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isaignée à « 3ur qq'alla
rai tache tout i .lutioa iatellecl !. V. plus loin,
seurs les plus avancés du continent, consiste à essayer, par une étude et une analyse de faits généraux de Thisloire, de découvrir ce que ces philosophes appellent la loi du progrès; cette loi, une fois établie, nous mettrait en état, pensent-ils, de prédire les événements à venir, absolument comme en algèbre, étant donné un petit nombre de termes d'une série infinie, nous pouvons démêler le principe de régularité qui en régit la formation, et prédire le reste de la série pour un nombre de termes aussi grand qu'on voudra. Le but principal des recherches historiques en France, dans ces dernières années, a été d'établir cette loi. Je reconnais bien volontiers les grands services que cette école a rendus à la science historique ; mais je ne puis me défendre de la croire gravement coupable d'une erreur capitale dans la conception de la méthode à suivre en philosophie sociale. Cette erreur consiste à supposer que l'ordre de succession que nous pourrions assigner aux différents états de société et de civilisation que l'histoire nous révèle, fût-il même plus strictement uniforme qu'on n'a pu l'établir jusqu'ici, acquière jamais le caractère d'une loi naturelle. Ce ne peut être qu*une loi empirique. La succession des états de l'esprit humain et de la société humaine ne peut avoir de loi propre et indépendante; elle dépend nécessairement des lois psychologiques et éthologiques qui régissent l'action du milieu sur l'homme et de l'homme sur le milieu. On peut concevoir que ces lois et que les conditions générales de la vie de l'humanité soient propres à imposer un ordre déterminé et invariable aux transformations successives de l'homme et de la société. Mais lors même qu'il en serait ainsi, ce ne saurait être le but dernier de la science de découvrir une loi empirique. Il faut pouvoir rattacher cette loi aux lois psychologiques et éthologiques dont elle dépend forcément; il faut, par la concordance établie entre la déduction à priori et la preuve historique, pouvoir la
transformer de loi empirique en loi scientifique, i d'oser s'y fier pour 1^ prédiction des événetneots futurs, si ce n'est, tout au plus, dans des cas tout à Tait voisins. M. Comte est le seul, dans la nouvelle école historique, qui ait compris la nécessité de rattacher ainsi toutes les généralisatiùns tirées de l'histoire aux lois de la nature humaine".
g 4. — LES LOIS DE LA SUCCKSSION DES ÉTATS SOCrArX NE PEUVENT ÊTRE ÉTABLIES QUE PAR LA MÉTHODE DÈ- DUCTIVE INVERSE.
C'est donc une règle impérieuse de ne jamais introduire dans la science aucune généralisation fournie par l'histoire, sans pouvoir lui trouver de solides fonderaenls dans la nature humaine; mais, inversement, personne ne soutiendra, je pense, qu'en partant des principes de la nature humaine et de la connaissance des conditions générales où se trouve placée notre espèce, il eût été possible de déterminer à priori l'ordre qui préside au développement de l'humanité, ni par conséquent de prédire les faits généraux de l'histoire jusqu'à nos jours. A peine aurait-on dépassé les quelques premiers termes de la série, que l'influence exercée sur une génération par toutes les générations antérieures devient (ainsi que l'a bien observé l'écrivain précité'") de plus en plus prépondérante;
9. Comte, lY, 33i.V. eh. IX, n. I. sur Isa autres, an trouverait... mé-
lD.I6i'f.,p. »&:>.- Unalelle ma- connu, ea vertu ds l'ImpaHibillIi)
Dièn (In procùAer [par diïductioa di- BUoirosto où Dorait (iniil ooln Intnl-
rfl<:tD de la IhéOFÏo 'biologique du li^etice du devloer lea pluBuv elfec'
l'homme ) devieadiMÎt néegsHiirg - tivel d'une évolulioa aussi lomplexis,
meut illuBoiro pour l'étude ultérieure Mn* l'iDiUspensHble prépoiidenuieu
de l'éTotutiou socinlu... Le phàio- direclo de l'uialyBu lilstoilqus pro-
miiuQ priuoipal de la UKiologïe, cti- promeut dite... Auaaitût que le mou-
deoee bou oHgiaaIitè ecleptiilqee, l'iaOueuce dueccssiva et croiaDJintu riofluonco graduellu at des gdaératious antùrlourss devicot s géaL'railauï I^s imas Lioalôt U prîucipulu chaise des mu-
et finalement ce que nous sommes, ce que nous faisons aujourd'hui, ne dérive que dans une proportion minime des conditions universelles d' existence de la race humaine, ou même de nos conditions d'existence propres agissant par l'intermédiaire des qualités originelles de l'espèce; elles dérivent principalement des qualités qui nous viennent de tout le développement antérieur de l'humanité dans l'histoire. Une si longue série d'actions et de réactions entre l'homme et les circonstances, où chaque terme successif est composé de parties toujours de plus en plus nombreuses et différenciées, reste, pour les facultés humaines, impossible à calculer d'après les lois élémentaires qui la produisent. La longueur seule de la série constituerait un obstacle insurmontable; car la plus légère erreur commise sur un terme se multiplierait suivant une rapide progression à mesure qu'on avancerait dans le calcul.
