‹ La logique des sciences moralesChapitre 49 sur 114 · DU SIXIEME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXXVII · texte numérisé non relu

DU SIXIEME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXXVII

clare-t-11, qu'à aggraver les maux qu'un principe pratique quelconque ne peut pas éviter absolument d'impliquer (p. 207). Sans doute, répondrons-nous, dans la mesure où aucun principe exclusif ne peut se flatter d'exprimer toute la vérité pratique. Il est nécessaire d'en corriger les applications a l'aide de principes différents ou même opposés. Cela revient à dire qu'il faut tenir compte de la part d'erreur qu'il renferme, mais non pas que, en tant qu'il est vrai, Il soit mauvais de se mettre d'accord avec cette vérité ! Et en effet II peut arriver que les vices d'un gouvernement ou d'une pratique quelconque tiennent à ses inconséquences , quand le principe en est bon , autant qu'à un excès de logique quand II est mauvais. SI un gouvernement de droit divin est logique en se montrant intolérant, je souhaite qu'il ne soit pas logique sur ce point; mais, dans un gouvernement démocratique, il est à souhaiter que le peuple soit assez logique pour être tolérant. Dire que cette logique pratique ne peut avoir pour effet que d'aggraver les imperfections de nos systèmes politiques ou techniques, c'est supposer que ceux-ci ne renferment déjà en eux-mêmes rien de bon.

On reconnaît ici chez Mill, pourtant si sévère, en général, pour son propre pays, et si admirateur du nôtre, l'esprit de la politique anglaise, toute faite de compromis pratiques et peu soucieuse de la conséquence; et l'on retrouvera le même esprit dans ce passage de son écrit sur Comte (p. 143) où il s'étonne de l'amour désordonné de systématisation qui travaille le penseur français, et trouve surtout étrange

LXXXVIII INTRODUCTION A l'ÉTUDE

le caractère axiomatique que ce dernier attribue à ce principe. L'empirisme de Mill atteste combien il est étranger à ce besoin de systématisation dans Tordre purement spéculatif; il est naturel que dans la pratique, et à plus forte raison, il en ait méconnu la valeur.

Le plus singulier, c'est qu'après avoir méconnu ce besoin sous sa forme la plus légitime : l'accord de la volonté avec elle-même, Mill requiert l'unité sous sa forme la plus lointaine et la plus difficile à atteindre, celle même qu'il attaque chez Comte : l'unification de la téléologie, la synthèse de toutes les fins humaines dans une fin non seulement ultime, souveraine, qui dominerait toutes les autres, mais dans une fin unique où toutes les autres rentreraient. Après avoir refusé à l'art le caractère déductif, il en vient à nous parler d'une « règle unique dont toutes les autres seraient déduites w (p. 214). Le même homme qui reprochera à Comte [A. Comte^ loco cil,) d'avoir confondu règle suprême et règle exclusive ; d'avoir, comme Calvin, conçu une morale unitaire, absorbant toute la vie sans y laisser place a aucun motif qui ne fût pas le motif moral, semble oublier que, dans la pratique comme dans la science, il peut y avoir des principes propres qui comportent sans doute une certaine subordination, mais non une réduction, ni par conséquent une déduction. (F. xii, n. 17.) On peut subordonner l'esthétique à la morale, sans pour cela faire de la moralité la fin même de l'art, ni vouloir tirer de la morale les règles du beau. Dans l'ordre théorique l'accord avec soi-même n'exige pas, ne comporte

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