‹ La logique morbideChapitre 11 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Analyse mentale

On considère habituellement Tactivité mentale à notre avis sous un angle un peu étroit. Les anciennes conceptions sur la corrélation de Tintelligence et du corps ont laissé dans l'atmosphère scientifique et surtout médicale des traces profondes qui demeurent toujours. Les anciennes épithètes sont simplement remplacées par d'autres, plus modernes, mais le fond reste comme un héritage ndiscutable, précis et qui ne peut prêter à aucune discussion.

Expliquons-nous. Certains pensaient (et nous faisons grâce de l'historique) que l'intelligence ou l'âme agissait pour son propre compte indépendamment et en dehors de toute évolution physique somatique. Il y avait en somme un simple parallélisme préalablement réglé dans le temps et dans l'espace suivant certaines lois. Les divers postulats philosophiques qui les exprimaient ont fait l'objet de longues discussions dans les siècles passés. Ces

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discussions reviennent encore dans les doctrines modernes sous d'autres formes, mais en vertu de la même impulsion et du même besoin logiques.

Par opposition à ce courant de doctrines on a restreint le domaine et les influences de cette vie mentale à tel point qu'elle est presque confondue avec les quelques données anatomiques que les connaissances biologiques précisent de plus en plus dans la topographie et la structure de notre moi physique. De nos jours, et ce n'est pas ici que nous voulons faire l'historique, cette activité mentale est jugée par bon nombre d'auteurs comme quantité sinon négligeable, en tous cas pesant pour peu dans les changements et la constitution de notre moi, cet instable rouet dont nous ne saisissons que les motifs de la symphonie et les accords musicaux.

L'anatomie essaye d'expliquer même la genèse de l'activité mentale. S'appuyant sur des faits soidisant scientifiquemment démontrés, elle tente de nous donner la clef de chacun des multiples aspects de cette modalité protéïque, la vie mentale.

Faisant appel aux ingénieuses hypothèses des systèmes admis dans le domaine des sciences biologiques, physiques ou médicales, certains cherchent à expliquer le psychique exclusivement et catégoriquement par le physique.

Ces explications reviennent constamment même pour les phénomènes les plus intimes. Les multiples combinaisons mentales, qu'il s'agisse de leur fonctionnement ou de leur mécanisme, paraissent suffî-

samment claires. Des auteurs, coupes histologiques à la main, localisent sur un point de la surface corticale l'appareil générateur de tel ou tel élément de notre activité mentale.

Les anatomistes, et ici nous nous adressons soit à ceux qui étudient macroscopiquement le cerveau et contemplent quelques régions détachées avec un couteau de table, soit à ceux qui analysent et regardent attentivement les paysages et la structure fine du système nerveux, que les méthodes modernes nous révèlent dans de splendides aquarelles-, les anatomistes, disons-nous, échafaudent ainsi tout un système psychologique qu'ils intitulent la psychologie anatomique. Sans parler davantage de ces différentes doctrines, voici ce que nous pensons avec beaucoup de psychologues.

Depuis la géniale conception de Fechner, la psycho-physique a cherché à préciser et à étayer par des faits l'influence du psychique sur le physique; mais il est un phénomène, croyons-nous, dont aucune doctrine anatomique n'a pu montrer la corrélation avec la topographie ou la physiologie cérébrales, c'est ce pivot qui constitue l'essence même de la vie psychologique, C activité mentale, A notre connaissance, aucune étude systématique n'a été faite sur la nature et le rôle que cette activité joue dans la vie mentale et dans l'orgainisme. L'attention a été attirée sur certaines conséquences d'une orientation quelconque de ce phénomène essentiellement psychologique ; on l'a étudiée comme fonction de la volonté, on l'a

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englobée dans certains complexus psychologiques (attention, distraction, volonté, scrupules), jamais aucune étude n'a porté sur ce sujet en dehors des remarques si profondes et si pleines d'intuition de quelques philosophes, qui, tout en signalant indirectement cette activité, la confondent avec des étapes psychiques toutes différentes.

