‹ La logique des sciences moralesChapitre 7 sur 114 · DE STUART MILL XIII · texte numérisé non relu

DE STUART MILL XIII

Mill, et de son importance réelle dans le développement ultérieur de sa vie mentale. C'est à ce moment que sa pensée personnelle se reconquiert sur les doctrines acquises du dehors et dont la formule commence à lui paraître étroite. C'est l'âme individuelle et très indépendante de Mill, qui perce la croûte des théories dont elle s'était jusqu'alors enveloppée. Il ne s'en débarrasse sans doute pas, mais il leur fait dire des choses nouvelles , et qui se résument en ceci : liberté, valeur de la personne, désintéressement. Il n'est donc pas étonnant que ces traits mêmes de sa philosophie , dont Mill attribue l'apparition à cette crise, se retrouvent dans sa pensée première, et jusque dans sa pensée primesautière d'enfant; car c'est elle précisément qui se retrouve et qui s'affirme. Et les inconsistances mêmes que nous signalerons dans ses théories viennent peut-être justement de ce que les formules conservées de sa philosophie sont inadéquates au fond moral de sa personne.

Il y a toujours quelque illusion dans une crise, car, en dehors des cas pathologiques, une âme ne se défait pas et ne se refait pas en six mois. Et pourtant la conscience individuelle ne trompe guère, et le témoignage d'une autobiographie, quand il est aussi sincère, a quelque chose d'inattaquable. On voit comment cette sorte d'éclosion et de métamorphose dont Mill nous exprime la vive impression est à la fois illusoire et profondément vraie. C'est une renaissance, c'est le moi fondamental qui se retrouve sous le moi factice et superficiel produit par une éducation philosophique intensive et prématurée.

XIV NOTICE SUR LA Vit ET LES ŒUVRES

Mill retrouve vite sa faculté de travail. En 1830 il jette sur le papier les indications d'où sortiront les premiers livres de la Logique, sur les termes et les propositions ; puis (1831) il résume sa théorie des axiomes et du syllogisme. Dans les mêmes ahnées il étudie l'école historique française, les saint-simoniens et Comte, qui font sur son esprit une profonde impression. Il vient à Paris après la révolution de Juillet et s'occupe tout particulièrement de la politique française dans ses articles de V Examiner, où l'on voit se préparer les idées de son Gouvernement représentatif. Il écrit son Essai sur quelques questions controversées d'économie politique y qui ne fut publié que longtemps après.

La même année (1831) il est présenté à M™® Taylor, qu'il épousa en 1851, lorsqu'elle tomba veuve, après vingt ans d'une amitié irréprochable, « la plus précieuse de sa vie ». Ici encore l'intellectuel Mill nous paraît avoir été en un certain sens dupe du sentiment. Ce qu'on peut sans erreur attribuer à cette affection, c'est sans doute une sorte de vitalité nouvelle, dont le prix, en effet, pouvait être subjectivement inestimable. Mais, malgré les hommages réitérés et enthousiastes qu'il rend à l'influence que Mrs Taylor a pu exercer sur lui, soit avant, soit après son mariage, et à la fécondité de cette sorte de collaboration, les effets n'en apparaissent pas clairement. Les éloges qu'il fait de la puissance d'esprit de cette femme semblent à M. Bain le fait d'une sorte d'hallucination du sentiment, et paraissent en effet bien exagérés si l'on considère le peu de résultats précis que Mill lui-

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