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PSYCHOLOGIQUES

L'objet de la psychologie, ce sont donc les uniformités de succession, les lois, qu'elles soient irréductibles ou dérivées, selon lesquelles un état mental est suivi d'un autre, — le second, — ou du moins son apparition consécutive étant l'effet du premier. De ces lois, les unes sont générales, les autres plus spéciales. Voici quelques exemples des plus générales.

7. Commeat, après avoir rejeté en tude des influences exercées sur les

physiologie l'étude des lois suivant successions psychiques par les faits

lesquelles un état d'esprit est « direc- physiologiques ? Encore une fois, il y

tcmcnt produit par un état du corps », a un certain défaut de netteté dans sa

et déclaré que ces lois sont des lois conception des rapports du physi-

du corps (au début de ce §), Stuart que et du moral, et par suite de la

Mill en vient-il ici à faire rentrer situation respective de la physiolo-

dans la psychologie (conformément gic et de la psychologie, d'ailleurs à l'opinion courante) l'é-

Belot. — La Logique. 3

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Première loi : toutes les fois qu'un état de conscience a été provoqué en nous, n'importe par quelle cause, un degré inférieur du même état, un état de conscience ressemblant au premier, mais de moindre intensité, peut se reproduire en nous sans la présence d'aucune cause semblable à celle qui l'a provoqué la première fois. Ainsi, lorsque nous avons vu ou touché une fois un objet, nous pouvons dans la suite penser cet objet, quoiqu'il soit éloigné de notre vue ou de notre toucher. Si un événement nous a fait éprouver de la joie ou de la peine, nous pouvons avoir la pensée ou le souvenir de notre joie ou de notre peine passée sans qu'un nouvel événement heureux ou malheureux se produise. Quand un poète a composé le tableau mental d'un objet imaginaire, un Château de l'Indolence, une Una^, un Hamlet, il peut dans la suite, sans un nouvel acte de combinaison intellectuelle, penser l'objet idéal qu'il a créé. On exprime cette loi en disant, dans le langage de Hume, que toute impression mentale a son idée^.

Seconde loi : ces idées, ou états mentais secondaires, sont réveillées par nos impressions ou par d'autres idées, selon certaines lois appelées lois d'association. De ces lois, la première est que des idées semblables tendent à se susciter l'une l'autre. La seconde est que, si deux impressions ont été fréquemment perçues (ou même pensées) soit simultanément, soit en succession immédiate,, toutes les fois que l'une de ces impressions ou l'idée correspondante se reproduira, elle tend à susciter l'idée de l'autre^^. La troisième loi est qu'une plus grande

8. The Castle of Indolence (1746) est la copie aflfaiblie des impressions, et tin petit poème do Thomson, l'auteur toute idée qui ne correspondrait à audes Saisons (1700-1748). — Una est un cune impression n'aurait aucune vél)crsonnage allégorique du poème rite. {Essais, en particulier 2" et 3«.). intitulé The Fairy Queen, de Sponser 10. On sait que James Mill, dansl'^- (1552-99), où il symbolise, prétend-on, nalysis citée un pou plus bas, n'admet- TEglise catholique. tait que cette dernière cause d'as-

9. Les idées ne sont pour Hume que sociation, s'cûbrçant d'y réduire la

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intensité de Tune des deux impressions ou de toutes deux équivaut, pour les rendre aptes à se susciter l'une l'autre , à une plus grande fréquence de conjonction. Telles sont les lois des idées; je ne veux pas m'y étendre ici, et je renverrai plutôt le lecteur aux ouvrages expressément consacrés à la psychologie, en particulier à VAnalyse des phénomènes de l'esprit humain de M. James Mill, où les principales lois de l'association ainsi qu'un grand nombre d'applications sont abondamment illustrées, et de main de maître*.

Les lois élémentaires de l'esprit ont été établies par les méthodes ordinaires de la recherche expérimentale, et elles n'auraient d'ailleurs pu Têtre autrement. Mais un certain nombre de lois élémentaires ayant été ainsi obte-

* Lorsque j'ai écrit ce chapitre, M. le professeur Bain n'avait pas encore publié même la première partie de son profond traité sur l'esprit, les Sens et V Intelligence. Dans cet ouvrage, les lois d'association ont été étudiées il'une manière plus compréhensive et illustrées avec plus d'abondance qu'elles ne l'avaient encore été par aucun écrivain; et ce travail, complété maintenant par la publication du livre sur les Émotions et la Volonté^ peut être cité aujourd'hui comme l'exposition analytique des phénomènes mentais, fondée sur une induction légitime, la plus complète de beaucoup qui ait parut jusqu'ici. Plus récemment encore, M. Bain s'est associé à moi pour ajouter à une nouvelle édition de VAnalysis des notes destinées à mettre la science analytique de l'esprit au courant des derniers perfectionnements qu'elle ait reçus.

