PREFACE XXVI I
4° Enfin l'analyse morbide du milieu cosmique que les auteurs appellent le « délire métaphysique » et dont ils nous donnent une curieuse observation.
En résumé, V analyse mentale peut scruter incessamment la vie intime de l'individu sous sa double forme, physiologique et psychique ; ou bien s'attax^hant au dehors (extrospection) se répandre sur la société ou sur les phénomènes de l'univers physique.
Cette tendance à l'analyse, dès quelle dépasse un certain niveau, doit fatalement aboutir à une désagrégation mentale. Telle est l'opinion émise par nos auteurs et je la partage complètement. Cette disposition d'esprit n'est jamais sans danger. Toutefois, pour nous rassurer, considérons que la grande majorité des hommes, par force ou par faiblesse d'esprit, par bonheur ou par malheur, y échappe. Je place dans cette catégorie d'abord les hommes d'actions ; puis ceux dont la vie est simple et bornée ; puis ceux qui sont totalement incapables d'attention ou malhabiles à la maintenir, par défaut d'énergie physique et mentale.
A part ces invulnérables, beaucoup, à divers
titreff, sont accessibles aux blessures de l'analyse mentale : la cwilisation en accroît sans cesse le nombre. Les littérateurs, les artistes, les psychologues, les sachants ne peuvent y échapper. On ne saurait avec impunité s'interroger sans cesse sur sa propre nature ou sur celle des autres ou sur les énigmes du monde qui nous entoure, La culture raffinée est un luxe de l'esprit qui se paie comme tout autre luxe ou bien la condition nécessaire d'un métier intellectuel qui a ses risques comme beaucoup d'autres, simplement matériels. Les bizarreries, les excentricités, les névroses, sans compter les cas d'aliénation quelle engendre, en sont la trop fréquente confirmation.
Th. RiBOT>
Il y aura bientôt six ans que j*ai conçu le plan d'une série d'études sur le mécanisme de la « logique morbide ». J'y ai été conduit à la suite de mes recherches expérimentales sur les rêves. J'avais remarqué alors l'existence d'un rapport assez étroit entre les divers troubles psychopathiques et la construction mentale des rêves du sujet : en plus, j'avais constaté qu'on pouvait schématiser même la nature et le sens de l'orientation du flot des images du rêve selon des formules de logique, immuables dans une certaine mesure et qu'on saisissait parfaitement ; il ne restait qu'à les définir avec des documents à l'appui.
Le mécanisme psychologique intime de l'activité mentale morbide se précisa davantage dans ma pensée lors d'une seconde série de recherches que j'avais entreprises sur l'influence des poisons sur la vie psychique ; ces recherches feront sous peu l'objet d un volume à part:
Les nuances si délicates de la logique mentale se sont esquissées alors j5lus catégoriquement et c'est
de ce moment que datent mes premières recherches expérimentales sur l'activité mentale morbide. Plus tard ayant eu l'occasion de vivre plus longuement parmi les aliénés, je me suis appliqué à l'analyse de la structure de cette logique morbide, avec une curiosité et un intérêt que comprendront facilement ceux qui ont poursuivi pendant des années des recherches dans un ordre donné et convergeant vers l'éclaircissement d'un problème aussi fondamental que celui qui me préoccupe. Observant de près les mœurs et la mentalité des aliénés, j'ai pu me documenter sur tous les points de vue qu'une étude de l'activité mentale morbide exigeait, les données psychiatriques dépassant rarement la portée clinique des cas observés et souvent une description aussi tine et minutieuse que possible d'un syndrome mental n'étant accompagnée d'aucune analyse psychologique. Il y a là une métaphysique nouvelle, scientifique si vous voulez, qu'il serait extrêmement curieux de faire connaître et surtout d'étudier au point de vue méthodologique.
Voulant étudier les maladies mentales en psychologue, je suis arrivé de la sorte à des constatations,qui m'ont semblé assez personnelles;peut-être, quand elles seront appuyées par d'autreschercheurs, les quelques documents et analyses psychologiques que je me suis proposé de publier serviront comme point de départ dans une thérapeutique nouvelle, toute psychologique, des affections psychopatiques, qui reste d'ailleurs à être précisée, la psychiatrie.
tNTRÔDÙCnOfï
étant bien loin d*être à bout de remèdes. Le point de vue capital, le seul, d'ailleurs, sous lequel j'envisage la question, est simplement psychologique, donc scientifique et nul autre.
