‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 14 sur 39 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IV

ipëcQlatioii, ce sera du moins sur des clioses <l*asas:é; jelativés à ndi besofns. Il n'en faut pas davantage. G'est à ces' idëes qii^il faut prendre ceùi ^a'on Veiif faStrtiiTel; ei il èsft évident qn'il fatit leur en faire remarquer Pôrigine et la gënëràtiori, si dé ces idéeâ 6n veut les con* duire à d'atitires.

Les idées naissent succéssii^einent les unes des

mures.

Or, si nous observons l'origine et la génération des idées , nous les verrons naitpe succesrsivement les unes des antres ; et^ si cette suc^ cession est conforme à la manière dont nous les^jacquérons , nous en aurons bienfait l'analyse. L'ardre de l'analyse est donc ici l'ordre même de la gériération des idées.

Nos pf entières idées sont dés idées individuelles.

Nous av(ms dit qiae les idées des objets seii* jsibles ne sont , dans leuf orjgioe ^ que les sen* sations qui représentent ces objets; Mai-s il n'existe dans la nature qu6 des individus :

donc nos première^ jidées ne sont que des idées individuelles , des idéts de, tel ou tel objet»

En classant les idées on Jorme des genres et des

espèces.

Nous n'avcms pésnimaginë dei^ liom« p'ou^ châcpîe indûrida'>; nooff anrônsiséuli^ffieiit diS'

û8 LOGMJUE.

tribué les individus dans différentes classes .

que nous distinguons par des noms particuliers; et ces classes sont ce qu'on nomme genre et espèce. Nous avons, par exemple , mis dans la classé A^arbrç^ les plantes dont la tige s'élève ^ à une certaine hauteur, pour se diviser en une multitude de branches , et former de tous ces rameaux une touffe plus ou moins grande. Voilà , une classe générale qu'on nomme genre. Lorsqu'ensuite on a observé que l«s arbres diffèrent par la grandeur, par la structure , par les fruits, etc., on a distingué d'autpes classes subordonnées à la première qui les 'comprend toutes ; et ces classes subordonnées sont ce qu'oii nomme espèces.

C'est' ainsi que nous distribuons .dans diffé*!rentes classes toutes les. choses qui peuvent venir à natre connaissance : par ce moyen , nous leur donnons à chacune ui^e place pi arquée , et nous 'savons toujours où les reprendre. Oublions ces classes pour un moment, et imaginons qu'on eût donné à chaque individu un nom différent i nous sentons aussitôt que la multitude des noms eût fatigué notre mémoire pour tout confondré^, et qu'il nous eût été impossible d'étudier les objets qui se multiplient sous nos yeux , et de nous en faire des idées distinctes.

Rien n'est donc plus, raisonnable que cette distribution; et, quand on considère combien elle nous est utile, oa-'inÂme nécessaire, on serait porté à croire quoinaas.liVvons faite k

PiiBMlÈBB PÂÂtIe. CHAP. 1Y. 20

aesseih. Mais on se tromperait : ce' dessein appartient uniquement à la nature, c'est elle qui a commencé à notre insu.

Les idéts indwiduèltes deviennent tout ^ à- coup

générales.

Uni enfant nomin&t^, arbre ^ d'après nous, le premier arbre que nous lui montrerons , et ce nom sera pour lui le nom d'un individu. Cependant, si on lai montre un autre arbre, il n'imaginera pas d'en demander le nom : il le nommera arbte , et il rendra ce nom «commun à deux individus < Il le rendra de même commun à trois , à quatre , et enfin à toutes les plantes qui lui paraîtront avoir quelque res semblànce avec les premiers arbres qu'il a vus.

I Ce nom deviendra mênle si général , qu'il noni-

! mera arbre tout ce que nous nommons plante.

\ 11 est naturellement porté à généraliser , parce qu'il lui est plus commode de se servir d'un

. nom qu'il sait , que d'en apprendre un nouveau. Il généralise done sans avoir le dessein

' de généraliser , et sans même remarquer qu'il

généralise. C'est ainsi qu'une idée individuelle

devient tout-à-coup générale : souvent njême

• elle le devient trop; et cela arrive toutes les

lois que nous confondons des choses qu'il eût

\ été utile de distinguer.

