DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXXV
absolument comparable a la \>èrification des déductions physiques, et s'assurer que les elVets, attendus en gros de la règle générale, ne seront pas contrariés par des conditions exceptionnelles, comme on s'assure dans la science que telle loi ne sera pas contrariée par une autre, dès que Ton prétend passer d'une prédiction hypothétique à une prédiction catégorique. Mais il n'en a pas moins fallu tabler d'abord sur les règles générales découvertes. Et Mill lui-même reconnaît la nécessité et la valeur des règles générales de ce genre, dans la pratique, puisqu'il est visiblement impossible de remonter dans chaque cas aux principes premiers de l'action [Utilit.y p. 48).
Ainsi tout ce que l'on condamnera ici, c'est l'insuffisance des principes ou Tinexactitude de la déduction.
Qu'appelle-t-onyj/v/ir/y^e? Si l'on confond la beauté dramatique avec les règles d'Aristote, ou la souveraineté du peuple avec le suffrage universel, on peut aboutir à des conclusions absurdes. Mais si les généraux autrichiens sont vaincus par Napoléon, malgré leur fidélité aux règles de la tactique ; si les auteurs de tragédies correctement ennuyeuses sont oubliés en dépit de leur respect pour la Poétique du Stagirite, c'est que leurs règles étaient inexactes ou incomplètes, ou qu'ils les appliquaient mal; ce n'est pas qu'ils aient eu tort d'avoir certaines règles et d'en déduire leur conduite. Ce n'est pas la marche déductive, mais la base de la déduction qui est alors condamnée ; c'est surtout le formalisme, l'oubli du principe véritable et de la vérification constante de la règle par le principe.
LXXXVI INTRODUCTION A l'ÉTUDE
Et de même qu'appelle-t-on conséquence? Est-ce une simple analogie extérieure de forme, ou une véritable condition de la satisfaction du principe? Par exemple, du principe de la souveraineté de la nation, que doit-on déduire? Est-ce le droit de rébellion, ou n'est-ce pas plutôt un devoir plus rigoureux de respect pour les lois et le gouvernement librement consentis? Est-ce l'élection de la magistrature, ou n'est-ce pas au contraire l'indépendance de la magistrature? Déduire, dans l'ordre pratique, c'est mettre ses volontés particulières et conséquentes d'accord avec ses volontés générales et antécédentes; et l'on peut se tromper dans cette opération, aussi bien que dans les déductions théoriques, si l'on oublie quelque facteur de la question, et que cependant on veuille aboutir à une conclusion non'plus hypothétiquement, mais catégoriquement applicable; l'opération reste pourtant légitime.
On pourrait donc être tenté de penser que Mill ne condamne ici que la déduction pure, sans bases expérimentales pour les principes, sans contrôle expérimental de la validité des conclusions, plutôt que la marche déductive elle-même. Il ne peut dès lors prétendre absolument que l'art n'est pas déductif. Refusait-il à la méthode physique la qualification de déductive, parce que l'expérience est indispensable h la fois au point de départ et au terme de la déduction? Malheureusement sa condamnation parait porter plus loin et s'appliquer à la règle d'être conséquent avec soi-même dans la pratique comme dans la pensée (xii, 4). Cette prétendue logique n'aboutirait, dé-