expérimentation, au contrôle, à la mesure, le caractère subjectif même des faits étudiés, leur fugacité, leur intime fusion les uns dans les autres, leur apparition et leur disparition absolument insensibles, ces obstacles lui échappent. Pouvaient-ils d'ailleurs être bien visibles pour un psychologue habitué a traiter les faits subjectifs comme autant d'éléments séparés, et qui tranche le problème de l'inconscience par une négation toute cartésienne?

La seule idée importante à noter ici est cette idée

LU INTRODUCTION A l'ÉTUDE

qui lui est si chère d'une chimie mentale (iv, 3, p. 44) grâce à laquelle, dans certaines associations, le composé ne laisserait plus apercevoir les éléments composants. Mais il n'a pas suffisamment vu qu'il y a de la chimie mentale jusque dans l'infinitésimal, et que toute conscience, dès qu'elle apparaît, est déjà une synthèse. L'élément de la vie psychique, qu'il voit dans la sensation, nous échappe, et la sensation réelle est déjà une résultante. « La sensation simple, dit Wundt, ne nous est jamais donnée à l'état isolé, mais elle est le résultat d'une abstraction à laquelle nous sommes poussés par la constatation de la complexité de toutes nos expériences internes. » (Cf. Douglas, p. 125.)

Si Mill ne paraît pas se rendre compte de la nécessité de justifier l'analyse psychologique ni dès difficultés qu'elle comporte, il insiste du moins sur l'intérêt des combinaisons et des groupements de faits psychiques. Le caractère, voilà la plus complexe de ces combinaisons. De là l'idée si remarquée d'une lithologie ou science de la formation du caractère. Cette science est le point de jonction entre la psychologie et la science politique, entre l'étude de l'homme individuel et celle de la société. C'est elle, en effet, qui doit fournir les axiomes moyens de la science de l'esprit (v, 5). Constituée par un système de corollaires déduits de la psychologie, science expérimentale correspondante, elle fournirait les bases immédiates de l'éducation (p. 77) et de la politique (p. 136).

Il ne semble pas toutefois que le desideratum ainsi formulé par Mill soit aisé à satisfaire. Lui-même,

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