CHAPITRE VIII
GONTIÏIIJATION DU MÊUE SUJET.
En considérant nos sensations comme représentatives, nous en avons vu naître toutes nos idées, et toutes les opérations de Tentendement : si nous les considérons comme agréables ou désagréables , nous en verrons naître toutes les opérations qu'on rapporte à la volonté.
Vidée Cf et l'idée C dans Vidée B , concluez que Vidée A est renfermée dans Vidée B. Si Vidée A est renfermée dans Vidée C^ et que Vidée C exclue Vidée B, concluez que
Vidée A exclut Vidée B. Nous ne ferons aucan usage de tout cela.
X Cours d* Etudes^ Leçons prél, y SiïX, a. Traité des Anim* part, t , ehap* ▼.
i}2 LOGIQUE.
> Le besoin,
Quoique ^ par souffrir , on entende propre* ment éprouver une sensation désagréable , il est certain que la privation d'une sensation agréable est une souffrance plus ou moins grande. Mais il faut remarquer qa'étre privé , et manquer f ne signifient pas la même chose. On peut n'avoir jamais joui des choses dont on manque; on peut même ne les pas connaître. Il en est tout autrement des choses dont nous sommes privés: non seulement nou9 les connais-*' sons , mais encore nous sommes dans l'habitude d'en jouir , ou du moins d'imaginer le plaisir que la jouissance peut promettre. Or une pa* reille privation est une souffrance , qcc'on nomme plus particulièrement besoin. Avoir besoin d'une chose, c'est souffrir parce qu'on en est privé.
Le malaise,
Cette souffrance , dans son plus faible de»
gré , est moins une douleur qu'un état où nous ne nous trouvons pas bien , où nous ne somr mes pas à notre aise : je nomme cet état mal^ aise-
JJ inquiétude, .
Le malaise nous porte à nous donner des mouveniens pohr nous procurer la chose dont nous avons besoin. Nous ne pouvons donc p£is rester dans un parfait repos ; et , par cette raison, le malaise prend le nom d'inquiétude.
fREMîéRE PARtlE. CHAP. Vllf. 5?
rlus nous trouvoiis d'obslaclcs à jouir , plus noire inquiétude croît ; et cet état peut devenir un tourment.
Le désir*
Lé Lesoin ne trouble notre repos , ou ne produit r^nqiiiétude ^ qUe parce qu^il détermine les facultés du corps et de Tâme sur les objets dontla privation nous fait souffrir. Kousnousr'etraçons le plaisir qu'ils nous ont fait : la réfle:xion nous fait juger de celui qu'ils peuvent nous faire encore ; Fimagination l'exagère , et , pour jouir , nous nous donnons tous les mouvemens dont nous sommet capables. Toutes nos facultés se dirigent donc sur les objets dont nous sentioi^s le besoin; et cette direction est proprement ce que nous entendons par désir»
Les passions i
Comme il est naturel de se faire une habitude de jouir des choses agréables , il est naturel aussi de se faire une habitude de les désirer; et les -désirs tournés en habitudes se nomment passions. De pareils désirs sont en quelque sorte permanehs; ou du moins, sHls se suspendent par intervallea, ils se renouvellent à la plus légère occasion. Plus ils sont vifs, pi usles p assions sont violentes.
V espérance. La volonté.
Si 9 lorsque nous désirons une chose, nous jugeons que nous l'obtiendrons , alors ce jugement , joint au désir , produit l'espérance.
^4 LOGlQtJE.'
\]n autre jag^emenl produira la volonté i c^est celui que nous portons, lorsque l'expérience nous a fait une habitude de juger que nous ne devons trouver aucun obstacle à nos désirs. Je veux signifie je désire , et rien ne peut s'opposer à mon désir; tout y doit con^ courir.
Autre acception du mot volonté.
Telle est au propre l'acception du mot t;olonté. Mais on est dans T usage de lui donner une signification plus étendue; et l'on entend par volonté une faculté qui comprend toutes les h2(bitudes qui naissent du besoin, les désirs , les passions , l'espérance , le désespoir, la crainte, la confiance, la présomption, ' et plusieurs autres , dont il est facile de se faire des idées.
La pensée.
Enfin le mot pensée , phis général encore , comprend dans son acception toutes les facul* tés de l'entendement et toutes celles de la volonté» Car penser , c'est sentir , donner son attention , comparer , juger , réfléchir, imaginer , raisonner , désirer , avoir des passions , espérer, craindre , etc. '
Nous avons expliqué comment les facultés de rame naissent successivement de la^ sensation; et on voit qu'elles ne sont que la sensation qui se transforme , pour devenir chacune d'elles.
I Traité des Animaux , part, a , chap, yiii , ix e< x.
t^tlEinèRB PAhTÎB, Cil Ai». IX. fiS
ïiaii^ la seconde partie ,de cet ouvragé nous nous proposons de découvrir tout l'artifice du raisonnement. Il s'agit donc de nous préparer à cette recherche ; et nous nous y préparerons en essayant de raisonner sur uiie matière qui est simple et facile , quoiqu'on soit porté à eu juger autrement^ quand on pense aux efforts qu'on a faits jusqu'à présent pour l'expliquer toujours fort mal. Ce sera le sujet dy, chapitre suivant. \