‹ La logique des sciences moralesChapitre 39 sur 114 · L LOGIQUE · texte numérisé non relu

L LOGIQUE

t pas tomber dans ce travers, l'aire à l'expérience e un ussez large crédit, au début d'une science «usai complexe que la sociologie.

Au reste, dans toute cette critique de la méthode xpérimentale, l'expression de Mill semble dépasser a véritable pensée. Lorsque, dès le début, il déclare, kpar exemple, que rexpérîmcntation est impossible en Lvocïologie (vil, 2, p. 89), la formule, prise à, la lettre, ■jserait très exagérée. Assurément nous n'expérimen- Btons pas aussi librement qu'en chimie, non seulement ! des dllHcultés de manipulation, pour ainsi parler, que comportent les phénomènes en question, mais surtout à cause des intérêts pratiques qui sont h en jeu. Pourtant toutes les mesures que le législateur ■:0u l'homme d'Etat peuvent prendre en vue d'un répsultat pratique, le sociologue peut les envisager comme de véritables expérimentations, peu rigoureuses sans doute, précieuses néanmoins. Kt de son côté le législateur n'a pas de meilleur guide qu'une Llarge expérience comparée, et une induction où il Ressaye de s'approcher de l'idéal tracé par les canons «le l'induction; quelquel'ois, Il est vrai. Il est amené i à des imitations maladroites de ce qui se fait ma d'autres pays et dans des conditions diÛ'ércntes ; wurtant c'est encore pour lui le meilleur moyen de régler son actiou, quand ce n'est pas le seul.

Au fond, que condamne donc Mill? Il ne condamne

qu'une méthode d'expérience brute et inintelligente,

<]ui ue chercherait ni h prévoir ni à interpréler les

résultats de l'observation, I! reconnaît bien, en effet,

^que l'expérience seule, la statistique par exemple, peut

nous donner l'indicalioii de la piiiRsnncc relative dr certaines causes (p. 138), nous l'aire connaître certaines coïncidences impossibes ou dilllcîles à prévoir, et susciter des hypothèses dont la vérification constitoern, pour le sociologue comme pour le physicien, la plus solide garantie de ses explications.

B, Ln méthode ^éomélrifjne {ch. viii). — La meilleure preuve que Mill n'écarte ici qu'un empirisme brut, c'est la condamnation inverse qu'il prononce contre la méthode géométrique (ou mélhodede déduction pure et absolue). Car une telle méthode serait justement celle qui méconnaîtrait la part d'imprévu que présentent les phénomènes sociaux, et qui, oubliant que. dans unordredephénomènesaussi complexes, une cause peut contrarier ou transformer du tout nu tout les effets d'une autre, croirait pouvoir se lier entièremeot, comme en géométrie, aux déductions logiquement tirées de certains principes simples et exclusifs.

Mill a bien senti que la dilliculté était ici pour lui, non de réfuter une telle méthode, mais de montrer qu'elle eût été réellement employée. 11 nous en signale deux exemples : la théorie du contrat social chez Hobbos et Rousseau, et la doctrine de l'intcrilt chez Benthaiu et ses disciples. La première se compliquerait d'un double sophisme : car d'un côté elle suppose un fait imaginaire (le contrat) pour expliquer les nécessités admises de la vie politique, et ensuite elle déduit de ce fait même la justification de ces règles pratiques. L'autre, admettant que l'intérêt est le principe unitjne auquel les hommes, pris en gros, obéissent, eu déduit toute une théorie du gouvernement.

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