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leur conduite à un système d'opinions, il faut que ces opinions existent et qu'ils y ajoutent foi. Et ainsi l'état des facultés spéculatives, le caractère des propositions admises par l'intelligence, détermine essentiellement l'état moral et politique de la communauté, comme nous avons déjà vu qu'il en détermine l'état matériel.
Ces conclusions déduites des lois de la nature humaine sont en parfait accord avec les faits généraux de l'histoire. Tous les changements importants dont l'histoire témoigne dans la condition d'une portion quelconque de l'humanité, à moins qu'ils n'aient été produits par une force externe*®, ont été précédés d'un changement proportionnel dans l'état des connaissances et des croyances dominantes; et de même c'est presque toujours l'état d« la pensée spéculative qui, relativement à tout autre élément correspondant de la vie sociale, s'est presque toujours manifesté le premier, quoique les effets, sans aucun doute, réagissent puissamment sur la cause. Tout progrès important dans la civilisation matérielle a été précédé d'un progrès de la science; et toutes les fois qu'un changement social considérable s'est produit, soit par voie de développement graduel, soit par une soudaine explosion, il a eu pour précurseur un changement considérable dans les opinions et dans la manière de penser de la société. Le polythéisme,
c'est que si les passions sont, il est pilote. La vapeur est, en vérité, la vrai, plus primitives et plus fortes, force motrice, et, abandonné à luipur elles-mêmes elles divisent les même, le pilote ne pourrait faire hommes, et par suite n'aboutiraient avancer le vaisseau d'un seul pouce ; pas à elles seules à produire un mou- cependant c'est la volonté du pilote vcment social général. Elles ne de- et la science du pilote qui décident viennent donc « des forces sociales de la direction dans laquelle le vaisquc grAce à la direction définie que seau doit se mouvoir. » D'autre part leur donuo une conviction intellec- il montre, avec beaucoup de raison, tuello » commune, qui les harmo- qu'il y a quelque chose d'indépennisc et les concentre. « Dire que les dant et d'autonome dans la connaiscroyances intellectuelles des hom- sauce philosophique ou scientifique mes no dctermiucut pas leur con- dos choses et dans son développeduite, équivaut à dire que le vaisseau ment, est mù par la vitpeur et non par le 28. Cf. noto 4 de ce chapitre.
le Judaïsme, le christianisme, le protestantisme, la philosophie critique et la science politique de l'Europe moderne, voilâ les prîncîpaus agents qui ont déterminé l'ëtat ■de la socîùté à chacune des époques correspondantes; la «ocicté, au contraire, n'était qu'un faclew secondaire de la formation de ces agents eux-mêmes^"; car chacun d'eux, autant qu'on peut du moins en assigner les causes, dérivait principalement, non de la vie pratique de l'époque, mais de l'état antécédent des croyances et de la pensée. La faiblesse de l'inclination spéculative des hommes en général n'a donc nullement empêché le progrès de la spéculation de régir, dans l'ensemble, celui de la société ; elle a pu seulement, et trop souvent, empêcher tout à fait le progrès lorsque le développement de l'intelligence, faute de circonstances assez favorables, a subi un arrêt prématuré. Ces preuves accumulées nous autorisent fk conclure que la marche du progrès humain, sur tous les points, dépend surtout de celle du progrès dans les convictions intellectuelles des hommes, c'est-à-dire de la loi des transformations successives des opinions humaines. Mais la question reste de savoir si l'on peut d'abord déterminer cette loi historiquement, comme loi empirique, pour la convertir ensuite en un théorème scientifique, en le déduisant à priori des principes de la nature humaine. Gomme le progrès de la connaissance et la transformation des opinions sont très lents dans l'humanité, et ne se manifestent d'une manière bien précise qu'à de longs intervalles, on n'aura guère de chance de découvrir la formule générale de cette séquence, à moins d'embrasser dans la recherche une portion considérable de l'histoire du progrès social. 11 faut faire entrer en ligne de compte
la totalité du passé, depuis le plus ancien état connu de la race humaine, jusqu'aux faits les plus remarquables <le la vie des dernières générations ou de la génération présente.