1^9 i4p^f g4n^ml€S^ se suàdiuiseni en différentes

espèceSm

Cet enfant le sentira bientôt lui-même. Il ne ilira pas : J*ai trop généralisé^ Ujfnnt que je dis^ lingue différentes espèces d'arhi^s : il formera, sans dessein et sans le remarquer , des classes

s.ifbQr4,opnée9, ^9^!^^ Û^^^^. * ^^^^ de^eio et sj^^s \e rj^warqaef, fif^e c)«»f^e g^é^pv9i.Q, Jl ne fera qu'obéir ^ fçs jdç^oipf. jQ'eft pour<{iiQi je dis qu'il fer;^ jce;» idfftributioiif ^jbnireUemept et à son fn^u. En ^Sety si on )e p^ène dan» un jardin , et 94'pp lui fw^ çufilUr et ijii^nfer différepteç /lof.te^ ,de ff uits , nons yerroos qu'il appr/sndra ,^ientôt Jies i^ojn^ de péris^er 9 pécher, poirief , ponugnier , et qu'il di^tii^gnera différentes espèces d'arbref.

Nos idées cp^i^epcenf dono à étr# individuelles , pour devenir tout-àrcoup aussi générajles qu'il est possible ; et noQs ne les distribuons ei)suite 4âps différenties classes qu'autant que • nous septqns le besoin de le^ distingue': Voilà ror.drje de le^i^ gié^ératioQ.

Nos idées fqmnent un système conforme au système de nos besoins',

Pgi^que nps )îe>oips font le motif de cette dismbulioîj , c'est pom? «ux tpa'cUe se fait. Les classes, qui se multiplient plu» pu moins i foraient donc un système dont toutes les parties se lient naturellement , parce que tous nos besoins tiennent les uns aux autres; et ce système, plus ou moins étendu, est conforme à l'usage

quesioas voub^ui faite àp^ «hoies^. Le besoin ' qai no^fl écUÂt^ , iioiis âemne peu à peu le discernement qui lioiie fait voir dans un temps des diiFéiïKices <m peu anparaTAnt nous n'en dper*^ ceviofis paS} et si nous étendons et perfectionnons ee système , c'est perce ffue^ nous continuons comme le neilùre aons fait commencer.

Les philosopkef ne l'ont donc pas imaginé :

iJld'o at tronré en oi>seryant la nature , et , s'ils eraieat mieux obser?ë , ils Tauraiefit expliqué beanconp miemxqa^îls n*ont fait, Hitàis ils ont cm qn'iî était a eu, et ils Font traité comme s'il était i eux em effet.' Us y ont mii| de Farbi* traire , (|e l'absuf de , let ils ont fait mn étrange abus des i4ées générales.

MalbeijLreusemen tenons arons eru apprendre d'eui: ee système ^ que nous avions appris d'un meilleur maître. Mais , parce que la nature ne nons faisait pas remarquer qu'elle nous l'enseignait, nouf avons crif ea devpir la connaissance à ceiax qui ne manquaient pas de nous fair0 remarquer qu'Us égalent nos matlres. Nous avons donc confondu les leeons des piiilosopbes avec les leçons de la nature , et nous avons mal raisonné..

Avec quel artifice se /orme ce ^sùème.

D'après tout ce que nous avons dît, former nne classe de certains objets, ce n'est autre chose que donner un même nom à tous ceux que nous jugeons semblables ; et quand de cette classe nous en formons deux ou davantage , nous ne faisons encore autre cbose que «cboisic

de Doiiveaux noms, pour distiiogiier des objets que nous jugeons différens. jG'eat uniquement par cet artifice que nous mettons de l'ordre dans nos idées : mais cet. artifice ne fait que cela; et il faut «bien, remarquer, qu'il ne peut rii^n 'faire de plus. £n:effet , nous -nous tromperions grossièrement ,. si nous nèu» imaginions qu'iLj a dans la nature des espèces et Ues^genres, parce qu'il y a des espèces et vdes gelii^es dans notre manière de concevoir. Les noms généraux ne sont proprement les noms d'aucune chose existante ; ils n'expriinent que les vues de l'esprit , lorsque nous considéronS'les choses sons les rapports de ressemblance ou de différence. 11 n'y a point d'arbre en ffénéral , de p'ommier en général ; de poirier en général , il n'y a que des individas. Donc il n'y a dans la nature ni genres, ni espèces. Cela est si simple, qu'on croirait inutile de lerremarquer :'mais souvent les choses les plus simples échappent, précisément parce qu'elles sont simples : nous dédaignons de les observer ; et .c'est là une des principales causes de nos mauvais raisonnemens et de nos erreurs, ^ .

Il ne se fait pas cP après la nature des choses*

Ce n'est pas d'après ^l'a natjire des choses que nous distinguons des <;lasses, c'est d'après notre manière de concevoir. Dans les couunencemens, nous sommes frappés des ressemblances, et nous sommes comme un enfant qui prend toutes les plantes pour des arbres. Dans la suite , le be«

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