‹ La logique des sciences moralesChapitre 8 sur 114 · DE STUART MILL XV · texte numérisé non relu

DE STUART MILL XV

même reconnaît lui devoir : un chapitre de VEconomie politique y sur V A^^enir probable des classes ouvrières, l'accentuation de la tendance générale vers ce « socialisme modéré », comme il le nomme lui-même, qui caractérise le livre, et une préoccupation plus vive des applications pratiques ; enfin et surtout une active collaboration îi la Liberté, qui ne parut qu'après la mort de jNP^'^Mill (1859). — Or, dans tout cela, il est facile de voir que le fond des idées venait bien de Mill et datait de loin. Ses idées économiques (en particulier sur l'héritage) doivent en majeure partie ce caractère particulier qu'il y signale à l'influence de la philosophie sociale du saint-simonisme. Son individualisme de la Liberté, et surtout la passion qui s'y manifeste pour la liberté de conscience, sont, peut-on dire, des éléments fondamentaux de la constitution morale de Mill. Enfin on pourrait s'attendre surtout il voir dans son livre sur Y Assujettissement des femmes (écrit en 1861) la trace de cette influence féminine ; mais on s'aperçoit que, dès l'époque environ où fut fondée la Recrue de Westminster (1824), Mill professait déjà (Mémoires, p. 99, 119 et 233) ces opinions en faveur du droit des femmes. Finalement, on constate, et Mill même en plusieurs passages semble l'avouer, qu'il ne doit à son inspiratrice aucune idée, aucune théorie nouvelle, mais en quelque sorte la vie nouvelle qu'il y infusait, la confiance qu'il y mettait, la forme pratique qu'elles prenaient à ses yeux. Le mot hallucination dont se sert Bain parait bien exact. Son affection projetait en elle ce qu'il trouvait de meilleur en lui-même. Mill, avec un excès de mo-

destic, se reconnaît, il est vrai, une médiocic oiiginalité; il fait essentiellement consister sn supériorité dans ses fiicultés de discussion et d'assimilation [Mémoires, p. 232). 11 est bien admissible, en effet, que lu précocité et l'cteudne de ses connaissances aient, dans une certaine mesure, alTuibli la spontanéité de son esprit: elles eussent latalement étouffé un esprit de moindre trempe; et l'on comprend que. clans ces conditions, il ait eu besoin d'être en quelque sorte excité, vivifié par une âme plus libre de toute în- (luence d'école et d'études, en quelque sorte plus ingénue et plus capable de voir les hommes et les choses autrement qu'il travers les cadres préfixés et ies catégories toutes laites d'une science acquise dans les livres, apte enfin ïi réveiller chez lui le sens du réel; et ainsi il est possible que Mill doive, en un sens, beaucoup ii M"" Taylor, et qu'en un autre sens il ne lui doive rien.

Revenons ii l'année 1831. De cette date à 1838 Mill publie des articles de revue en grand nombre. En 1838 se place lu première rédaction du livre III de la Logique [VJntlnction], le plus important peut-être et l'un des plus nouveaux. En 1840 enfin il écrit le livre VI, que nous présentons, ainsi que l'article sur Co/eridge', dont un passage s'y trouve reproduit (p. 160 sqq.), et dans lequel il se flattait de trouver une philosophie du torvsme capable d'amener les tories à accepter une li une les doctrines du libéralisme. Cette vue, comme révéuement l'a montré, était

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