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Guidés surtout par le hasard de l'étude et l'examen de quelques cas pathologiques précieux, nous avons cherché à étudier et à définir un ensemble d'attitudes psychologiques de l'analyse mentale. Quelques aperçus synthétiques éclairant nos idées et les complétant aideront à l'intelligence et à la connaissance du rôle que l'analyse mentale joue dans notre architecture psycho-physique.

Dans un premier cas, l'analyse mentale est orientée sur la structure même de la vie mentale ; il s'agit d'un trouble que nous appelons délire par introspection mentale. Tout ce qui passe et tombe sous l'œil vigilant du sujet, tous les phénomènes de conscience enregistrables, même les plus minimes et les plus intimes, tout est pesé et passé au crible d'une logique persévérante, anxieuse et particulièrement scrupuleuse ; d'où l'éclosion de cette forme délirante nouvelle que nous tentons de mettre en relief.

Dans un second cas, le sujet ne dirige son analyse mentale que sur les modifications physiques

de son organisme et la connaissance de sa constitution somatique, qui occupent en souveraines son aaivité psychique. L*analyse mentale, en d'autres termes l'introspection, détaille chaque ordre de phénomènes sensoriels organiques ou autres : dans l'impossibilité où il est d'orienter et de diriger tous les résultats de ses nombreuses et inquiètes recherches introspectives sur une synthèse quelconque, sur des points de repère déterminés et établis, le sujet glisse sur la pente d'un délire et bientôt échafaude un délire d'introspection somatique bien caractérisé.

Dans un troisième cas, le sujet oriente et dirige son analyse mentale sur le monde extérieur, le milieu ambiant dans lequel il vit; il n'éclaire que de quelques vagues lueurs l'aspect de sa vie mentale et de son for intérieur ; il vît dans un délire d'extrospection, dont l'origine réside dans cette analyse mentale dirigée sur les changements et les aspects plus ou moins compliqués de sa vie sociale.

Enfin, dans une quatrième observation, il s'agit d'un sujet pour lequel non seulement la vie mentale, mais encore la vie sociale elle-même reste dans l'ombre ; son analyse mentale est exclusivement dirigéesur l'architecture macrocosmique du monde, sur les données métaphysiques de la nature, une vie, un monde d'idées où la causalité finale revient incessamment comme l'éternel et sympathique pourquoi dans un cercle vicieux de rêvasseries et d'actions. Nous décrivons ce cas comme un type de délire de métaphysique

Ces quatre aspects de l'orientation mentale, malgré leur forme nettement pathologique, résument à notre avis grosso modo toutes les orientations posibles de l'activité mentale en elle-même, en d'autres termes du champ, danslequell'analyse mentale exerce son action et dans lequel surtout on peut la saisir. Cette construction de pathologie délirante aide à plus d'un point de vue à la compréhension, et à l'intelligence de cet acte psychique que nous étudions ici, pivot de la vie mentale.

Il y a comme une schématisation de plusieurs manières d'être de l'analyse normale portant son activité dans les muhiples conditions de la vie réelle et soi-disant normale.

La synthèse personnelle étant pour ainsi dire détruite précisément à cause de l'impression pathologique délirante introspective, extrospective ou autre, et aussi à cause de l'absence d'une polarisation logique des images et des impressions sensorielles ou autres, véritable aliment psychique quotidien, la plupart des éléments psychologiques normaux et habituels s effacent et disparaissent complètement devant le désordre pathologique, qui joue alors un rôle prépondérant et bien délimité.

C'est en analysant toutes nos observations et en voulant les rapporter à ce qui se passe dans la vie normale, que nous sommes arrivés à cette affirmation déjà formulée, que l'analyse mentale ne peut s'exercer que sur l'un de ces q^uatre points de repère, à savoir: r l'effort- intérieur, la. vie mentale en elle-même ou en d autres termc^s

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l'analyse de l'analyse elle-même ; 2® les manifestations physiques et somatiques de l'organisme ; 3° le monde social et le milieu ambiant avec ses actions, et impulsions variables suivant le milieu, la race et Tespèce ; 4* la vie métaphysique, l'audelà, conçu sous sa forme la plus abstraite.

Nous pensons donc que, sans avoir la preuve et la trace anatomiques, au moins jusqu'ici indécelables par les méthodes histologiques connues, l'analyse mentale existe et constitue le pivot peutêtre le plus solide de l'activité mentale dans les réactions vers lesquelles converge et d'où émane chaque impulsion ou action, qui éveille le soupçon de la plus légère trace de conscience.