Si donc la série des effets eux-mêmes, considérés dans leur ensemble, ne révélait aucune régularité, vaine serait notre tentative de construire une science générale de la société. Il faudrait alors nous contenter des recherches sociologiques d'ordre secondaire que nous décrivions plus haut, et nous borner à tâcher d'établir ce que produirait une cause nouvelle introduite dans un état social qu'on suppose arrêté ; c'est une connaissance qui répond sans doute aux exigences les plus courantes de la politique journalière, mais qui risque de se trouver en défaut toutes les fois qu'il faut compter le mouvement progressif de la société parmi les facteurs déterminants**; et par
diQcatioDS graduelles qu'il pré- successive que dans l<i solidarité ac-
sente... » On sait qu'ultérieurement, tuelle. Les vivants sont toujours, et
dans sa Politique positive, Comte re- de plus en plus, gouvernés néces-
prend la môme idée pour en faire le sairement par les morts. » ])rincipal fondement de sa religion 11. N'est-ce pas trop parler comme
de l'Humanité. Cf. Catéchisme posi- si le progrès possédait une existence
tiviste, p. 32 : « La vraie sociabilité et un pouvoir propre? Et ne résul-
consiste davantage dans la continuité te-t-il pas précisément de la somme
suite elle se trouve d'autant plus précaire que le cas est plus important. Mais comme les variétés naturelles du genre bumain aussi bien que la diversité des circonstances locales sont bien moins étendues que les similitudes, il y aura naturellement un certain degri; d'uniformité dans le développement progressif de l'espèce et de ses ceuvres. Et celte uniformité tend à grandir, non à diminuer avec la marche graduelle de la société ; car l'évolution de chaque peuple, d'abord déterminée esclusivemenl par la nature propre de ce peuple et les conditions où il se trouve, subit peu â peu l'influence, toujours croissante avec la civilisation, des autres nations et des conditions auxquelles elles ont elles-mêmes été soumises. Ainsi l'histoire, soigneusement analysée, fournit des lois empiriques de la société: et le problème de la sociologie générale est de les établir et de les relier aux lois de la nature liumaine par des déductions propres h montrer que telles étaient en effet les lois dérivées qu'il était naturel de prévoir comme conséquences de ces lois fondamentales, Sans doute, il n'est presque jamais possible, même une fois que l'histoire nous a révélé la loi dérivée, de démontrer à priori que tel fût le seul ordre de succession ou de coexistence que comportât la production des elTels selon les lois de la nature humaine. Tout au plus pouvons-nous faire voir qu'il y avait de fortes raisons à priori pour s'attendre à cet ordre, et qu'il n'y aurait pas eu autant de vraisemblance à voir un autre ordre
ut lia la oomliii
n de toute» loa
Dous n'avons jamais atraire
gril ,n e^niral, aaia h de»
d<.M tel ou lel ordre apdciid ppogrù» éeooDdiiqoo, progr
solidHrité da ces dlfTorents mont», quoique nkiile GdaIoii
la^Dde»Ioïs physiques. (T. d'ombliie. Aulsî biea, toute réiidDp- U IS.) U;>iBau rond, pas plus [uUoii oxigo-t-elle du temps. CL n. 3.
