‹ La logique des sciences moralesChapitre 50 sur 114 · DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXXIX · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME LIVRE DE LA LOGIQUE LXXXIX

même pas, comme le voulaient les Eléates, le rejet de toute hétérogénéité, l'identité absolue. Dans Tordre pratique il en est à peu près de même, et nous ne saisissons pas plus une fin absolue qui serait le terme nécessaire de toute volonté, qu'une vérité absolue d'où émanerait toute vérité.

Mill nous propose, il est vrai, brièvement sa solution : cette fin suprême serait le bonheur. Mais il ne parait pas apercevoir que cette réponse est purement formelle et signifie simplement qu'on veut ce qu'on veut. Le philosophe qui, en 1826, avait senti si vivement l'impossibilité de prendre le bonheur comme but n'aurait-il pas dû s'en souvenir davantage en 1840? Le bonheur n'est pas un objet ni une fin^ il est la forme de toute tendance atteignant sa fin ; et par conséquent ce terme ne nous définit pas quelle serait cette fin suprême qui satisferait toutes les tendances, ou plutôt quelle serait cette tendance fondamentale qui engloberaitet dominerait toutes les autres. C'est cette tendance qu'on ne découvre pas, et qu'on ne pourrait justement découvrir que si la nature humaine était parfaitement unifiée.

Cette unification dont Mill ne parait pas saisir le prix est donc la règle suprême, purement formelle d'ailleurs, de toute activité comme de toute pensée. L'accord avec nous-même, et ultérieurement avec autrui, est le seul critère que nous ayons pour corriger notre conduite comme pour rectifier nos erreurs. Reconnaître — ou démontrer — un devoir, c'est simplement apercevoir — ou faire remarquer à autrui — la liaison d'une règle de conduite avec un vouloir

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