‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 21 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des causes de la seAsibilitb et de la MÉmoiBS;

Il n'est pas possible d'expliquer en détail toutes les causes physiques de /la sensibilité et de la mémoire. Mais, au lieu de raisonner d'après de fausses hypothèses, on pourrait consulter l'expérience et l'analogie. Expliquons ce qu'on peut expliquer , et ne nous piquons pas de rendse raison de tout.

Pausses hypotèsês.

Les uns se représentent les nerfs comme d^ cordes* tendues, capables d'ébranlement et de vibrations , et ils «croient avoir deviné la cause des sensations et de la mémoire. Il est évident que cette supposition est tout- à -fait imaginaire^

D'autres disent que le cerveau est une substance molle , dans laquelle les esprits animaux

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font des traces. Ces traces se conservent i les esprits animaux passent et repassent; l'animal f st doué de sentiment et de mémoire* Ils n'ont pas fait attention que, si la substance^ du cerveau est assez molle pour recevoir de» traces, elle n'aura, pas assez de consistance pour les conserver; et ils n'ont pas considéré combien il est impossible qu'une infinité de traces sab* jsi.stent dajQj» une substance où il y a une action , une circulation continueUes,

C'est en jugeant des nerfs par les cordQi d'tin instrument qu'on a imaginé la première hypothèse ; et l'on a imaginé la seconde en se représentant les impressions qui se font dans le cerveau par des empreintes sur une surface dont toutes les parties sont en repos. Certainement ce n'est pas là raisonner d'après l'observation , ni d'après l'analogie ; c'est comparer des choses qui n'ont point de rapport.

Il y a dans ranimai un mouvement qui est le principe de la végétation,

J'ignorç s'il j a des esprits animaux f j'ignore même si les nerfs sont l'organe du sentiment. Jç ne connais ni le tissu des fibres , ni la nature des solides , ni celle des fluides : je n'ai , en un mot, de tout ce mécanisme qu'une idée foft imparfaite et fort vague. «Je sais seulement qu'il y a un mouvement qui est le principe de la végétation et de la sensibilité ; que l'animal vit tant que ce mouvement subsiste , qu'il meurt dès que ce mouvement cesse. .

L'expérience m'apprend que l'animal peut

PKBMIÈRE PAUTIC CHAP. tX. 5y

être rëdait à irn état de végétation : il y est naturellement par un sommeil profond , il y est accidentellement par nne attaque d'apoplexie. . Je ne forme point de conjectares sur le mouvement qui se fait alors en lui. Tout ce que nous savons , c'est que le sang circule , que les viscères et les glandes sont les fonctions nécessaires pour entretenir et réparer les forces : mais nous ignorons par quelles lois le mouvement opère tous ces effets. Cependant ces lois existent , et elles font prendre au mouvement les déterminations qui font végéter l'animal.

Les déterminations dont ce mouvement est suscep^ tible sont les causes de la sensibilité.

Mais , quand l'animal sort de l'état de végétation pour devenir sensible , le mouvement obéit à d'autres lois , et suit de nouvelles déterminations. Si l'ceil , par exemple , s'ouvre à la lumière , les ray<^ns qui le frappent font prendre au mouvement qui le fai^t végéter les déterminations qui le rendent sensible. Il en est de même des autres sens. Chaque espèce de sentiment a donc pour cause une espèce particulière de détermination dans le mouvement qui est le principe de la vie.

On voit par-là que le mouvement , qui rend l'animal sensible , ne peut être qu'une modification du mouvement qui le fait végéter; modification occasionée par l'action des objets sur les sens.

58 tOGiQUE.

Ces déterminations passent des organes au

cerveau»

Mais le mouvement qui rend sensible ne se fait pas seulement dans l'organe exposé à Tactiou des objets extérieurs , il se transmet encore jusqu'au cerveau, c*est-à-dire , jusqu'à l'organe que l'observation démontre être le premier et 'le principal ressort du sentiment. La sensibilité a donc pour cause la communication qui est entre les organes et le cerveau.

£n effet , que le cerveau, comprimé par quelque cause , ne puisse pas obéir aux impressions envoyées par les organes , aussitôt l'animal devient insensible. La liberté est-elle rendue à ce premier ressort ? alors les organes agissent sur lui , il réagit sur eux , et le sentiment se re* produit.

Quoique libre , il pourrait arriver que le cerveau eut peu 9 ou que même il n'eût point de communication avec quelque autre partie» Une obstruction , par exemple , ou une forte ligature au bras , diihinuerait ou suspendrais le commerce du cerveau avec la rnaii^. Le sentiment de la main s^affaiblirait dooc, ou cesserait entièrement. Toutes ces propositions sont constatées par les observations ; je n'ai fait que les dégager de toute hypothèse afbilraire : c'était le seul moyen de les mettre dans leur vrai jour.

PREMIÈRB PÀRTtB. GHAt>. ÎX. 6g

JVoMjr ne sentons qu autant que nos organes I touchent ou sont touchés,

<^ Dès qae les différentes dëterniinations données au uiôtfVefB«frt qui fait végéter sont Tunique cause {>hydique et occasion elle de la sensibilité , il s'ensuit que nous ne sentons qu'autant que nos organes touchent ou sont touchés ; et c'est par le contact que les objets , en agissant sur les organes , communiquent au mouvement qui fait végéter les déterminations qui rendent sensible. Ainsi , l'on peut considérer l'odorat, l'ouïe , la vue' et le goût , comme des extensions du tact. L'œil ne verra point, si des corps d'une certaine forme ne viennent hqurter contre la rétine : l'oreille jn'entendra pas , si d'autres corps d'une forme différente ne viennent frapper le. tympan. En un mot , le principe de la variété des sensations est dans les dîfféren^tes déterminations que les objets produisent dans le mouvement ^ suivant l'organisation de« parties exposées à leur action.