coexistence résulter de la nature humaine et des conditions générales où elle se trouve placée. Souvent même il est impossible d'aller jusque-là; et nous ne pouvons montrer que ce qui a eu lieu fût probable, mais simplement que cela était possible. Pourtant, dans la Méthode déductive inverse, que nous sommes en train de définir, c'est là un véritable procédé de vérification; et il est aussi indispensable que Test, nous Tavons montré, la vérification par expérience spécifique dans les cas où la conclusion est primitivement obtenue par voie de déduction directe. Les lois empiriques ne peuvent être tirées que d'un petit nombre d'exemples, puisque petit est le nombre des nations qui ont pu atteindre un niveau social élevé *^, plus petit» encore le nombre de celles qui l'ont atteint d'elles-mêmes et par un développement indépendant. Supposons maintenant que, de ces quelques exemples, un ou deux soient insuffisamment connus, ou que l'analyse en soit incomplète; qu'enfin, par suite, on ne puisse en faire une comparaison adéquate avec les autres exemples : il deviendra on ne peut plus probable qu'une loi empirique fausse se dégagera au lieu de la vraie. Aussi tire-t-on continuellement du cours de l'histoire les généralisations les plus erronées, et cela non seulement dans ce pays où l'on nepeut guère dire que l'histoire ait encore été cultivée comme science, mais aussi dans d'autres pays où elle Ta été et par les personnes les plus compétentes. La seule garantie ou le seul correctif, c'est la constante vérification par les lois psychologiques et éthologiques. Ajoutons qu'il faut être absolument familiarisé avec ces lois pour être en mesure de préparer les matériaux des généralisations historiques par l'analyse des faits passés, ou même
12. Comte (lY, 167) fait de cette in- avènement d'une vie sociale à la
suffîsance môme du développement fois pleine et variée, la cause prin-
de l'histoire, de cette limitation du cipalc de la constitution tardive do
champ d'études, et aussi du récent la sociologie.
- MliTRODE DÉBMCTIVE IKVSnSE
■ l'obBcrvalion des phénomÈnes sociaux contempoains ". Autremeni, on ne saurait juger l'importance relative des (litlërents faits, ni discerner, par suite, quels laits il faut chercher ou observer; encore moins serait-on en iStat d'apprécier la certitude des faits qui ne peuvent (et c'est le caa le plus frécpient) Être établis par Tobservaiion directe ni connus par le témoignage, mais doivent être inférés de certains indices.
Les lois empiriques de la société sont de deux aortes : les unes sont des uniformités Je coexistence, les autres des uniformités de succession. Selon que la science s'occupe d'établir et de vérifier les premières ou les secondes, M. Comte lui donne le titre de Statique sociale ou celui de Dynamique sociale; c'est une distinction qui correspond à celle qu'établit la mécanique entre les conditions <te l'équilibre et les conditions du mouvement, ou la biologie entre les lois de l'organisation et celles de la vie. Dans la première partie, la science établit les conditions de la stabilité de l'union sociale; dans la seconde, les lois du progrès. La Dynamique sociale est la science de la société en tant qu'elle est dans un état de mouvement progressif; et la Statique sociale est la théorie du consensus existant, comme nous l'avons dit, entre les difTérentes parties de l'organisme social ; en d'autres termes, la théorie des actions et des réactions mutuelles des phénomènes
aaoidicd'A. Coml
laiU, qUB l-Mjipil
prip«r^ r,
orralion dérisiïB (ona btpoup com
d'oiinis uni iDdlBpKosablii co
Ibd par Culiot dmis une gcarm
le» plui ïimplos. .
