‹ La logique des sciences moralesChapitre 45 sur 114 · DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXIX · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXIX

soit par cette division concrète (cf. x, n. 4, 6 et 7), une place évidente pour la notion de cycle. On constatera des régressions dans la politique, l'industrie, et même dans la philosophie et la science. Non pas, il est vrai, des régressions au sens absolu et concret du mot, des reculs ; mais des régressions relatives, dans la forme des institutions ou des idées ; et le progrès même en est fait. Telle institution, en eflFet, impraticable ou infructueuse dans un certain état social, redevient possible et avantageuse quand certaines conditions nouvelles sont données. La démocratie est chose a la fois très ancienne et très récente, mais elle n'a évidemment pas la même portée dans une grande nation moderne, où elle se présente accompagnée d'une solidarité politique, juridique, économique, très étendue, que dans une petite tribu sauvage, ou dans une étroite cité grecque. La décentralisation primitive a dû être sacrifiée à la nécessité de fonder de grandes unités nationales, mais, ces unités une fois consolidées, on peut rétablir une décentralisation partielle de certaines fonctions, sans danger de dislocation, et avec des avantages nouveaux, que l'unité, maintenue par ailleurs, peut seule lui faire produire. La coopération, régime en un sens tout h fait primitif, prend avec l'échange, la monnaie, le crédit, la division du travail et la concentration des capitaux, une portée et une valeur qu'elle ne pouvait avoir sans ces différentes conditions*. Ainsi l'idée de cycle, syn-

1. Des faits absolument analogues se produisent dans le domaine de la pensée ou de Tindustrie. On peut reprendre l'idée pythagoricienne de réduire les choses au nombre, quand une série d'idées

LXXX INTRODUCTION A l'ÉTUDE

thétiquement et historiquement fausse , redevient analytiquement et formellement vraie et féconde.

Enfin il faudrait examiner s'il y a vraiment dans la vie sociale un facteur qui domine a ce point l'ensemble, qu'on puisse rattacher a l'évolution qu'il subit la marche de l'histoire entière. En d'autres passages (en particulier p. 113-115), Mill semble le nier expressément pour combattre le simplisme de la méthode géométrique. Ici, entraîné parles idées de Comte, et sans qu'il soit facile de mettre sa pensée d'accord avec elle-même, il croit trouver cette loi dominatrice dans la fameuse loi des trois états (théologique, métaphysique, positif), c'est-à-dire dans le niveau et la forme du développement intellectuel. Une tentative du même genre, on le sait, a été faite de nos jours par l'école de Marx, pour fonder la loi de l'histoire sur l'état du régime économique. Ni l'une ni l'autre hypothèse, remarquons-le, n'implique la prétention de ramener tous les phénomènes sociaux à l'unique cause qu'elle met en relief; elle essaye seulement d'y trouver la /brmule du cours de l'histoire, le fil directeur de la sociologie <( générale ». Mais, même ainsi limitées, ces thèses paraissent un peu étroites; et la vie sociale est chose trop complexe et trop diverse, la solidarité des éléments trop Imparfaite, nous l'avons montré, pour que l'on puisse espérer dans cette voie des résultats bien complets et bien assurés. La « loi des trois états »

nouvelles l'ont rendue applicable ; on peut revenir à la forme de la draisicnne, devenue bicyclette grâce à l'application de la pédale et de la chaîne ; le chariot à vapeur, supplanté par la locomotive, commence à lui faire concurrence, grâce au perfectionnement des moteurs et aussi à ramélioratiou de la viabilité, etc.

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