On pourra trouver aussi dans les Principes de psychologie de M. Herbert Spencer nombre d'applications frappantes des lois de l'association à l'explication des phénomènes psychiques complexes.

première, la ressemblance, admise jectif, identique à l'habitude, n'a par Hume. Son fils l'en blâme (note 35 d'autre fondement dernier que Vudo son édition de VAnalysis, 1869). nitè d'aperception consciente, et par Peut-être est-ce lui qui a tort; car, si suite la tendance des groupes do la ressemblance provoque l'associa- faits psychiques à se reproduire ; tion, c'est en tant qu'elle se réduit à aussi bien n'est-ce que par une sorte une double simultanéité : lorsque je d'abstraction que, dans un état global perçois ou pense un objet,jc pense déjà do la connaissance, nous distinguons une partie de celui auquel il ressem- phisieurs faits pour dire ensuite qu'ils ble ; l'association par ressemblance, s'associent. — Sur la distinction des loin d'être un cas primitif et irréduc- associations synchroniques et des astible, se ramène donc à la seconde loi, socialions successives, indiquée dans dont elle est une application com- l'énoncé de la seconde loi, V. Mill, Loplcxe. C'est d'ailleurs la conclusion gique, 1. III, ch. xiii, § 6. Cf. Ribot, qui s'impose dès que l'on considère Psychologie anglaise ^ p. 61 et 127. que l'association, fait purement sub-

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nues, c'est un légitime sujet de recherche scientifique de savoir jusqu'où ces lois permettent de pousser l'explication des phénomènes réels. Il va de soi que les lois complexes de la pensée et du sentiment non seulement peuvent, mais doivent dériver de ces lois simples. Et il est à remarquer que ce n'est pas toujours là un cas de composition des causes**. L'effet des causes qui concourent n'est jamais précisément la somme des effets de ces causes lorsqu'elles sont séparées, ni même toujours un effet d'un genre analogue. Pour en revenir à une distinction qui joue un si grand rôle dans la théorie de l'induction, les lois des phénomènes psychiques sont quelquefois analogues à des lois mécaniques , mais quelquefois aussi à des lois chimiques. Quand plusieurs impressions ou idées agissent ensemble dans l'esprit, il se produit quelquefois un processus comparable à une combinaison chimique. Lorsque des impressions ont été si souvent réunies dans notre expérience que chacune d'elles évoque sans peine et instantanément les idées du groupe entier, il peut arriver qu'elles s'amalgament et se fondent ensemble, et apparaissent alors, non comme plusieurs idées distinctes, mais comme une seule, à la façon dont les sept couleurs du prisme, passant rapidement devant l'œil, donnent la sensation de blanc. Or si , dans ce dernier cas, il est correct de dire que les sept couleurs, dans une succession rapide, produisent le blanc, mais non pas qu'elles sont réellement du blanc, de même, ce me semble, on devrait dire que l'idée complexe formée par la

11. La théorie deXa. Composition des phénomènes mécaniques fournissent

causes occupe le ch. vi du livre III. le type; — et celui où « la résultante

On y retrouvera, étudiée do près, la est hétérogène aux effets séparés »,

distinction rappelée ici de deux cas : où les lois sont, comme il dit, « hété-

le cas « où la résultante des causes est ropathiques », comme en chimie, en

la somme des effets séparés », où les physiologie , en psychologie enfin.