1CTIVE INVEItSK
simultanés, qu'on ioslilue « en faisant scientifi. quement, autant que possible, abstraction provisoire di mouvement fondamental qui les modifie toujours graduel lemenl. Sous ce premier point de vue, les prévisions so ciologiquea, fondées sur l'exacte connaissance p;éncrttle de ces relations nécessaires, seront proprement destinées à conclure les unes des autres, en conformité ultéi'leure avec l'observation directe, les diverses indications stalî-; ques relatives à chaque mode d'existence sociale, d'une manière essentiellement analogue à ce qui se passe habituellement aujourd'hui en anatomie individuelle. Cet aspect préliminaire de la science politique suppose donc évidemment, de toute nécessité, que, contrairement aux habitudes philosophiques actuelles, chacun des nombreux éléments sociaux, cessant d'être envisagé d'une manière absolue et indépendante, soit toujours exclusivement conçu comme relatif à tous les autres, avec lesquels une solidarité fondamentale doit sans cesse le combiner intimement. Il serait, à mon gré, superflu de faire expressément ressortir ici la haute utilité continue d'une telle doctrine sociologique : car elle doit d'abord servir, évidemment, de base indispensable à l'élude définitive du mouvement social, dont la conception rationnelle suppose préalablement la pensée continue de la conservation indispensable de l'organisme correspondant; mais, en outre, elle peut être, par elle-même, immédiatement employée à suppléer souvent, du moins provisoirement, à l'observation directe, qui, en beaucoup de cas, ae saurait avoir lieu constamment pour certains éléments sociaux, dont l'étal réel ]>ourra néanmoins se trouver ainsi suffisamment apprécié, d'après leurs relations scientifiques avec d'autres déjà connus. L'histoire des sciences peut surtout donner, dès ce moment, quelque idée de l'importance habituelle d'un tel secours, en rappelant, par exemple, comment les vulgaires aherralions des érudils sur les prétendues connais-
— MÉTHODE DÉDUCTIVE ISVEnSfl^ '
sancea en astronomie supérieure at(ribui5es aux anciens Égyptiens ont été irrévocablement dissipées, avant même qu'une plus saine érudition en eût fait justice, par la seule considération rationnelle d'une relation indispensable de l'état général de la science astronomique avec celui de la géométrie abstraite, alors évidemment dans l'enfance. 11 serait uisé de citer une fouie de cas analogues, dont le caractère philosophique serait irrécusable. On doit d'ailleurs noter, à ce sujet, pour ne rien exagérer, que ces relations nécessaires entre les divers aspects sociaux ne sauraient éti-e, par leur nature, tellement simples et précises que les résultats observés n'aient pu jamais provenir que d'un mode unique de coordination mutuelle. Une telle disposition d'esprit, déjà évidemment trop étroite en biologie, serait surtout essentiellement contraire à la nature encore plus complexe des spéculations sociologiques. Mais il est clair que l'exacte appréciation générale de ces limites de variation, normales et même anormales, constitue nécessairement alors, au moins autant qu'en anatomie individuelle, un indispensable complément de chaque théorie de sociologie statique, sans lequel l'exploration indirecte dont il s'agit pourrait souvent devenir erronée. N'écrivant point ici un traité spécial de philosophie politique, je n'y dois point méthodiquement établir la démonstration directe d'une telle solidarité fondamentale entre tous les aspects possibles de l'organisme social, sur laquelle d'ailleurs il n'existe guère maintenant, au moins en principe, de divergences capitales parmi les bons esprits. De quelque élément social que l'on veuille partir, chacun pourra aisément reconnaître, par un utile exercice scientifique, qu'il touche réellement toujours, d'une manière plus on moins immédiate, à l'ensemble de tous les autres, même de ceux qui en paraissent d'abord les plus indépendants. La considération dynamique du développe- , ment intégral et continu de l'humanité civilisée permet.
sans doute, d'opérer avec plus d'efficacité cette intéressante vérification du consensus social, en montrant avec évidence la réaction universelle, actuelle ou prochaine, de chaque modification spéciale. Mais cette indication pourra constamment être précédée, ou du moins suivie par une confirmation purement statique; car, en politique comme en mécanique, la communication des mouvements prouve spontanément l'existence des liaisons nécessaires : sans descendre, par exemple, jusqu'à la solidarité trop intime des diverses branches de chaque science ou de chaque art, n'est-il pas évident que les différentes sciences sont entre elles, ou presque tous les arts entre eux, dans une telle connexité sociale que l'état bien connu d'une seule partie quelconque, suffisamment caractérisée, permet de prévoir à un certain degré, avec une vraie sécurité philosophique, l'état général correspondant de chacune des autres, d'après les lois d'harmonie convenables? Par une considération plus étendue, on conçoit également l'indispensable relation continue qui lie aussi le système des sciences à celui des arts, pourvu qu'on ait toujours soin de supposer, comme l'exige clairement la nature du sujet, une solidarité moins intense à mesure qu'elle devient plus indirecte. Il en est évidemment de même quand, au lieu d'envisager l'ensemble des phénomènes sociaux au sein d'une nation unique, on l'examine simultanément chez diverses nations contemporaines, dont la continuelle influence réciproque ne saurait être contestée, surtout dans les temps modernes, quoique le consensus doive être ici, d'ordinaire, moins prononcé, à tous égards, et décroître d'ailleurs graduellement avec l'affinité des cas et la multiplicité des contacts, au point de s'effacer quelquefois presque entièrement, comme, par exemple, entre l'Europe occidentale et l'Asie orientale, dont les divers états généraux de société paraissent jusqu'ici à peu près indépendants*. »
* A. Comte, Cours de Philosophie positive, IV, 235-238.
