‹ La logique des sciences moralesChapitre 36 sur 114 · DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXI · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXI

1er à la façon de Macaulay, comme si les grands faits de l'histoire pouvaient se produire tout seuls, comme si les grandes vérités, ainsi que le soleil, se levaient d'elles-mêmes (p. 190). Les gouvernements ont aussi un pouvoir considérable, et même, quand ils sont tyranniques, peuvent être une force précieuse contre cette autre tyrannie, celle de la coutume et de la foule, dont Mill ne se montre pas moins soucieux d'affranchir l'individu. (Cf. Libertéy 128 et 129, et l'intéressante préface de Dupont-White à cet ouvrage, p. lv et LXI.) On a dit, il est vrai, que les peuples n'ont que les gouvernements qu'ils méritent; mais cela ne serait vrai, et encore bien imparfaitement, que si les gouvernements ne pouvaient tirer leurs lumières que de la nation même. Or les gouvernants peuvent puiser à une source étrangère une culture très supérieure à celle de leur milieu : (c Qui donc, de Pierre le Grand ou des rudes sauvages qu'il commença à civiliser, éprouvait la plus réelle inclination pour les choses que l'intérêt véritable de ces sauvages exigeait? » (P. 111.) On a dit de même que les grands hommes n'étaient que le reflet et les représentants de leur milieu social. Mais, lors même qu'ils ne seraient rien de plus, n'est-ce donc rien que de présenter à une nation l'image où elle peut se reconnaître, que de concentrer dans une conscience unique des tendances éparses et diffuses, dès lors impuissantes, et même relativement inconscientes, puisque inconscience c'est défaut d'unité et de concentration. Et puisque toute nouveauté résulte d'une synthèse, les

grands représentants de l'humanité ne sont-ils pas Belot. — La Logique. d

LXII INTRODUCTION A l'ÉTUDE

de véritables initiateurs, s'ils sont la conscience de la collectivité? Une plus forte théorie psychologique de la conscience, transportée en sociologie, eût permis a Mill de défendre sa cause encore mieux qu'il ne Ta fait.

Ainsi le déterminisme de Mill ne nuit pas à son estime de la liberté, des énergies individuelles et morales, ni inversement. D'autant plus regrettera-t-on qu'au terme de son étude il paraisse remettre tout en question et fonder en partie l'espoir de la constitution de la sociologie sur l'influence croissante du passé, sur la ressemblance croissante des hommes entre eux, alors que toute sa théorie morale tend à condamner comme un danger pour le progrès de la civilisation la domination trop complète de la tradition ou de la mode. Lui qui se montre si sévère pour l'uniformité, qui redoute pour son temps, et comme le principal péril de la démocratie, l'effacement des originalités par la censure de l'opinion publique, par une solidarité sociale trop absolue et trop étendue ; qui appréhende la diffusion de la théorie calviniste de l'abolition du vouloir et de la négation de soi {Liberté, p. 109-111), verrait-il dans l'accroissement de ces maux une condition favorable à la science? Et l'antithèse reparaîtrait-elle entre les intérêts de la science et ceux de la pratique?

2. La méthode. — La possibilité d'une science sociale étant admise, quelle méthode va y être applicable ?

Mill distingue trois formes de la recherche sociologique, qu'il appelle, en raison des analogies, la

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