La 4( logique morbide )► ainsi que je le comprends doit, dans mon plan, contenir toute la psychologie de l'activité mentale morbide et particulièrement l'orientation et la manière d'être de cette mentalité. Une fois qu'on pourra établir des observations précises sur la structure de la vie mentale des troubles psychopathiques, la vie mentale normale pourra être examinée plus rigoureusement et on se rendra mieux compte des éléments qui caractérisent et diflérencient ces deux vies, qui se touchent sur bien des points et continuant une espèce de continuité réciproque, la vie mentale normale et la vie mentale morbide.
Ce volume n'est que la première partie d'un travail, qui contiendra ces quelques parties, dont chacune constituera particulièrement l'objet d'un volume : « Vanalyse mentale », « le syllogisme morbide », « Yémotion morbide » et ^ la création intellectuelle morbide ».
Les documents sont déjà recueillis en grande partie et il ne me reste qu'à mettre au point expérimentalement certaines questions, que mes investigations m'ont posées; j'espère de la sorte fournir d'ici quelques années l'aperçu complet de notre « logique morbide ». Après avoir examiné la vie mentale dans sa forme la plus rudimentaire et prédominante « l'analyse mentale», qui se confond
L ANALYSE MÇINTALE
presque avec la conscience en état d'agir, le phénomène irréductible de la vie mentale, j'étudierai le mécanisme du raisonnement morbide et de toutes ses manières d'être. Dans une troisième partie, j'examinerai la genèse et la caractéristique de y émotion morbide et dans le dernier volume j'analyserai les créations littéraires, artistiques, philosophiques ou autres de la mentalité morbide.
Plus tard, quand cette besogne sera faite, et que je serai très heureux de compter toujours sur la collaboration de M. Cl. Vurpas, il resterait à faire un manuel de la logique morbide où Ton préciserait dans la mesure du possible toutes les modalités de la spéculation logique normale par rapport à la logique des troubles mentaux, les seuls troubles d'ailleurs qui nous préoccupent en ce moment et dont M. Vurpas et moi nous avons essayé aussi les premiers le mécanisme de cet état psychologique que Griesinger appellerait la justification des actes délirants.
Ces recherches et observations n'épuiseront malheureusement pas la question ; je suis le premier à le taire remarquer ; ils serviront, je l'espère, au moins comme une mise au point des idées directrices d'un édifice psychologique à bâtir et dont mes recherches et celles de mes collaborateurs auront pu délimiter le plan et les grandes lignés 'de l'architecture. '. . ' .
J'ai réfléchi longuement à la possibilité d étudier l'analyse mentale en elle-même, mais je tiens à Tavouer, que malgré des multiples essais, j ai du renoncer à toute recherche expérimentale ayant comme but de saisir plus ou moins de loin quelque chose de cette force mentale, si la métaphore m est permise, qui pèse, qui classe tout et qui préside toujours subconsciemment sinon consciemment au bon fonctionnement de l'organisme humain, surtout sans doute en tant que mentalité. Chaque exploration expérimentale trouve l'analyse mentale présidant Tacte psychologique sur lequel l'investigation était portée et ne se trouve en face des multiplçs manières d'être de la vie mentale. Une pareille étude exigerait la possibilité de passer en revue tous les éléments de l'activité mentale et on se retrouve en fin de compte devant des études systématisées par l'objet même de ces recherches^ L'idée directrice s'impose vaguement malgré l'habileté de l'expérimentateur et sa compétence ; le critique systématisera devant ses multiples métamorphoses du moi conscient ou subconscient, qui analyse nécessairement, volontairement ou involontairement tous les actes. La justification des actes s'impose aux esprits malades d'une manière plus catégorique qu'aux esprits normaux, et l'examen de l'analyse mentale devient encore plus insaisissable, expérimentalement au sens strict du mot.