Nous ne saisons pas comment ce contact produit

des sensations.

M^is comment le contact de certains corpuscules occasionera-t-il les sençaiions de son , de

lumière , de couleur ? On en pourrait peut-être rendre raison , si l'on connaissait l'essence de l'âme , le mécanisioe de l'œil , de l'oreille , du cerveau ,*la nature des rayons qui se répandent sur l'a rétine, et de l'air qui frappe le tympan. Mais e'eàt ce que nous ignorons ; et l'on peut

6o LOGIQUE.

abandonner l'explication de ces phénomènes à ceax qui aiment à faire des hypothèses sur les choses ou Fexpërience n'est d'aucun secours.

De nouveaux, organes occasioneraierU en nous de nouvelles sensations»

Si Dieu formait dans notre corps un nouvel organe , propre à faire prendre au mouvement de nouvelles déterminations , nous éprouverions des sensations différentes de celles que nous avons eues jusqu'à présent. Cet organe nous ferait découvrir dans les objets des propriétés dont aujourd'hui nous ne saurions nous faire aucune idée. Il serait une source de nouveaux plaisirs , de nouvelles peines , et par conséquent de nouveaux besoins.

Il en faut dire autant d'un septième sens , d'un huitième , et de tous ceux qu'on voudra supposer , quel qu'en soit le nombre. Il est certain qu'un nouvel organe dans notre corps rendrait le mouvement qui le fait végéter susceptible de bien des modifications que nous ne saurions imaginer.

Ces sens seraient remués par des corpuscules d'une certaine formé : ils s'instruiraient , comme les autres , d'après le toucher , et ils apprendraient de lui à rapporter leurs sensations sur les objets.

Ceux que njous asfons nous suffisent.

Mais les sens que nous avons suffisent à noire conservation : ils sont même tiu trésor-de con-

PRBMIÉRB PÂUTIB. CHAP. IX. 6l

naissances pour ceux qui savent en faire usage ; et , si les autres n^ puisent pas les mêmes richesses , ils ne se doutent pas de leur indi* gence. Comment imagineraient -ils qu'on voit dans des sensations qui leur sont communes , ce qu^ils n'y voient pas eux-mêmes?

Comment ranimai apprend à se mouvoir

à volonté.

L'action des sens sur le cerveau 'rend donc l'animal sensible. Mais cela ne suffit pas pour donner au corps tous les mouvemens dont il est capable , il faut encore que le cerveau agisse sur tous les muscles et sur tous les organes intérieurs destines à mouvoir chacun des membres. Or l'observation démontre cette action du cerveau.

Par conséquent , lorsque ce principal ressort reçoit certaines déterminations de la part des sens , il en communique d'autres à quelques^ unes des parties du corps , et l'animal se meut.

L'animal n'aurait que des mouvemens incertains , si l'action des sens sur le cerveau , et du cerveau sur les membres , n'eût été accompagnée d^ aucun sentiment. Mû sans éprouver ni peine ni plaisir , il n'eût pris aucun intérêt aux mouvemens de son corps : il ne les eût donc pas observés , il n'eût donc pas appris à les régler lui-même.

Mais dés qu'il est invité , par la peine ou par le plaisir/ à éviter ou à faire certains mouvemens y c'est une conséquence qu'il se fasse une étude de les éviter ou de les faire. Il compare les sentimens qu'il éprouve : il remarque les

mottVemens qui les précèdent , et ceux qui les accompagnent : il tâtonne , en nn mot ; 6t , après bien des tâionnemèns ^ il contracte enfin l'habitude de se mouvoir à sa volonté. C'est alors (ju'il a des mouvemens réglés. Tel est le principe de toutes les habitudes du corps.

Comment son corps contracté Ihabitude de certains mouuemens.

Ces habitudes sont des mouvemens réglés qui se font en nous sans que nous paraissions les diriger nous-méme^ ; parce qu'à force de les avoir répétés , nous les faisons sans avoir besoin d'y penser. Ce sont ces habitudes qu'on nomme mouvemens naturels^ actions mécaniques^ instinct , et qu'on suppose faussement être nées avec nous. On évitera ce préjugé , si l'on juge de ces habitudes par d'autres qui nous sont devenues tout aussi naturelles , quoique nous nous souvenions de les avoir acquises.

La première fois , par exemple , que je porte les doigts sur un clavecin , ils ne peuvent avoir qu.e des mouvemens incertains : mais à mesure que j'apprends à jouer de cet instrument , je me fais insensiblement une habitude de mou* voir mes doigts sur le clavier. D^abord , ils obéissent avec peine aux déterminations que je veux leur faire prendre : peu à peu ils surmontent les obstacles ; enfin ils se meuvent d'euxmêmes à ma volonté , ils la préviennent même , et ils exécutent un morceau de musique pendant que ma réflexion se porte sur tout autre chose, 'j

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