‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 15 sur 39 · PREMIÈRE PARTIE. 'CHAP. IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 'CHAP. IV

soin d'observer développe notre discernement ; et, parce qu'alors nous remarquons: des différences 9 nous faisons de nouvelles classes.

Plas notre discernemenl se perfectionne ^ plus les classes peuvent se multiplier; et, parce qu'il n'y a pas deux individus ,qui ne diffèrent par quelque endroit, il est évident qu^il y aurait autant de classes que d'individus , si à chaque différence on voulait faire une classe nouvelle. Alors il n^ aurait plus d'ordre dans nos idées , et la confusion succéderait à la lumière qui se répandait sur elles lorsque nous généralisions avec méthode.

JusquCà quel point nous devons diviser et subdiviser nos idées»

Il y a donc un terme après lequel il faut s'arrêter : car^ s'il importe 'de faire des distinctions, il importevplus encore de n'en pas trop faire. Quand on n'en fait pas assez, s'il y a des choses qu'on ne disting^ue pas , et qu'on devrait distinguer , il "en reste au moins qu'on distingue. Quand bn en fait trop , on brouille tout , parce que l'esprit s'égare dans un grand nombre dtî distinctions dont il ne sent pas la nécessité. Demandera-t-on jusqu'à -quel point les genres et les espèces peuvent se multiplier ? Je réponds, ou plutôt la nature répond elle-même, jusqu'à ce que nous ayons assez de classes pour nous régler dans l'usage des choses relatives à nos besoins : et la justesse de cette réponse est sensible , puisque ce sont nos besoins seuls qui nous déterminent à distinguer des classes ,

34 LCMGHQÎÎE.

puisque nous n^tmagiaons pas de donner de»

noms à des choses dont nous ne vanlons rien /aire. Au moins est-ce aioai que les hommes se jcpnduisent naturellement. Il est vx'ai que', lorsqu'ils ^^écartent de la nature pour devenir mauvais philosophes, ils- croient qu^â force de distinctions^ aussi suktiles' qu'inutiles, il^ ex— pliqueronl tout , et ils brouillent tout.

Pourquoi les espèces doip^rii4 «¥« confonflve. •

Tout est disftinct dans Ja nature ; mais notre esprit est trop borné pour la voir en détail d'une manière distincte. En vain nous analysons , il reste toujours des choses que nous ne pouvons analyser , et que , par cette raison , nous ne voypns quecoiifusément. L'art de classer , si ^éces^air^ pour se l^ire dés idées- ejjactes , n'éclaire que les point3 principaux : les intervalles restent 4*^>5 l'obscurité ,. et; dans ces intervalles le^ cUsses mitoyennes se confondent. Un arbre , par exemple , et un arbrisseau , sont deux espècçs bien distinctes. Mais un arbre^ peut être plus peti^, xm ^irbr^sseau peut être plus gra^d; et l'on arifivB à vne plante qui n'est ni arbre ni acbrisseai^, W %^^ e«t tov»t,àla fois l'un et l'aH^re; c'est à-^i^e» q^'o^ ne sait plus à quelle es.pèce U rapporter.

Pourquoi elles se confondent sans inconvénient.

Ce n'est pas là un inconvénient : car deman-^

der si celle plante est un arbre ou un arbris-^

seau, ce n'est pas , dans le vrai, demande

cç qa'ellet e»t ; c-^H seulement demander si nous <leTX>Dd lai doj^ner 1^ nom d'arbre ou celui d'arbrisseau. Or il importe peu qu'on ui donne l'un plutôt que l'autre : si elle e^t utile , nous nous en servirons , et nous la nommerons plante. On n'agiterait jamais de pareilles questions, si Pon ne supposait pas qu'il y fP, dans la nature comme dans notre esprit, des genres et des espèces. Voilà Tabus qu'on fait des classes: il le fallait connaître. Il nous reste à observer jusqu'où s'étendent nos connaissances , lorsque nous classons les choses que nous étudions.

Nous ignorons t essence des corps.

Dés que nos sensations sont les seules idées que nous ayons des objets sensibles , nous ne ▼oyons en çux que ce qu'elles représentent : audelà nous n'apercevons rien, et par conséquent BOUS ne pouvons rien connaître.

11 n'y a donc point de réponse à faire à ceux qui demandent : Quel est le sujet des qualités du corps ? quelle est sa nature 7 quelle est son es^ sence? Nous ne voyons pas ces sujets, ces natures, ces essences i en v^in même, on voudrait nous les montrer ;. ce serait entreprendre de faire voir des couleurs à des aveugles Ce sont là des mqts dont- nous n'avons point d'idées ; ils signifient, seulement qu'il y a sous les qua-' lités qnelcjuQ ' cbûse que bous ne connaissons*

Nous n'aidons des idées exactes qit autant que nous n'assurons que ce que nous avons observé,

/L'analyse ne uous donne des idées exactes qu'aulant qu'elle ne nous fait voir dans les choses que ce qu'on y voit j et il faut nous accoutumer à i|p voir que ce que nous voyons. Cela n'est pas facile au comi:^un des hommes^ ni même au commun des philosophes. Plus on est ignorant , plus on est impatient de juger: on croit tout savoir avant d'avoir rien observé; et l'on dirait que la connaissance de la nature est une espèce de divination qui se fait avec des mots.

Les idées ^ pour être exactes , ne sont pas

complètes.

Les idées exactes que l'on acquiert par l'analyse ne sont pas toujours des idées complètes : elles ne peuvent même jamais l'être,, lorsque nous nous occupons des objets sensibles. Alors nous ne découvrons que quelques qualités , et nous ne pouvons connaître qu'en partie. . , r

Toutes nos idées se font avec la méthode , et cette méthode est V analyse:'

Nous ferons l'étude de chaque objet de la même manière que nous faisions celle de cette campagne qu'on voyait des fenêtres de notre château : car il y a , dans chaque objet comme dans cette campagne, des choses priiicipales

Page 1