De l'impossibilité d'apporter, la mesure dans L'étude de l'analy&e mentale., il ne faut pas conclure
que nous sommes dépourvus de critérium pour en préciser les données d'une façon quasi expérimentale; l'observation et l'examen minutieux de l'analyse mentale nous révèlent sinon les éléments de cette manifestation si protéiforme de l'activité mentale, au moins quelques éléments importants de son architecture psychologique.
Si ce beau mouvement de psychologie expérimentale de plus en plus accentué doit être regardé comme le seul pouvant indiquer la vraie voie et constituer le meilleur moyen pour mieux saisir la trame de l'objet proprede toute philosophie sérieuse, mouvement que l'on cherche malheureusement trop à étouffer sous des monceaux de fleurs, on arrivera sans doute à trouver des métiiodes expérimentales pour fixer la physionomie propre de chaque modalité de l'analyse mentale. On parviendra à ces résultats, soit à l'aide des textes mentaux, soit à laide d'autres mesures psychologiques permettant de pénétrer au temple même, si la métaphore est permise, de l'élaboration première de notre personnalité, voire même de notre subconscient.
Dans notre manière de voir et d'entendre que l'on veuille bien distinguer les recherches expérimentales du grossier examen soi-disant expérimental qui ne diiFère guère par certains côtés de ceux qui se pratiquent dans les jeux de société et dans lesquels, afin d'avoir toute la précision, on ne
néglige pas de noter la couleur du papier qui sert à la rédaction des textes ou les habits des sujets en expérience. Le fait de prétendre qu'aucune recherche expérimentale n*est possible sur l'analyse mentale en elle-même n'est pas une affirmation gratuite, elle réside dans des essais extrêmement nombreux que nous avons commencés jadis, il y aura tantôt cinq ans, dans le service des enfants arriérés de M. Bourneville et que nous avons poursuivis ensuite pendant environ trois ans dans les écoles primaires élémentaires supérieures, dans les écoles normales des deux sexes, de Paris et du département de la Seine, lors des recherches que nous poursuivions avec M. Binet, sur l'application des tests à 1 étude des phénomènes psychiques. Plus tard, dans le service de M. le docteur Toulouse à l'Asile de Villejuif depuis trois ans, grâce à sa gracieuse obligeance que nous nous faisons un plaisir de rappeler ici, nous avons continué à multiplier les essais, mais il faut l'avouer, aucun test, aucune expérience n'a aidé à préciser nos résultats. Tout au plus pouvaient-ils nous suggérer quelques vagues intuitions et tombaient alors dans le domaine de l'observation et de l'examen psychologique.
Peut-être l'avenir nous dévoilera-t-il, à M. Toulouse et à moi, de même qu'à nos collaborateurs, que nous nous sommes appliqués à dresser un système d'examen psychologique sur l'ensemble des phénomènes psychiques, ce dont, pour le moment, nous n'avons pas pu ou plutôt su tirer
l'analyse mkntale
grand profit. L'avenir est pourtant dans cette voie. Confiant en la valeur des recherches expérimentales, nous serons les premiers à soumettre nos idées et faits au critérium et à la balance de Texpérience à réaliser.
Une grande cause d'erreur qui se mêle à chaque observation ou examen psychologique c'est la difficulté de bien distinguer et de différencier l'activité mentale du sujet en expérience du coefficient subjectif individuel de l'expérimentateur qui ne fait rien autre que substituer dans une large part son analyse mentale, ses idées directrices, sa propre analyse mentale au substratum mental du sujet. La question est sans doute d'ordre général et on peut la retrouver dans chaque ordre de recherches scientifiques, là même où l'objectivité paraît triompher grâce à quelques critériums enregistrés mécaniquement ou autrement.
Dans notre ordre d'idées, à côté de cette question de méthodologie générale s'ajoute un élément de plus, l'objet même de l'analyse étant presque littéralement le sujet.
