‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 16 sur 39 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IV. Bj · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IV. Bj

auxquelles toutes les autres doivent se rapporter. C'est dans cet ordre qu'il les faut saisir , siFon veutse faire des idées distinctes et bien ordonnées. Par exemple , tous les phénomènes de la nature supposent l'étendue et le mouvement : toutes les fois donc que nous voudrons en étudier quelques-uns , nous regarderons Tétendue etle mouvement comme les principales qualités du corps.

Nous avons vu comment l'analyse nous fait coni^ailre les objets sensibles,' et comment les idées qu'elle nous en donne sont distinctes , et conformes à l'ordre des choses. Il faut se souvenir que cette méthode est l'unique, cé qu'elle doit être absolument la même dans toutes nos études : car , étudier des sciences différentes , ce n'est pas changer de méthode , c'est seulement appliquer la même méthode à des objets différens , c'est refaire ce qu'on a déjà fait ; et le grand point est de le bien faire une fois pour le savoir faire toujours. Voilà, dans le vrai, où nous en étions lorsque nous avons commencé. Dès notre enfance nous avons tous acquis des connaissances î nous avions donc suivi a notre insu une bonne méthode. 11 ne nous restait qu'à le remarquer : c'est ce que nous avons fait , ' et nous pouvons désormais appliquer cette méthode à de nouveaux objetf ». ,

■ Cours (P£tudes y Leçons pvèlîminaii'cs ^ arf. i. Art de penser^ partie première , chap. viii. Traita des Sensa-, tioiiSy part. -IV, chap. ?!•

58 LOQiQfva.

CHAPfTRE V.

Db8 IDBfiS DES GHOSAS QUI SB TO^ffiESIT VAS 60VS

LB9 SBlfS.

Conimcn^ le^ effift^ nous f cm juger de Pe^ifience d'une cause dont ils ne*nçi4S (Ufnnenf aif* cuf^e idée*

En obserYanC les oBjets sensibles y nous nous^ élevons naturellement à des objets qui ne tompas sous les sens , parce que , d'après les effets qu'on voit, on juge des causes qu'on ]i& voit pats.

Le mouvement d'un corps est un effet : il a donc une cause. Il est bors de dout« que cette cause, existé, quoique aucun de me$ cens ne me le fasse apercevoir , et je la nomme ybrce. ce nom ne me la fait pas mieux connaître : je ne sais que ce qiie je savais auparavant , c'est que le mouvement a une cause que je ne connais pas. Mais j'en puis parler : je la juge pbis grande ou plus faible, suivant que le mouvement est plus grand ou plus faible lui-même ; et j.e la mesure , en quelque sorte ^ en mesurant le mouvement.

Le mouvement se fait dans l'espace et dans le temps. J'aperçois l'espace , en voyant le* objets sensibles qui l'occupent, et j'aperçois la durée dans la succession de mes idées ou de mes sensations v mais j.e ne vois rieu d'abso4a ni

PUBMIÈUE PAETip.' CHAP. V. ♦ tg

dans Fespace ni ^lans le temps» Les sens ne sau-^ raiçnt me dévoiler ce que les choses sont en elles* mêmes ; ils pe me montrent qa^ quelques-uns des rapports qu'elles put entr^ elles^ et quelques-uiis^ de ceux qi^'elle^ PP1> a moi. S^ je mesure l'espace , le temps, le mouvement, et la force qui le produit y c'est que les résultats de mes mesurer ne eont que des rapports s car cbercher des rapports, ou mesurer, c'est la même chose.

Parce que nous donnons des noms à des choses doB^ nous avons une idée , on suppose que nous avons une idée de toutes celles auxquelles BOUS donnons des noms. Voilà une erreur dont il faut se garantir. Il se peut qu'un' nonxne soit donné à une chose que parce que nous Sommes assurés de son existence : le mot Jbree^ en est la preuve.

Le mouvement^ que j.'ai considéré comme^ un effet, devient une causé k mes yeux, aussitôt que j'observe* qu'il est partout, et qu'il produit, ou concourt à produire tous les phénomènes de la nature. Alors je puis , en obsep* vaut les lois du mouvement , étudier Tunivers , comme d'une fenêtre i^étudie une campagne :1a méthode est la même. -'

Mais , quoique dans Tunivers tout soit sensible, nous ne vo-jons pas tout; et, quoique l'art vienne ai; sçco^rs des ^cns , ils sont toujours trop faibles. Cependant, si nous observons bien , nous découvrons des phénomènes ; nous les vojons*, comme une suite de causes et d'effets, former diffcrens sys ternes j et nous nous

4o« LOGIQUE.*

-faisons des idées exactes de c[ael<{ues parties da grand touC. C^est^ aiasi que les philosophes modernes ont fait des découvertes qu'on n'aurait pas jugées possibles (Quelques siècles auparavant , et qui font présumer qu'on en peut faire d'autres '.n:^.