- MÉTHODE DÉDUCTIVE INVERSE 15a
A la suite de ces remarques, l'auteur met en lumière, à P'aide d'exemples, un des principes géni^raux les plus im- Ktrtanls et les plus négligea jusqu'à ces derniers temps, Ifiarmi ceux qu'on peut considérer comme acquis dans e première partie de la science sociale : jeveux parler e la corrélation de la forme de gouvernement en vigueur ans une société, avec l'état de la civilisation cooterapoline. C'est là une loi naturelle qui condamne comme stériles et sans valeur toutes les discussions sans Gn et les lombrables théories sur les formes de gouvernement bonsidérées m ahstraclo, à moins qu'on ne s'y propose uni- |(uementunG étude préparatoire des mati'riaux qui devront, s tard, servir à construire une meilleure philosopliis. Un des principaux résultats de la statique sociale serait, suivant une remarque déjà faite, de di^terminer les iditions d'une cohésion politique durable. 11 y a ceraines circonstances qui se rencontrent dans toutes les ciétés sans exception, et d'autant plus accentuées que la iciale est plus parfaite : on peut donc, si les lois psychologiques et cthologiques corroborent cette indica- ^on, les considérer comme des conditions de l'existence ce phénomène complexe qu'est un Étal. Par exemple, e société nombreuse n'a jamais pu se maintenir sans s ou sans usages équivalents à des lois, sans tribunaux « sans une forceorganîséepouren exécuter les décisions, a toujours eu des autorités publiques auxquelles, d'une manière plus ou moins stricte et dans des c'
s exactement définies, le re taauté obéissait, ou du moins était, selon l'opinion publi- [ue, tenue d'obéir. En continuant la recherche dans cette , nous découvrirons nombre de conditions qui, toujours présentes dans une société, tant que la vie collective s'y maintient, ne peuvent disparaître sans que la société s'absorbe dans une autre, ou se réorganise elle-même sur l d'autres hases où ces conditions sont respectées. Ces ré-
sultats, obtenus par la comparaison de différentes formes ou états de société, ne sont sans doute en eux-mêmes que des lois empiriques; mais, dans certains cas, ces résultats, une fois obtenus, se trouvent dériver avec tant de probabilité des lois générales de la nature humaine, que la concordance des deux méthodes acquiert la valeur d'une preuve et confère à ces généralisations le caractère de vérités scientifiques.
G*est, par exemple, ce qu'on pourrait admettre, semble-t-il, des conclusions posées dans le passage suivant, extrait, avec quelques modifications, d'une critique de la philosophie négative duxviii® siècle*. Je le cite, quoiqu'il soit de moi, comme plusieurs autres cités plus haut, parce que je ne saurais mieux mettre en lumière l'idée que je me fais du genre de théorèmes qui constitueraient la statique sociale.
« La condition absolument primordiale de la cohésion sociale, l'obéissance à un gouvernement quel qu'il soit, ne paraît pas avoir été trop facile à établir dans le monde. Chez une race timide et sans ressort, comme les habitants des vastes plaines des régions tropicales, l'obéissance passive peut être une disposition naturelle ; encore est-il douteux qu'elle se rencontre, même dans ces pays, chez les peuples où ne régnerait pas, comme doctrine religieuse, le fatalisme, c'est-à-dire la soumission à la pression des circonstances, considérée comme un décret divin. Mais on a toujours senti si grande la difficulté d'amener les hommes d'une race brave et guerrière à soumettre leur liberté individuelle à une autorité commune, que l'idée d'un pouvoir surnaturel a seule paru suffisante à la vaincre^*; et les tribus de ce genre onttou-
* Réimprimée depuis en entier dans mes Dissertations et Discussions, à la fin du premier volume.