« diverses lois opèrent ensemble sans Sur cette idée de chimie mentale, cf.

altération mutuelle »; c'est le cas de Philosophie de Hamilton, p. 337. la composition des causes, dont les

fusion de plusieurs idées plus simples entre elles, lorsqu elle apparaît comme simple (c'est-à-dire lorsque ses élément séparés ne peuvent plus s'y distinguer), résulte de ces idées simples, en est \e produit, et non pas qu'elle consiste en ces idées. Notre idée d'une orange consiste réellement dans les idées simples d'une certaine couleur, d'une certaine forme, d'un certain goût ou d'une certaine odeur, etc., parce que nous pouvons, en consultant notre conscience, apercevoir tous ces éléments dans cette idée. Mais, dans une donnée de conscience [feeling] qui se présente comme aussi simple que la perception de la forme d'un objet par la vue, nous ne pouvons discerner cette multitude d'idées dérivées des autres sens et sans lesquelles il est bien certain que jamais cette perception n'aurait pu se produire; de même, dans notre idée d'étendue, nous ne pouvons découvrir ces idées élémentaires de résistance, dérivées de notre fonction musculaire, et dans lesquelles on a démontré d'une manière décisive qu'elle a son origine*^. Ce sont donc là des cas de chimie mentale, dans lesquels, pour être exact, il faut dire que les idées simples produisent, et non qu'elles composent les idées complexes.

Quant aux autres éléments constitutifs de l'esprit , croyances, conceptions plus abstraites, sentiments, émotions et volitions, il y a des philosophes (entre autres Hartley *^ et l'auteur de VAnalysis) qui pensent qu'elles dérivent

12. L<i tr.iduction Pcissc, faite sur tour principal, tandis que, d'après le

la 6« édition, ajoute, entre parenthè- nativisme, les caractéristiques spatia-

scs : « Le docteur BroAvn et d'autres. » les seraient immédiatement inhé-

Ccs mots ne se trouvent pas dans rentes aux sensations tactiles ou vi-

rédition sur laquelle nous tradui- suelles. Cf. Philosophie de Hamilton,

sons (Pcoples édition), publiée d'à- ch. xiii.

près la 8«. — Mill vise ici la théorie 13. Hartiey (1704-57), que Mil! ap-

cmpiristiquc de la formation des no- pelle a le premier père de l'associa-

tions spatiales, qui considère ces no- tion », pose en effet en 1749, dans ses

tions comme le résultat d'une acqui- Observations on man, his frame, his

sition et d'une habitude associative, duty^ his expectations , une théorie

dont le sens musculaire serait le fac- de l'association, appuyée sur la con-

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toutes de simples idées sensibles par une opération de chimie mentale analogue à celle dont nous venons de fournir un exemple. Ces philosophes ont justifié une partie de leur thèse, mais elle ne me paraît pas établie d'une manière satisfaisante dans toute son étendue. Ils ont bien montré qu'il y a quelque chose comme une chimie mentale, et que l'hétérogénéité du fait de conscience A par rapport à B et C n'est pas une preuve décisive que B et C n'en soient pas les facteurs. Gela prouvé, ils en viennent à montrer que partout où A se trouve, B et G ont été ou peuvent avoir été présents. Et pourquoi, en effet, demandent-ils , A n'aurait-il pas été produit par B et G ? Mais, objecterai-je, supposons même cette thèse prouvée d'une manière aussi complète qu'elle le comporte; supposons qu'on ait démontré (et c'est ce qu'on n'a pas fait encore jusqu'ici pour tous les cas) que certains groupes d'idées associées, non seulement pourraient avoir été, mais ont été réellement présents toutes les fois que le fait de conscience le plus obscur a été observé; ce ne serait encore là qu'une application de la Méthode de concordance, qui ne saurait prouver la causation tant que le résultat ne serait pas confirmé par la preuve plus décisive tirée de la Méthode de différence. Prenons la question de savoir si la croyance est un simple cas d'association étroite d'idées : il sera nécessaire d'examiner expérimentalement s'il est vrai que n'importe quelles idées, pourvu qu'elles soient associées d'une façon suffisamment étroite, donnent lieu à la croyance. Si la recherche porte sur l'origine des sentiments moraux, de la réprobation morale par exemple, il faut comparer toutes les sortes d'actions ou de dispositions d'esprit qui sont toujours moralement désapprouvées et voir si dans tous ces cas on peut montrer, ou

ccption des vibrationcules cérébrales , dam de seiisu, motus et idearum gethéorie déjà indiquée dans son opus- neratione, cule de 1731 intitulé Conjecturée qiue-

raisonnablement soupçonner, dans Tesprit de celui qui désapprouve, une connexion associative entre l'acte ou la disposition mentale condamnés et quelque classe particulière d'idées propres à inspirer l'aversion ou le dégoût; et, jusqu'ici, la méthode employée est la Méthode de concordance. Mais cela ne suffit pas. Admettons que ce point soit établi; il faudra, en outre, vérifier par la Méthode de différence si ce genre particulier d'idées odieuses ou répulsives, quand elles viennent à s'associer avec une action précédemment indifférente, la transformera en un objet de désapprobation morale. Si la question est tranchée affirmativement, on pourra poser à titre de loi de l'esprit humain qu'une association de cette forme est la cause génératrice de la réprobation morale. Sans doute on est arrivé à rendre extrêmement pi'obable qu'en effet les choses se passent ainsi; mais les expériences n'ont pas été faites avec la précision qu'exigerait une induction complète et absolument décisive * *^.

