‹ La logique des sciences moralesChapitre 56 sur 114 · A LA LOI DE CAUSALITÉ · texte numérisé non relu

A LA LOI DE CAUSALITÉ

La question de savoir si les actions humaines comportent l'application de la loi de causalité dans le même sens rigoureux que tous les autres phénomènes, n'est autre que la fameuse controverse sur la liberté de la volonté, qui, depuis l'époque de Pelage* au moins, a divisé le monde philosophique comme le monde religieux. L'affirmative constitue ce qu'on appelle la doctrine de la nécessité, puisqu'elle prétend que les volitions et actions humaines sont nécessaires et inévitables. La négative consiste à maintenir que la volonté n'est pas, comme les autres phénomènes, déterminée par des antécédents, mais se détermine elle-même; que nos volitions ne sont, à proprement parler, les effets d'aucune cause, ou du moins n'ont pas de

1. Hérésiarque du commencement les dogmes du péché originel, de la

du v« siècle, dont la doctrine fut com- nécessité du baptême et de la rédemp-

battue principalement par éaint Au- tion, de la nécessité surtout de la

gustin. Elle consistait à faire au libre grAce, dogmes qui se trouvaient par

arbitre de l'homme une place plus là plus ou moins sacrifiés ou com-

considérable que ne le comportaient promis.

causes auxquelles elles obéissent uniformément et aveuglément.

J'ai déjà suffisamment laissé voir que la première de ces deux opinions est celle que je crois la vraie. Mais les termes fallacieux dans lesquels elle est souvent exprimée, et la manière confuse dont elle est ordinairement comprise ont eu ce double effet de faire obstacle à son acceptation, et d*en dénaturer la portée, quand on Tacceptait. La théorie métaphysique du libre arbitre, telle qu'elle est soutenue par les philosophes (car le sentiment pratique que l'humanité tout entière en possède à un degré plus ou moins élevé n'est nullement inconciliable avec la théorie contraire)^, a été inventée parce que l'autre alternative qui semblait s'imposer sans cela, d'admettre que les actions humaines éiaiient nécessaires, était considérée comme incompatible avec le témoignage unanime de la conscience spontanée, et comme propre à humilier l'orgueil de l'homme, ou même à dégrader sa nature morale. Et je ne prétends pas nier que la doctrine de la nécessité, sous la forme où elle est quelquefois présentée, donne prise à ces imputations; car le malentendu dont je pense pouvoir montrer qu'elles dérivent n'est malheureusement pas le fait de ceux-là seuls qui l'attaquent; beaucoup de ceux qui la défendent, et peut-être devrions-nous dire la plupart, y sont également tombés.

2. Stuart Mill indique qu'il faut se quent ne saurait entrer tel quel dans

garder de prendre la théorie du libre la science ; il est l'objet du problème,

arbitre (d'indiffërcnce) comme la sira- non une solution ; et il requiert une

pie expression du fait brut de la interprétation. L'hypothèse du libre

liberté tel qu'il apparaît à la cons- arbitre d'indifférence en est une, celle

cience. Ce fait, comme toute donnée du déterminisme on est une autre, et

immédiate de l'expérience, de l'in- la première, tout aussi bien que la se-

tuition, n'est pas par lui-même quel- condc, est tenue de démontrer qu'elle

que chose de défini, et par consé- cadre avec les données de fait.

§2. DE LA DOCTRINE COMMUNEMENT APPELÉE DOC- TRINE DE LA NÉCESSITÉ PHILOSOPHIQUE; EN QUEL SENS

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