Cette analyse représente un centre unique réel, défini à posteriori, centre qui a une puissance de polarisation et d'utilisation des images fournies par les sens. Cette puissance lui donne une place à part, et lui fait jouer un rôle jusque dans le bon fonctionnement de l'organisme biologique.

A l'état normal, ainsi qu'il résulte de l'analyse et de l'observation de quelques dizaines de cas appartenante plusieurs catégories sociales, au sujet desquels il serait facile d'établir un tableau avec des chiffres, des documents et des histoires clininiques, dont nous faisons grâce, l'analyse mentale exerce des actions combinées, simultanées ou successives sur chacun de ces champs d'exploration

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et d'orienlation. Subconsciemment la vie biologique s achemine à sa pleine efflorescence, qui est l'âge adulte et Tépoque de la maturité et y parvient, soit avec cette alimentation due aux crises, aux bouleversements ou aux moments plus ou moins troublants de l'évolution de l'organisme, soit avec le développement parallèle et les actions mutuelles et réciproques des nombreux centres du névraxe et des multiples images, qui accompagnent leur mécanisme et leur fonctionnement. La vie biologique, grâce à un pouvoir de synthèse préalable imposé tant par la vie mentale que par l'organisme bien portant, marche à un équilibre stable entre ces quatre directions, qui s'ébauchent et existent à l'état latent et constant comme orientation psychique de l'analyse mentale. Le sujet bien portant qui de temps à autre se laisse emporter à telle ou telle de ces orientations, malgré l'envolée toute délirante de son activité mentale, sedistinguede l'être pathologique en ce qu'il n'oublie jamais les points de repère, origine de son orientation. 11 conserve des attaches solides à l'équilibre préalablement établi ; rarement il dépasse les limites extrêmes de l'orientation qu'il a suivie. Au lieu de se laisser submerger comme le délirant par des sensations dont il ne comprend ni le fonctionnement ni la structure, il se résigne facilement et s'incline devant les données qui lui échappent comme devant autant de rêves brisés. 11 est placé par sa manière d'agir et surtout sa façon de vivre dans un milieu social et cosmique, qui concourent à l'état parfait de son

organisation psycho-physique ; il se contente pour le courant de la vie de quelques vagues données intuitives, il s'intéresse, tout automatiquement, il est vrai, aux réactions médiates de la vie. Au milieu de l'atmosphère ambiante avec tous ses points de repère, il s'achemine peu à peu vers sa fin biologique ; encore lui est-il difficile de l'accepter et ne s'y résigne-t-il qu'à un âge très avancé. Le fonctionnement de chaque organe en particulier, qui compose cette parfaite machine humaine, lui impose pour ainsi dire un statu quo, qui l'arrête dans toutes ses envolées et l'habitue à se contenter de quelques données plus ou moins vagues et floues. La plus grande partie de sa vie mentale lui échappe, ainsi que tous les détails de sa fin intellectuelle.

Tout se réduit chez l'homme normal à la connaissance de quelques faits grossiers, les seuls vers lesquels l'analyse mentale se voit orientée. Il en est de même pour la conscience du corps, du milieu social et des préoccupations métaphysiques. L'homme normal se contente, comme nous le faisons tous, d'un échange de données généralement assez grossières, touchant tous les domaines des réactions bio-physiologiques. Cependant l'analyse mentale commande toujours un certain degré d'attente et donne une orientation à tous les points de repère dont nous venons d'esquisser plus haut le.sçns et la valeur. Toute connaissance nouvelle tombant d^ns le champ de l'analyse mentale exercera une infliiênce dans un sens ou dans un autre

selon son intensité, les tendances impulsives du sujet, surtout la richesse des images et son affinité avec l'analyse mentale.

Au lieu de se perdre dans les spéculations vicieuses n'ayant aucune portée, l'analyse mentale normale semble au contraire être caractérisée par le bon fonctionnement de toutes* ces forces directrices. 11 y a encore un élément, dont il faut tenir compte, c'est le coefficient de satisfaction que provoque chaque poussée de l'analyse mentale dans telle ou telle direction ou orientation.

