CHAP. I. — REMARQUES PRELIMINAIRES S
pour établir une vérité, si nous n'avions commencé par établir nombre <3e vérités. Mais il n'y avait que les problèmes les plus faciles qui pussent être résolus de cette façon. La sagacité naturelle venait-elle à s'attaquer à des questions plus difficiles, ou bien elle échouait entièrement, ou bien, si elle réussissait parfois à obtenir une solution, elle manquait de procédés sûrs pour convaincre autrui de l'exactitude de la solution. Dans l'investigation scientifique, comme dans les autres applications de l'art humain, le moyen d'atteindre le- but est aperçu d'une manière pour ainsi dire instinctive parles esprits supérieurs dans quelques cas relativement simples, puis adapté, par une judicieuse généralisation, à la variété des cas complexes. Nous apprenons à faire une chose dans des conditions difficiles en observant comment nous l'avons faite spontanément dans des cas plus faciles.
Cette vérité peut s'appuyer sur des exemples fournis par l'histoire des différentes branches du savoir humain qui, dans l'ordre de leur complication croissante, ont successivement revêtu le caractère de science^. Elle devra certainement tirer une nouvelle confirmation de l'examen des connaissances dont la constitution scientifique définitive est encore à venir, et qui sont encore abandonnées
-qucment que la puro méthodologie la méthode ne puisse être établie à
n'a guère contribué au progrès scien. priori, elle n'en doit pas moins se
tifique. Bacon, par exemple, est plutôt justifier en droit par la nature des
•en retard sur la science de son temps, choses et les exigences logiques de
La méthode et la science ne peuvent l'esprit.
.iguère se distinguer que par abstrac- 2. Stuart Mill fait allusion ici à la
tion. Peut-être devrait- on ajouter classification des sciences d'A. Comte,
<iue l'observation de Stuart Mill sem- où les sciences sont rangées dans un
ble avoir un caractère trop purement ordre qui serait à la fois celui de leur
psychologique. En philosophe empi- complexité croissante, celui de leur
risle et associationniste, il donne à dépendance (les plus complexes dé-
cntendre que l'observation de la ma- pendant des plus simples), et enfin
nière dont procède l'esprit humain l'ordre historique de leur constitution
permet seule de déterminer comment comme sciences positives, c'est-à-
il doit procéder ; ici comme partout il dire de leur affranchissement vis-à-
substitue la psychologie à la logique; vis de la métaphysique. V. sur la loi
.thèse attaquable, car s'il est vrai que des « trois états » chap. x, § 8.