Cf. chnp. V, n
dance entre ces nations se réduit à ces deux points : parmi les antécédents, la pratique du régime protecteur, et parmi les conséquents, la prospérité industrielle. Jusqu'où peut s'élever alors la présomption que le système protectionniste est la cause de cette prospérité ? Elle est si dérisoire qu'on peut la tenir pour nulle. Conclure qu'un antécédent est la cause d'un effet donné, de la possibilité constatée d'éliminer tous les autres antécédents , c'est un raisonnement qui n'est valable que dans les cas où l'effet peut avoir une cause unique. S'il en comporte plusieurs, il est naturel que chacune d'elles prise à part puisse être éliminée. Or, s'il s'agit de phénomènes politiques, l'hypothèse d'une cause unique, non seulement s'écarte de la vérité, mais en est séparée par un abîme. Infiniment nombreuses sont les causes des phénomènes sociaux auxquels nous nous intéressons le plus, la sécurité, la richesse, la liberté, le bon gouvernement, la moralité publique, la culture générale, ou leurs contraires; en particulier, les causes externes ou causes éloignées, qui seules sont pour la plupart accessibles à l'observation directe. Il n'est pas une cause qui par elle-même suffise à produire un seul de ces phénomènes, tandis qu'il y a une multitude de causes qui exercent leur influence sur eux et qui peuvent contribuer soit à les produire, soit à les empêcher. Le simple fait d'avoir pu éliminer quelque circonstance ne saurait, par conséquent, nous permettre d'affirmer que cette circonstance n'avait aucune action dans la production de l'effet, même dans tel ou tel cas où nous l'avons éliminée. Nous pouvons sans doute conclure que Teffet se produit quelquefois sans elle, mais non pas que là où elle se trouve elle n'y contribue pas pour une part. Des objections analogues s'élèveraient contre l'emploi de la Méthode des Variations concomitantes. Si les causes qui agissent sur l'état d'une société produisaient chacune des effets de nature essentiellement différente; si, par
exemple, la richesse dépendait de telle cause, la paix de telle autre; si une troisième produisait la moralité de la nation, une quatrième Fintelligence, nous pourrions, quoique impuissants à séparer ces causes les unes des autres *2, rapporter à chacune d'elles la propriété de reflet qui augmenterait quand elle augmente et diminuerait quand elle diminue. Mais chacun des caractères du corps social est déterminé par Tinfluence d*une infinité de causes, et telle est l'action réciproque de tous les éléments coexistants de la vie sociale, que tout ce qui exerce une action sur l'un des plus importants exercera aussi sur les autres une action, sinon directe, au moins indirecte. Par conséquent, les eff*ets des difl'érents agents n'étant pas qualitativement difl'érents, alors que la grandeur de chacun de ces eff'ets est la résultante complexe de tous les agents, les variations de l'ensemble ne sauraient être une fonction constamment proportionnelle de l'un quelconque de ses éléments composants.
§ 5. — LA MÉTHODE DES RÉSIDUS n'eST PAS DAVANTAGE PROBANTE, ET ELLE SUPPOSE LA DÉDUCTION.
Reste la Méthode des Résidus, qui, à première vue, paraît moins étrangère à ce genre de recherches que les trois autres, parce qu'elle demande simplement que nous notions avec exactitude toutes les données relatives à un certain pays ou à un certain état social. Alors, faisant la part de l'effet de toutes les causes dont on connaît les
12. Toutes les mdthodcs inductives de tout ensemble quelconque d'an>
ont pour fonction générale d'opérer técédents, au contraire la méthode
V isolement idéal, pour l'esprit, d'une des variations concomitantes est ap-
cause vis-à-vis d'un effet. Mais tandis plicable aux cas où cette séparation
que les méthodes de concordance et de elle-même n'est pas possible et où
différence supposent au moins la pos- certains antécédents sont impossibles
sibilité de séparer un facteur donné à éliminer de l'expérience (par exem-
d'un ensemble déterminé d'antécé- pie un certain degré de température
dents, sans cependant l'isoler en fait des corps en expérience).