14. Stuart Mill paraît raisonner en- religieuses comme d'habiles invenoore trop ici en homme du xvni* siè- tions grâce auxquelles des politiques cle, qui considérerait les croyances intelligents ou ambitieux arrivent à
jouvs attribué à une origine divine la première instilulîon de la société civile. Aussi, bien difTérente est l'opinion qui* l'on s'est faîte sur ce point suivant qu'on a réellement vu l'homme à l'état sauvage, ou qu'on ne l'a connu que dans l'état de civilisation. Dans l'Europe moderne elle-même, y sprës la chute de l'empire romain, pour dompter l'anarihie féodale et soumettre à un gouvernement la population mtiëre de n'importe quel pays européen, il a fallu trois ibis plus de siècles qu'il ne s'en est écoulé depuis; et tourtant le christianisme, sous sa forme la plus puissamlent centralisée, coopérait à cette œuvre ".
i ces philosophes avaient connu la nature humaine autrement que par le type de leurs propres contemporains ou des classes sociales particulières qui les entouraient, ils auraient bien vu que partout où la soumission habituelle à la loi et au gouvernement s'est établie d'une manière solide et durable, sans que pourtant la vigueur et la virilité de caractère qui s'y opposaient t eussent entièrement disparu , certaines conditions se mouvaient remplies, certaines circonstances nécessairefi i rencontraient. Les principales seraient peut-être les puivanles :
a D'abord il y avait) pour tous ceux qui comptaient e citoyens, — qui n'étaient pas des esclaves, mainî par la force brutale, — un système d'éducation mengant dès l'enfance et se continuant pendant toute a vie, dont le facteur essentiel et permanent, quels qu'en rfussent les autres éléments, était une discipline modéra-
leurB
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paru dHDS 1» fltuuî 4-Èdimi,-urg. peu «prù* lu publintioD dD la L^glft,,. Mill montrait dans U PnpiuU ot diuB le
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.^ûlibKt du dorgé ds puiSRBDtS con-
trice^^. Inculquer à l'homme l'habitude, et par suite lui donner le pouvoir de subordonner ses tendances et ses lins personnelles aux fins sociales reconnues; de s'attacher, en dépit de toutes les tentations, à la ligne de conduite prescrite par ses fins ; de dominer en lui-même tous les sentiments qui iraient à l'encontre de ces fins, et de cultiver ceux qui y travaillent, tel était le but que le pouvoir dirigeant du système s'efforçait d'atteindre à l'aide de tous les motifs extérieurs dont il pouvait disposer, de toutes les forces ou de tous les principes internes que sa connaissance de la nature humaine lui permettait d'utiliser. Le système entier de gouvernement civil et militaire des anciennes républiques était donc un système d'éducation; dans les nations modernes on a tenté de le remplacer principalement par l'enseignement religieux. Et dans tous les cas où la sévérité de cette discipline modératrice se relâche dans la même mesure, la tendance naturelle de l'humanité à l'anarchie s'affirme de nouveau*"'; TEtat subit une désorganisation interne; le conflit des tendances égoïstes neutralise les énergies nécessaires pour soutenir la lutte contre les causes naturelles de maux, et la nation, après une période plus ou moinslonguededécadence continue, devient l'esclave d'un despote ou la proie d'un envahisseur**.