Comment ils nous JhnC juger de P existence d'une cause qui ne tombe pas sous les sens , ec, com ment ils nous en donnent une idée.

Mais, comme nous avons jugé que le mouvement a une cause, parce qu'il est un effet , nous jugerons que l'univers a également une cause, parce qu'il est un elTet lui-même , et cette cause nous la nommerons Dieu.

Il n'en est pas de ce mot comme de celai de force ^ dont nous n'avons point d'idée. Dieu, il est vrai, ne tomhe pas sous les sens; mais il a imprimé son caractère dans les choses sensibles; nous l'y voyons , et les sens nous élèvent jusqu'à lui.

En effet, lorsque je remarque que les phénomènes naissent les uns des autres, comme une suite d'effets et de causes , je vois nécessairement une première cause ; et c'est à l'idée de cause première que commence l'idée que je tne fais de Dieu.

Dès que cette cause est première, elle est indépendante , nécessaire; elle est toujours, et

1 Cours d Euides ^ Jrt de raisonner» Hisl. mod, , liv. dernier , cliap. v. et suiuans.

PBEMIÈRB PARtIE. CHAP. V. 4^

elle ambrasse dans son immensité et dans 8o:n éternité tout ce qui existe.

Je vois l'ordre dans l'univers : j'observe surtout cet ordre dans les parties que je connais le mieux. Si j'ai de l'intelligenOe' moi-même, je TIC l'ai acquiçe qu'autant que les idées , dans mon -esprit, sont conformes à Tordre des choses Jiors de moi; et mon intelligence n'est qu'une copie, et une copie bien faible de l'intelligence avec laquelle ont été ordonnées les choses que je conçois , et celles que je ne conçois pas. La première cause est donc intelligente : elle a tout' ordonné, partout et de tout temps; et son intelligence, comme son immensité et son éternité, embrasse tous les temps et tous les lieux.

Puisque la première catise est indépendante , elle peut ce qu'elle vefit; et, puisqu'elle est intelligente, elle veut avec connaissance, et par conséquent avec choix : elle estlibre.

Comme intelligente , elle apprécie tout ; comme libre , elle agit en conséquence. Ainsi d'après des idées que nous nous sommes faites de son intelligence et de sa liberté, nous nous formons une idée de ai bonté , de sa justice , de sa miséricorde , de sa providence, en un mot. Voilà une idée imparfaite de la Divinité. Elle ne vient et ne peut venir que des sens : mais elle se développera d'autant plu3 que nous approfondirons mieux l'ordre que Dieu a mis dans

ses ouvrages. '

t Cours fP Etudes ^ Leçons préliM, j art. v. Traité des 4nim* ^ cbap. vi.

les lois : or ces actions sont visibles, et les lois le sont également ^ puisqu'elles sont des conventions que les hommes ont faites.

Si les lois , dira-t-on , sont des conventions , elles sont donc artitraires. Il peut y en avoir d'arbitraires j il n'y en a même que trop : mais ceiles qui déterminent si nos actions sont bonnes ou mauvaises , ne le sont pas , et ne peuvent pas Fêtre. Elles sont notre ouvrage,, parce que ce sont des conventions que nous avons faites : cependant nous ne les avons pas faites seuls j la nature les faisait avec nous , elle nous les dictait, et il n'était pas en notre pouvoir d'en faire d'autres. Les besoins et les facultés de l'homme étant donnés , les lois sont données elles-mêmes ; et , quoique nous les fassions , Die)i , qui nous a créés avec tels besoins , telles facultés , est , dans le vrai ^ notre seul législateur. En suivant ces lois conformes à notre nature , c'est donc à lui que nous obéissons ; et voilà ce qui achève la moralité des acytions.

Si , de ce que l'homme est libre , on juge qu'il Y ^ souvent* de l'arbitraire dans ce qu'il fait , la conséquence sera juste : mais si l'on juge qu'il n'y a jamais que de l'arbitraire , on se trompera. Comme il ne dépend pas de nous de ne pas avoir les besoins qui sont une suite de notre conformation , il ne dépend pas de nous de n'être pas portés à faire ce à quoi nous sommes déterminés par ces besoins; et, si nous ne le faisons pas , nous en sommes punis ' .

1 Traité des Anim^y part, a, cU* vti*

Page 1