LES LOIS EMPIRIQUES DE LA NATURE HUMAINE
Les lois de Tesprit, telles que les chapitres précédents les ont caractérisées, constituent l'objet de la partie universelle ou abstraite de la physiologie de la nature humaine; et toutes les vérités d'expérience commune, formant la science pratique de l'humanité, doivent, dans la mesure où elles sont vérités, résulter ou dériver de ces lois. Ces maximes familières, tirées à posteriori de l'observation de la vie, occupent, parmi les vérités scientifiques, la place de ces « lois empiriques » dont nous avons si souvent parlé dans notre analyse de l'Induction*.
Une loi empirique, on s'en souvient, est une uniformité de succession ou de coexistence qui se vérifie en tous. les cas, dans les limites de notre expérience, mais qui ne contient en elle-même aucune garantie qu'elle doive se vérifier au delà de ces limites, — soit parce que le conséquent n'est pas réellement l'effet de l'antécédent et forme seulement avec lui un anneau d'une chaîne d'effets
philosophiques ont été jusqu'ici seuls ici, elle ne semble également fondée
•convenablement établis par Gall ». Cf. que si l'on considère le contenu de la
la lettre de Comte à Mill, auquel il phrénologie, dès longtemps aban-
avait recommandé la lecture de Gall, donnée, mais non si l'on envisage le
■et qui s'était montré peu favorable principe même de la localisation. Au
<iux idées do celui-ci (Littré, Comte, contraire, la théorie des localisations
2). 425). Il ressort de cette lettre que n'a cessé de faire des progrès, sur-
c'est encore la valeur « surtout lo- tout depuis la découverte faite (1870)
gique » de la phrénologie et sa « lu- par Fritsche et Hitxig de l'oxcitabi-
mineuse critique foudamuutale des lité propre des hémisphères céré-
ihéories métaphysiques delà nature braux. Tel est aussi le jugement de
humaine »qui avaient séduit A. Comle. Littré (ibid., p. 526 sqq.).
Quant à l'opinion que Miil exprime 1. Logique, livre 111, ch. xvi.
52 CHAP. V. — DE L ETHOLOGIE
dérivant de causes premières non encore déterminées, — soit parce qu'il y a lieu de croire que cette séquence (bien qu'étant un cas de causation) peut se résoudre en séquences plus élémentaires et que, dépendant ainsi du concours de plusieurs systèmes distincts d'agents naturels, elle se trouve, par suite, exposée à nombre de chances inconnues de neutralisation [counteraction]. En d'autres termes, une loi empirique est une généralisation à propos de laquelle, après avoir constaté qu'elle est vraie, nous sommes obligés de nous demander pourquoi elle est vraie, parce que nous savons que la vérité n'en est pasabsolue, mais dépend de certaines conditions plus générales , et que nous pouvons nous y fier seulement dans la mesure où nous sommes fondés à croire ces conditions réalisées.
Or les observations que l'expérience commune peut fournir à l'égard des affaires humaines sont précisément de ce genre. Même si elles offraient une vérité universelle et exacte dans les limites de l'expérience (et c'est ce qui n'arrive jamais), elles ne seraient encore pas les lois ultimes de l'action humaine; elles sont, non des principes de la nature humaine, mais des résultats de ces principes dans les circonstances où l'humanité s'est trouvée placée. Quand le Psalmiste se laissait emporter à dire que « tous les hommes sont menteurs », il énonçait un fait qui, à certaines époques et pour certains pays,, peut être attesté par une ample expérience; mais ce n'est pas une loi de la nature de l'homme de mentir, quoique ce soit une des conséquences des lois de la nature humaine que le mensonge est presque universel quand certaines circonstances externes sont données universellement, en particulier les circonstances qui entretiennent une crainte et une défiance habituelles. Quand on dit que le caractère des vieillards est prudent, et celui des jeunes gens impétueux, ce n'est encore qu'une loi empirique; car ce