Il y a bien des psychologues automates, qui ont publié des volumes de chiffres sans renseigner en rien sur la mentalité des sujets étudiés. Une question se pose alors. Les chiffres sont-ils un indice quelconque d'une analyse mentale du sujet (car tout phénomène psychique est le résultat d'une analyse mentale) ou bien ne sont-ils que le résultat immédiat et direct de l'analyse mentale de l'expérimentateur. Cela reviendrait à dire que l'expéri-
mentateur mesure en réalité ses propres temps de réaction, tandis qu'il cherchait à enregistrer ceux du sujet en expérience. Nous rappelons cet exemple pour montrer que nous avons conscience de cet accueil et que nous avons toujours fait de notre mieux pour écarter, dans nos observations ou dans un examen psychologique, ce coefficient de Tanalyse mentale qui trouble et influence la pesée de chaque recherche de toutes les données surajoutées, que l'afflux des images apporte dans le domaine de l'activité mentale consciente.
L'analyse mentale, telle qu'elle se dégage de notre travail, a été comprise dans son ensemble et nous pensons que celui qui voudra apporter quelque attention, réfléchir aux pages qui suivent, appréciera facilement que cette révélation de notre moi conscient en action si elle est nécessaire aux créations artistiques, intellectuelles, scientifiques, littéraires ou autres, n'est pas rigoureusement indispensable à la vraie vie, qu'on nous permette cette dénomination, sans nous soupçonner d'ironie. Tout ce qu'apporte à notre état mental, à notre manière d'être, la moindre analyse psychique, même dans l'état normal, n'est pas de nature à montrer son utilité comme moyen de développement et de perfectionnement de la vie mentale.
L'état psychique commandé par. le jeu des mécanismes sains des organes consiste à jouir de
la vie sans faire trop scruter et peser ses états d'âme, sans s'analyser perpétuellement en se confondant de plus en plus et s'affinant avec certains actes psychiques, certaines illusions sensorielles qui, automatiquement, nous entraînent dans notre évolution et dissolution psychologique vers le spasme final: la mort, spasme d'autant plus pénible à entrevoir que la pensée est pleine d'analyses des plus fines. L'exemple qui pourrait le mieux donner une vue de l'ensemble de nos idées, idées qui, dans notre pensée, doivent trouver nécessairement une application dans cette grande psychologie inconnue de la foule : la psychologie sociale, nous le trouvons dans l'émotion morbide. L émotion en tant que phénomène psychologique normal implique presque une absence de l'inhibition psychique et la cessation de tout contrôle sur cette mentalité bouillante, effervescente, qu'entraîne toute émotion. On n'analyse pas, on jouit : Quand l'analyse mentale au contraire s'exerce dans un domaine pathologique, quelle que • soit sa valeur, qu'elle soit réellement supérieure ou nettement inférieure, la réflexion tue petit à petit tout le charme de cet épanouissement mental, et, avant de s'être laissé entraîner dans les flots de ce vertige mental, le sujet devient le spectateur triste d'une dissection plus ou moins fine des éléments qui constituaient l'objet même de cette émotion.
L'éternel pourquoi a évoqué l'inévitable tourment pour aboutir tout au plus à une curiosité qui le plus suivant est nuisible, comme on le verra dans
les pages qui suivent, au bon fonctionnement de l'organisme.
Si la conclusion paraît pessimiste, elle est au moins sincère. Elle nous est imposée non seulement par nos études psychologiques, mais aussi par la connaissance de la psychologie sociale que nous avons abordée avec M. Piéron dans plusieurs travaux sur la psychologie de la croyance, dont le critérium résidait dans le rêve prophétique.
Une excursion philosophique dans l'histoire de rhumanité nous a montré suffisamment avec preuves à Tappui dans quel état d'angoisse se débattait non seulement l'humanité pensante, mais surtout l'humanité conduite par des croyances et qui réclame dans la vie à chaque pas le bon^ heur toutes les fois qu'une analyse psychologique réveille un écho dans la mentalité d'un sujet. Il prend alors facilement des fantômes pour des réalités; et, connaisseur inexpérimenté du monde des spectres et des associations d'idées qui défilent devant son propre moi éveillé, il brode à peine quelque conte, quelque légeitde, tout en s'agenouillant devant une croyance sans avoir des motifs suffisants ni pour croire ni pour mener à bonne fin une analyse quelconque.