16. On sait l'importance politique 17. Cette idée d'une tendance natuqu'Aristote attachait à l'éducation; relie de l'homme à ranarchio, est bien il y voyait un moyen de créer l'ha- conforme à la théorie essentiellement bitude de respecter la loi ; car l'ha- individualiste et psychologique de la bitude est la principale garantie do société, que nous avons rencontrée au robscrvation des lois {Politique, II, chap. vn, et qui aurait peut-être dû A'iii, 2'i); l'éducation seule fait que les rendre Mill plus indulgent pour la citoyens sont bien en main au légis- conception du Contrat social. lateur, su/eipwTOu; slvai xû vo{XO- 18. On sait pourtant que dans son ÔSTï^ (VII, xiii, 13). Il faut donc même célèbre Essai sur la Liberté, médite une adaptation spéciale du mode depuis 1854, public en 1859, Mill crid'éducation à la constitution poli- tique, au nom de la liberté de constique (v, 7, et viii, 1). La môme idée ciencc, l'idée d'une éducation d'Etat. (>st développée par Montesquieu II demande sans doute que l'Etat im- (Esprit des loiSf liv. IV). pose une certaine instruction, mais
{allegiance] et de loyalis 4aus son objet, et n'est \ lière de gouvernement; Tine monarchie ou dans ur
ide condition constatée de l'esistence duraiélé politique, c'est le sentiment de fidi-lité 3. Ce sentiment peut varier ; limité à une forme parliculis, qu'on le considère dans démocratie, il ne change pas ; il consiste à reconnaîire qu'il y a dans la constitution de l'Etat quelque chose d'arrêté, de permanent, et iaurail être mis en question, un principe dont le consentement général consacre le droit à occuper sa place actuelle, et qu'il prétend garantir contre tonte ré- Ique changement qui puisse survenir ailleurs. Ce sentiment peut s'attacher, comme chez les Juifti ,«t dans la plupart des républiques de l'antiquité, à un dieu ou ù des dieux communs, protecteurs et gardiens de leur nalion. 11 peut aussi s'attacher à certaines personnes, qui, aoit au nom d'une désignation divine, soit en vertu dune longue prescription, soit en raison de leur capacité supérieure et de leur mérite unanimement resonnu, sont estimées les chefs légitimes et les gardiens du reste de la société. Il peut encore se rapporter à des lois, A des libertés ou à des institutions anciennes. 11 peut enfin -(«t c'est vraisemblablement la seule forme sous laquelle ■ce sentiment persistera dans l'avenir] prendre pour objet ■les principes de liberté individuelle, d'égalité politique et sociale, en tant que réalisés dans certaines institutions, qui jusqu'ici n'existent nulle part, sinon à l'état rudimentaire". Mais dans toutes les sociétés politiques qui ont
: d'abord qua I'dd , non pus proproi ipsmnnnalKDuis.
duré il y a eu une base assurée, un principe que tout le monde tenait pour sacré, dont sans doute, partout où était admise la liberté de discussion, la critique théorique était naturellement légitime, mais que personne ne pouvait craindre ni espérer voir ébranler en pratique *°; en un mot, un principe qui, sauf peut-être dans un moment de crise passagère, était placé, par le jugement général, audessus de toute discussion. Et il est facile de mettre en évidence la nécessité de ce fait. Un État n*est jamais longtemps exempt de dissensions intestines, et jusqu'à ce que rhumanité se soit profondément améliorée, on ne peut guère espérer qu'il en soit autrement; car il n'y a pas et il n'y a jamais eu aucun état de société où ne se soient produits certains conflits d'intérêts et de passions entre des fractions puissantes de la population. Comment donc les nations peuvent-elles résister à ces orages et traverser ces époques de trouble, sans que soient compromises à jamais les conditions qui assurent la tranquillité de l'existence? C'est que, justement, quelque graves que soient les intérêts au sujet desquels les hommes entrent en lutte, le conflit ne s'étend pas au principe fondamental du système établi de cohésion sociale; il ne menace pas des groupes sociaux considérables d'un bouleversement de l'ordre de choses sur lequel reposent leurs calculs, et qu'ils ont pris l'habitude d'identifier avec toutes leurs espérances et toutes leurs aspirations. Mais s'il arrive quel-
pour objet à leur sentiment d'unité concevoir la réalisation d'une grande
sociale une idée aussi abstraite que liberté et d'une forte individualité
de l'appliquer à une personne, comme sans une sociabilité très puissante,
un roi, ou môme à un objet symbo- sans une cohésion nationale très par-
lique, comme un drapeau, cela n'est faite.
pourtant qu'une affaire de culture. 20. Ceci est bien conforme à l'esprit
Puis Mill note que ces principes sont anglais , qui unit une très grande
en quelque sorte incorporés dans liberté de critique à un incroyable
certaines institutions qui fournissent respect pratique des traditions les
en quelque sorte à ce sentiment un plus surannées ou môme les plus
point d'appui presque matériel, contraires à des principes avoués de
Ajoutons enfin que l'on ne peut guère gouvernement.
