DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXV
Remarquons tout d'abord que cette expression de science sociale générale peut donner Heu à un malentendu. Quand on parle d'une physique générale, d'une linguistique générale, etc., ce qu'on entend, ce n'est nullement une étude des combinaisons de lois physiques, linguistiques, qui nous rapproche de la réalité, et nous permette une prédiction plus ap proximative de l'évolution réelle du monde physique ou des langages existants. Bien au contraire, ces sciences seraient le produit d'une abstraction plus haute encore que celle dont sont issues les lois spéciales des diflFérents domaines particuliers correspondants. Par exemple, on commence à entrevoir une physique pure qui ne serait ni de l'optique, ni de l'acoustique, ni de l'électrique, grâce à la réduction à un type homogène des diflFérentes énergies naturelles. Si c'est dans cette voie qu'on prétend chercher une sociologie générale, il est évident qu'on s'écartera de l'histoire et du concret, au lieu de s'en rapprocher.
Or ce n'est justement pas ce qu'entend Mill; par sociologie générale il entend au contraire une sociologie d'ensemble y opérant autant que possible la synthèse y la combinaison concrète des lois sociales spéciales, relativement abstraites, pour obtenir des lois historiques exprimant de plus près l'évolution réelle des événements humains. En termes précis, il prend le mot général^ avec une impropriété qui paraîtra singulière de la part d'un logicien si subtil et d'un terminologiste aussi scrupuleux, au sens de la compréhension^ et non au sens de V extension. C'est donc une <( philosophie de l'histoire » qu'il aspire k
LXXVI INTRODUCTION A l'ÉTUDE
superposer aux sciences sociales analytiques, et non une (( sociologie pure ».
On conçoit qu'à une telle recherche s'impose la méthode déductwe inçei^se; car la connaissance des « principes de la nature humaine », des lois biologiques et psychologiques ne peut nous permettre ici que l'interprétation après coup des combinaisons infinies constatées par l'histoire et tout d'abord ramenées, si possible, à des lois empiriques; elle ne nous en permettrait guère la prévision (x, 4).
Dans cette question Mill ne fait guère que suivre Comte; avec lui, il distingue la Statique sociale, science du consensus des fonctions sociales, de la solidarité simultanée des données historiques ; et la Dynamique sociale, science de la transformation successive des états de société; avec lui il admet que cette dernière revêt la forme à'nn progj^Sy et non celle d'un cycle; il lui emprunte enfin la loi des tj^ois états, et par conséquent une conception, ou tout au moins une formule intellectualiste de l'évolution sociale.
Il semble impossible d'entreprendre ici la discussion, ni même l'exposition d'une si vaste théorie. Nous noterons seulement, renvoyant pour le reste à l'ouvrage même, quelques-unes des questions qui pourraient se poser, et des difficultés qui semblent avoir échappé à Mill.
Si d'abord, en statique sociale, on doit admettre d'une manière générale la réalité du consensus, cependant ce consensus est loin d'être aussi absolu qu'on le suppose quelquefois ; il ne l'est pas plus que, psychologiquement, n'est absolue l'unité du moi. Une idée une