Il semble que pour la grande majorité des hommes, certaines questions ne doivent pas se poser, car elles sont toujours très mal posées. Dans la vie mentale comme dans la vie sociale, un automatisme psychologique s'impose et s'imposera chemin faisant dans l'évolution de la vie humaine
qui tend nécessairement à un parfait automatisme, équilibre idéal non seulement des fonctions organiques mais aussi des penchants, des désirs, des croyances éteignant pour un temps plus ou moins long cette analyse mentale si troublante, si inutile et si dangereuse pour ceux qui la manient.
Tout en étudiant le rôle de l'analyse mentale en essayant de mettre en relief quelques-uns de ses facteurs les plus importants en montrant enfin qu'elle aboutit à une désagrégation mentale, nous avons été les spectateurs intéressés de ce procès philosophique pour ainsi dire malgré nous, malgré la logique de nos idées qui nous interdisent d'utiliser l'analyse mentale ; nous sommes les premiers à reconnaître combien elle est séduisante et suggestive. Elle jaillit à notre pensée comme une source fertile de sentiments nouveaux, d'impressions inconnues; nous pensons, malgré nous, à la beauté de l'intelligence toute tremblante d'émotion qui s'analyse, qui pèse etqui doute en comparaison de l'état mental qui s'ignore au point de ne savoir s'il a une vie psychique ou analytique.
Cette opinion paraît peut-être réactionnaire et aristocratique ; elle ne l'est pas en réalité, mais seulement en apparence. Car, en réfléchissant bien, on s'aperçoit rapidement que l'automate humain n'a pu digérer tranquillement, se déplacer en toute sûreté, avoir des idées qu'il comprenne, que grâce à ces analystes parfois délirants qui, inconscients à leur tour, ont jeté quelques grains devant cette nuée de ççrbeaux, les hpmmes normaux affamés de
INTRODUCTIC 13
croyance et de bonheur. C'est pour cela que la création intellectuelle appartient par beaucoup de côtés à la pathologie mentale. Ici ce terme est pris dans son sens le plus large, comme voulant désigner tout ce qui émane de l'humanité normale et que l'on parviendra peut-être un jour à définir et préciser scientifiquement.
Nous insistons sur l'application sociologique de nos quelques données psychologiques dans l'intention de jeter, dès maintenant, les jalons du contenu complet des volumes qui vont suivre et qui nécessairement doivent sortir du domaine des spéculations philosophiques. Précisons les facteurs qui constituent la logique morbide de même que les agents qui la dirigent et nous arriverons peut-être à éclaircir, ne fût-ce que de quelque vague lueur, la physionomie au moins grossière de la personnalité morbide et à indiquer en quoi elle se distingue de la personnalité normale.
Disons dès maintenant que, pour aboutir à un vrai délire pathologique il faut toutefois, dans la majorité des cas, une modalité mentale particulière que nous aurons à définir et à préciser et dont le mécanisme psychologique, qui fera l'objet de travaux et d'ouvrages différents, aidera à comprendre et à analyser les scènes et les tableaux et leur évolution si complexe de la psychologie normale. Qu'il nous suffise d'indiquer la simple conclusion de nos recherches sur ce sujet, et d'attirer l'attention sur l'intensité véritablement insolite des images mentales et des idées qui aboutit à leur
invasion et leur intrusion dans le champ de la conscience complètement absorbé et polarisé autour de ce pôle, et inattentif, distrait, incapable d'examen envers tous les autres états mentaux qui frappent en vain au seuil de la conscience; elles n'arrivent pas à s'y faire jour et flottent comme des ombres nébuleuses et à peine estompées, tandis que l'idée maîtresse reçoit tous les rayons, et toute la lumière qui semblent ne pouvoir plus se détacher et se dérober à la direction qui lui est imprimée et qui est comme figée dans une même position persistante.
Notre travail est bien personnel, et, avant de terminer cette Introduction, je crois de mon devoir d'avertir le lecteur que nous avons laissé parfois exprès *les scories de la documentation psychologique, et cela simplement pour appuyer davantage nos idées et notre manière d'envisager la logique morbide. Ce rappel a encore le but d'expliquer pourquoi, nous ne nous occuperons pas, au moins dans ce premier volume, de l'historique des questions et problèmes agités.
N. Vaschide.
Paris, le lotévrier 1902.