L'analyse mentale dont nous venons de faire la description est celle de l'homme sain, du sujet représentant le type normal moyen. L'équilibre est rarement parfait et souvent la balance penche tantôt d'un côté, tantôt d'un autre dans l'évolution sinueuse de la vie mentale. Tantôt le sujet orientera son activité sur sa vie mentale, vivant, s'absorbant en elle et poursuivant, soit au hasard de la pensée, soit d'après un plan systématique, les théories capricieuses, les images, qui chevauchent dans ses états mentaux ; tantôt, il analysera la configuration somatique de son organisme et le coefficient qualitatif et quantitatif de ses impressions sensorielles, tantôt il ignorera son moi mental s'absorbantdans la poursuite delà vie sociale, direction où l'entraîne l'orientation de son analyse mentale, tantôt enfin, il sera le jouet de l'orientation méta-

physique, où le conduiront ses recherches et ses préoccupations investigatrices. Tous cependant garderont constamment quelques vagues aperçus du reste de la configuration de leur moi et conserveront particulièrement toute une série de rapports avec leur milieu, ils subiront et supporteront les diverses réactions psycho-sociales des conditions, dans lesquelles ils se débattent dans la lutte pour la vie.

Sans doute l'analyse mentale n'est qu'un guide vers telle ou telle orientation, mais les causes initiales, qui supposent une certaine affinité avec la structure psycho-physique d'un individu, peuvent être difficilement délimitées ; cette analyse fait partie du cortège des nombreuses causes sociales ou psychologiques, qui déterminent des bouleversements dans notre manière d'être.

L'analyse mentale, telle que nous venons de la décrire;est pour ainsi dire le laboratoire qui fabrique et qui prépare les clichés de nos pensées, de nos jugements, de nos émotions, de tout acte accompagné d'un degré de conscience.

Notre existence psychologique n'a lieu qu'en tant qu'analyse mentale. Nos connaissances de nous-mêmes, de notre existence biologique, de notre place dans la nature ne sont que des équivalents des pesées d'analyses mentales.

A chaque instant les images pullulent dans le champ de la conscience et ne prennent de forme, de vie, qu'en tant qu'elles tombent dans le champ d*exploration de notre analyse mentale. Nous

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vivons de ces données ; et quoique quelques rares sujets aient pu tirer profit de leurs investigations dans les diverses orientations de leur vie mentale, l'intelligence se suffit à elle-même avec quelques intuitions générales acceptées en raison et en proportion du critérium individuel, la forme la plus haute de vie mentale.

On pourrait de la sorte avoir un indice de la puissance intellectuelle et de l'orientation psychique d'un sujet par la connaissance de ces données psychologiques d'une importance capitale et dont sont presque ignorés non seulement la genèse, ce qui serait excusable, mais encore les transformations et surtout les aspects complexes dans la logique normale et morbide.

Nos remarques concernent, disons-le encore, seulement les données générales objectives de l'analyse mentale vue dans son ensemble avec le grossissement le plus faible. Nous avons cherché à esquisser et à préciser sa physionomie, désirant étudier plus tard la structure intime des formes plus complexes d'analyses mentales et leur mécanisme de polarisation psycho-physiologique.

Tandis que l'homme normal, tout en étant moins conscient de son analyse mentale, de son propre moi dans le sens philosophique du mot, délire consciemment ou subconsciemment mais par tranches pour ainsi dire, par étapes, revenant toujours à ses premiers pas et à son point de départ, l'aliéné semble se lancer d'emblée méthodiquement ou vertigineusement vers une orientation autre, se

spécialisant selon laffinité et le trouble psychophysiologique gravé par son analyse mentale. 11 s'enferme volontairement par raisonnement logique en lui même, mais ses conceptions étant sans cohésion et pris lui-même dans un cercle vicieux, il peut aboutir ainsi ou à une extase semblable à une inertie mentale ou à un ensemble de jugements disparates dans Tintelligence desquels il s*acharne avec .angoisse, anxiété, émotion et tendresse.

Il rappelle de la sorte par certains éléments la vie mentale, les chercheurs^ les penseurs, créateurs, littérateurs, artistes, qui sousTapparence d'une vie réelle alimentent et systématisent un délire d'introspection quelconque.