On doit se rappeler en outre que, même si tout ce que cette théorie de l'esprit humain tend à établir pouvait se démontrer, nous ne serions pas pour cela mis en état de ramener les lois des états psychiques [feellngs] les plus complexes à celles des plus simples. La génération d'une sorte de phénomènes mentais par une autre, lorsqu'elle

* Dans lo cas des sontiments moraux, l'expérience historique supplée dans une large mesure à l'expérience directe, et nous sommes en état de décrire avec une approximation assez voisine de la certitude les associations particulières qui ont donné naissance à des sentiments. C'est ce que l'iiuteur a tenté lui-même, en ce qui concerne le sentiment de la justice, dans son petit ouvrage intitulé l'Utilitarisme**.

14. V. en partie Utilitarisme, trad. 15. La traduction Peisse, faite sur la

fr., p. 62 et suiv., où sont expo- 6« édition, omet la première partie de

sces les origines sociales du senti- cette phrase ; en revanche elle ajoute :

ment moral, et le ch. v, sur les rap- a et elles ne le seront probablement

ports entre l'utilité et la justice, où de longtemps, vu les difficultés d'une

la force particulière inhérente à l'i- expérimentation exacte sur l'esprit

dce de justice est expliquée par humain. »

l'association de cette idée avec celle de la sécurité personnelle (p. 111).

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peut être mise en évidence, est un fait de chimie psychologique du plus haut intérêt; mais elle ne dispense pas plus d'étudier expérimentalement le phénomène engendré, que la connaissance des propriétés de l'oxygène et du soufre ne nous permet de déduire celles de l'acide sulfurique sans observation et expérimentation spécifiques. Quelle que puisse être, par suite, l'issue finale delà tentative faite pour découvrir l'origine de nos jugements, de nos désirs, de nos volitions dans des phénomènes psychiques plus simples, il n'en reste pas moins indispensable d'établir les lois [séquences] des phénomènes complexes eux-mêmes, par une étude spéciale procédant selon les canons de l'induction*®. Ainsi, relativement à la Croyance, les psychologues auront toujours à chercher quelles croyances nous avons par intuition directe de la conscience, et selon quelles lois une croyance en produit une autre, quelles sont les lois en vertu desquelles une chose est reconnue par l'esprit, à tort ou à raison, pour preuve d'une autre. En ce qui concerne le Désir, ils auront à examiner quels objets nous désirons naturellement, et par quelles causes nous sommes amenés à désirer des choses primitivement indifférentes ou même désagréables; et ainsi de suite. On peut remarquer que les lois générales de l'association régissent ces états plus compliqués de l'esprit de la môme manière que les plus simples. Un désir, une émo-

16. On sait que Mill appelle ainsi les les exemples est la cause (ou l'efTet)

règles fondamentales de la méthode du phénomène donné. — Différence :

inductive, qui définissent les formes si un exemple dans lequel le phé-

essentieUesdeTexpérience. Elles sont nomène à étudier se rencontre, et un

au nombre de cinq : concordance, dif- exemple où il ne se rencontre pas, ont

férence, concordance et différence toutes leurs circonstances communes,

conjointes, résidus, variations conco- sauf une seule, qui ne se trouve que

mitantes. Nous rappelons les canons dans le premier exemple, la circons-

des deux premières, seules primiti- tance par laquelle seule les deux

ves, dont il est question ici. Concor- exemples diffèrent est l'effet (ou la

dance : si deux exemples (ou plus) du cause', ou une partie indispensable

phénomène à étudier n'ont qu'une cir- de la cause) du phénomène. (Liv.

constance commune, la circonstance III, ch. viii') unique par laquelle concordent tous

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tion, une idée appartenant à la classe des plus hautes abstractions, et même nos jugements et nos volitions, quand ils sont devenus habituels, sont évoqués par association exactement d'après les mêmes lois que nos idées simples.

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