LA DYNAMIQUE MÈNES SOCIAU
Les lois dérivées, en statique sociale, sont établies par l'analyse et la comparaison de diHërents états de société, sans égard à l'ordre de leur succession ; — la considération de cet ordre est, au contraire, prédominante dans l'étude de la dynamique sociale, dont l'objet est d'observer et d'expliquer les séquences des conditions sociales. Celte branche de la science sociale atteindrait toute laperfection qu'elle comporte, si cliacune des circonstances générales essentielles qui dominent une génération était rapportée aux causes qu'elle peut avoir dans la génération immédiatement précédente.
Mais le consensus est si complet, surtout dans l'histoire moderne, que, dans la filiation d'une génération à l'autre, c'est l'enaeinble qui produit l'ensemble, plutôt qu'une partie ne produit une partie. On ne peut donc guère réussir à étalilir cette filiation en a'appuyanl directement sur les lois de la nature humaine, sans avoir commencé par poser les lois immédiates ou dérivées selon lesquelles les états sociaux s'engendrent les uns les autres dans la marche de la société : c'est-à-dire les a.ciomrtla me/lia de la Sociologie Générale.
Les lois empiriques qu'on tire le plus aisément des généralisations historiques ne sauraient remplir cet office. Elles ne sont pas les « principes moyens « eus-mémes, mais seulement des arguments à l'appui de ces principes. Elles formulent certaines tendances générales qu'on peut discerner dans la société, comme un accroissement progressif de certains éléments sociaux, une diminution de certains autres ou un changement graduel dans le caractire général de quelques-uns. On voit facilement, par exemple, qu'a mesure que la sociélé avance, de plus
en plus les qualités mentales tendent à prévaloir sur les qualités corporelles , et les masses sur les individus ^^ ; que l'occupation de toute cette partie de l'humanité qui n'est pas soumise à une contrainte extérieure est, à l'origine, essentiellement militaire; mais que la société est de plus en plus absorbée par les travaux productifs, et que l'esprit militaire fait graduellement place à l'esprit industriel; et l'on pourrait énoncer encore une série d'autres vérités analogues. Et des généralisations de ce genre suffisent à satisfaire la plupart des chercheurs, même dans Técole historique aujourd'hui prédominante sur le continent. Cependant ces résultats, comme tous ceux de la même espèce, sont encore bien trop éloignés des lois élémentaires de la nature humaine dont ils dépendent; il y a trop d'échelons intermédiaires, et à chaque échelon la combinaison des causes est trop compliquée, pour qu'on puisse présenter de telles propositions comme des corollaires directs de ces principes élémentaires. Aussi ontelles conservé, dans l'esprit de la plupart des savants, le caractère de lois empiriques, applicables seulement dans les limites de l'observation directe, mais sans qu'on puisse en déterminer la portée réelle, ni apprécier si les changements qui jusqu'ici ont suivi une marche progressive sont destinés à s'accentuer indéfiniment ou à s'arrêter, ou même à subir une régression.