Le tout réside dans le sens selon lequel l'analyse mentale a été dirigée.

Avant de terminer rappelons que ces phénomènes psychiques en raison de leur intime rapport avec notre moi sont très difficilement décelables et ce n'est pas sans peine que l'on arrive à saisir le sens et la signification de leur attitude extérieure. L'analyse mentale est pour ainsi dire le dragon des légendes, qui garde sévèrement l'entrée de ce temple saint, la vie mentale, le seul dans lequel nous nous plaisions à vivre, à désirer ou à craindre, à laisser libre expansion à nos angoisses, à bâtir des chimères tout en vivant la vie commune, la vie de tous les jours, qui exige surtout un automa-

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tisme bien coordonné dirigé vers des buts bien définis.

Et nous croyons, qu'à tort on se fie aux manifestations verbales ou aux attitudes extérieures de l'aliéné alors qu'il est jugé comme tel, d'après ses allures et ses réactions ; nous lui contestons alors toute vie mentale. Il peut se faire, et nous en avons souvent eu la preuve au cours de nos observations, que l'analyse mentale ait précisément unç vie des plus intenses. Le cachet des expressions était pour ainsi dire factice; la vie psychique, renfermée en elle-même sous l'égide d'une analyse mentale pathologique, était la source d'un délire, dont la richesse en images était difficilement saisissable.

Remarquons enfin que dans divers cas l'analyse mentale est brisée, détruite par certains troubles pathologiques, et alors le sujet garde en face de ses images la même attitude que le rêveur devant les multiples scènes et phénomènes, qui s'estompent illogiquement devant lui ; il ne peut prendre aucune décision, les images peuplent sa pensée, son état mental ressemble à une eau stagnante et le sujet est amené ainsi ou à une confusion mentale ou à un état d'inertie mentale, phénomène qui demande à être étudié de près dans les troubles morbides delà volonté et de l'attention.

Faut-il donc s'arrêter aux considérations ironiques suivantes? L'analyse mentale, nous voulons dire notre moi conscient et logique, tout en dirigeant la conduite psychologique et sociale de notre personnalité, doit le plus rarement possible être

elle-même soumise à son propre critérium. Dans ce chaos, qui s'appelle la pensée, il y a des labyrinthes, dans lesquels plus d'un dédale engage le voyageur sur une fausse route-

Quelqu'intéressantes que puissent être les premières étapes, on arrive facilement et presque sans s en apercevoir à une orientation mentale, qui, dans quelque direction qu'elle s'engage, est pleine d'angoisses et d'émotions troublantes.

On se trouve alors en face de problèmes que Ton n'ose pas affronter et devant lesquels on ne peut pas non plus reculer, on est mis en présence des inintelligibles énigmes de la vie, dont l'interprétation en raison de l'ignorance des quelques rares données scientifiques ajoute encore des erreurs à des jugements faux et erronés.

Les troubles pathologiques peuvent alors s'esquisser d'un jour à l'autre à la première collision ou difficulté de quelque nature qu'elle soit.

Du moins ce problème, qui sommeille sous chaque analyse mentale, exige-t-il l'appui, soit d'une croyance quelconque, qui ouvre largement la voie et facilite les fouilles grâce à une sorte de soutien moral, soit de quelque critérium le plus souvent difficilement maniable.

En tous cas, il y a un déséquilibre, qui tend nécessairement à se produire d'un instant à l'autre.

En dehors de la portée scientifique et psychologique de nos recherches, devons-nous formuler la conclusion pratique, qu'il ne faut pas user ou user le moins possible de l'analyse mentale, dans la

crainte qu'elle ne puisse provoquer de sérieux troubles psycho-pathologiques physiquesouautres, les états psychiques exerçant une influence incontestable sur Torganisme ?

Nous faudra-t-il maintenant porter le moins possible notre attention sur notre vie mentale et faire une sorte de principe d'hygiène morale de se fier le moins possible aux séduisantes fouilles psychologiques ?

Pour être des heureux mortels devrons-nous donc nous contenter des données les plus grossières de l'analyse mentale, espérant qu'elles suggéreront quand même un vigoureux et sain « excelsior ».

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