lefoia que l'on mette en question ce principe fondabcnCal et que cette suspicion, ne sait pas un simple malaise Mssager ni un remède salutaire, loais l'état habituel du fcorps politique, toutes les haines violentes qu'une telle ÏBituation sociale suscite naturellement sont mises en Kbranle ; alors la nation est virtuellement en état de giierre J«îvile, et elle ne peut jamais en éviter longtemps l'explo- [sion effective.
i troisième condition essentielle de la stabilité de (la société politique est un principe solide et actif de colésion entre les membres d'une même communauté. Nous voulons pas parler, est-il besoin de le dire? du nationalisme au sens courant du mot, d'une absurde antipathie Jfour les étrangers; de l'indifférence au bien général de fl'humanité ni d'une préférence injuste pour les intérêts supposés de notre propre pays; d'un culte voué à certaines coutumes mauvaises parce qu'elles sont nationales, ni enfin du refus d'adopter les pratiques justifiées par une ïpérience heureuse dans d'autres pays. Je veux parler 'un principe de sympathie, non d'hostilité; d'union, non e division. Je veux parler du sentiment d'une commu- Biauté d'intérêts entre ceux qui vivent sous le même gouvernementet à l'intérieur des mCmes frontières liistoris ou naturelles. Les dillérents membres de la collecti- ■ ne se considèrent pas comme étrangers entre eus ; ils Hlttachent un certain prix à leur union; ils sentent qu'ils ne 1 seul et même peuple, que leurs destinées [sont solidaires, et que ce qui est un mal pour leurs comlaatrioles est un mal pour eux-mêmes; ils ne sauraient nonc éprouver le désir égoïste de s'affranchir euï-mèmes ne leur part des charges communes en dissolvant l'union )ciale : voilà le fait que je vise. Quelle était la force de lent dans les républiques anciennes qui ont ati grandeur durable, personne ne l'ignore. On ^era frappé, pour peu qu'une personne compétente prenne
la peine de mettre ce point en relief, de la manière dont Rome réussit, en dépit de toute sa tyrannie, à faire régner le sentiment d'une même patrie entre les provinces de son empire si vaste et si divisé. Dans les temps modernes, les pays où ce sentiment a eu le plus de force ont été aussi les plus puissants : TAngleterre, la France, et, en proportion de leur territoire et de leurs ressources, la Hollande et la Suisse; TAngleterre au contraire, dans ses rapports avec Tlrlande , fournit l'un des exemples les plus frappants des inconvénients de son absence. Tout Italien sait pourquoi l'Italie est sous le joug de l'étranger^*; tout Allemand sait ce qui maintient le despotisme dans l'empire d'Autriche * ^^ ; les maux de l'Espagne viennent autant de l'insuffisance du sentiment national entre les Espagnols eux-mêmes, que de sa force dans leurs relations avec les étrangers. Enfin l'exemple le plus décisif est celui des républiques de l'Amérique, où les fractions d'un seul et même État sont si faiblement rattachées les unes aux autres que chaque province, pour peu qu'elle se croie lésée par le gouvernement central, proclame aussitôt son indépendance. »
* Ceci a été écrit et publié d'abord en 1840.
21. On sait qu'aujourd'hui encore, 22. La division des nationalités, et
malgré la réalisation par l'Italie de la prétention des empereurs, comme
son unité politique, cette longue tra- déjà Joseph II, à en opérer la gcr-
dition de division et d'hostilité est manisation. Mill écrivait à l'époquo
une source de difficultés sérieuses où commençait le grand mouvo-
dans sa politique; le patriotisme pro- ment nationaliste tchèque, hongrois,
vincial crée des obstacles au patrio- croate, qui, de 1848 à 1851, faillit dis-
tismc national. Dans la formation soudre l'empire d'Autriche, et qui
d'un ministère, par exemple, on est s'appuyait à la fois sur des principes
obligé do répartir équitablement les de liberté politique contre l'absolu-
portefeuilles entre les représentants tisme, et sur les droits des nationa-
du Piémont, de la Lombardie, de lités contre le germanisme, liomc, do Naples, de la Sicile, etc.