— METHODl
îiïdances, le riïsidu dont ces causes ne suffisent pas U Rournir l'explication peut être altribui5 au reslani des circonstances dont l'existence a été notée dans le cas étudié. C'est une méthode de ce genre que Coleridge " explique lui-même avoir suivie dans ses Essais polUlijues du Morniiig Post. « En présence d'un grand livcnement, je cherchais à découvi-ir dans l'histoire du passe celui qui lui ressemblait le plus. Je roe procurais, autant que possible, les historiens, les raémorialisles et les pamphlétaires contemporains. Alors, établissant avec soin la proportion des ressemblances et des différences, suivant que la balance penchait dans un sens ou dans U^i'dutre, je conjecturais que l'effet serait identique ou dif- ^ent. C'est ainsi que j'ai procédé, par exemple, dans In RSérîe d'essais intitulée Comparaison de la France sous W^apoléan et de Rome sous les premiers Césars, et dans ceux Iqui suivent sur la Probabilité de la restauration finale des Sourbons. C'est le même plan que j'ai suivi, et avec le Blême succès, au commencement de la Révolution espa- \ gnole, en prenant pour base de la comparaison ia guerre i Provinces-Unies contre Philippe II", » Dans cette Jirecherche, il est certain que Coleridge employait la Mé- ^lodedes Résidus; car, en « établissant ia proportion des ^fférences et des ressemblances a il appréciait assuréiftent leur importance, et non pas seulement leur nombre; e prenait assurément en considération que celles des pBBsemblances qu'il présumait de nature
r l'effet, et, faisant la part de cette i:
I n. Coloriage [Snmual] |n7î-lS34) U iihilo.iophio et tn poliliciiio {Slalc-
' a \a aacoudfl pHrtie de sa 'nan's Maiiaal, 1816 ; La^ Sermon au
û laquelle appartient l'ou- IhedCiIrtsi, atc,;Blograpkia liKraria,
•< iâ, absndaoaâ la possld \in;Aidila rtfitctiOH, lS3ï;0n ihc
: tout d'abord illgstrs {Ju- coniiitatiiia ef nKitreh, and Mate,
- METHODE CHIMIQU
il concluait que le reste du résultat devait étfe imputé aux différences.
Quelle que puisse être la puissance de cette méthode, ce nVst pas, nous en avons fait dès longtemps la remarque, une méthode d'observation et d'expérimentation pures. Elle conclut non d'une comparaison d'exemples, mais de la comparaison d'un exemple avec les résultats d'une déduction préalable '*. Appliquée aux phénomènes sociaux, elle présuppose que les causes dont dérive une partie de l'effet sont déjà connues; et comme nous avons montré que celles-ci ne peuvent avoir été établies par voie d'expérience spécifique, il faut en avoir demandé la connaissance à une déduction fondée sur les principes de la nature humaine; on ne fait alors appel à l'expérience que comme à un procédé complémentaire pour déterminer les causes qui ont produit un résidu inexpliqué. Mais si l'on peut avoir recours aux principes de la nature humaine pour établir certaines vérités politiques, on le peut pour toutes. Supposons qu'il soit permis de dire i « L'Angleterre doit sa prospérité au système protectionniste, " parce que, après avoir fait la part de toutes les autres tendances qui ont agi, il reste encore une certaine quantité de prospérité àexpliquer; il sera légitime de remonifcr à la même source en ce qui concerne le système protecteur et d'examiner jusqu'à quel point les lois des motifs et des actes humains ne nous permettront pas de comjireadre les tendances propres de ce système. Et, en fait, l'argument expérimental ne va pas au delà d'une simple vérification d'une conclusion tirée de ces lois générales, car nous pouvons défalquer l'effet d'une, deux, trois, quatre causes, maïs jamais nous ne réussirons à
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