‹ La logique des sciences moralesChapitre 67 sur 114 · CHAP. V. DE L*ÉTH0L0G1E · texte numérisé non relu

CHAP. V. DE L*ÉTH0L0G1E

n'est pas leur jeunesse qui rend les jeunes gens impétueux, ni leur vieillesse qui rend les vieillards prudents. C'est surtout, sinon uniquement, que les vieillards, pendant leur longue existence, ont acquis d'ordinaire une grande expérience des maux de la vie, et qu'ayant souffert ou vu les autres souffrir pour s'y être imprudemment exposés, ils ont formé des associations favorables à la circonspection; les jeunes gens, au contraire, outre qu'ils manquent de cette expérience, ont des passions plus fortes qui les poussent à l'action; ils s'y engagent par suite plus aisément. Voilà donc V explication de la loi empirique; voilà les conditions qui finalement en déterminent la validité. Si un vieillard n'a pas été plus souvent que la moyenne des jeunes gens aux prises avec le danger ou les difficultés de la vie, il sera tout aussi imprudent; si un jeune homme n'a pas de passions plus vives qu'un vieillard, il sera sans doute aussi peu entreprenant. La loi empirique doit toute sa vérité aux lois causales dont elle est la conséquence. Si nous connaissons ces dernières, nous connaissons par là même les limites de la loi dérivée; si, au contraire, nous ne nous sommes pas encore rendu compte de la loi empirique, si elle ne repose que sur l'observation, on ne saurait l'appliquer avec sûreté en dehors des conditions de temps, de lieu, de circonstances où les observations ont été faites.

Les vérités proprement scientifiques ne sont donc pas ces lois empiriques, mais les lois causales qui les expliquent. Les lois empiriques des phénomènes qui dépendent de causes connues, et dont par suite on peut construire une théorie générale, n'ont, quelle qu'en puisse être la valeur pratique, aucune autre fonction dans la science que d'apporter la vérification des conclusions de la théorie. A plus forte raison en sera-t-il ainsi quand ces lois empiriques se réduisent, môme dans les limites de l'observation, à de simples généralisations approximatives.

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