CHAPITRE II
Que l'analyse est l'unique méthode pour acquérir imS CONNAISSANCES. GoMMBNT NOUS l'afFRB- NONS DE Li NATURE MÊMB.
Un premier coup-eFosîl ne donne point éP idées des^
choses qu'on voit.
Je suppose un château qai domine sur une campagne vaste y abondante, ou la nature s'est plue a répandre la yariété, et où l'art a su profite* des situations pour les varier et embellir encore^ Nous arrivons dans ce cbâteau pendant la nuit. liC lendemain , les fenêtre» s'ouvrent au moment ou le soleil commence à dorer l'horizon , et^ elles se referment aussitôt.
Quoique cette campagne ne se soit montrée a nous qu'un instant, il est certain que nou» ayons vu tout ce qu'elle renferme. Dans un second instant nous n'aurions fait que recevoir le» mêmes impressions que les objets ont faites sur nous dans le premier. Il en serait de même dans un troisième. Par conséquent, si l'on n'avait pas refermé les fenêtres, nous n'aurions continué de voir queice que nous avions d'abord vu.
Mais ce premier instant ne suffit pas pour non» faire connaître cette campagne , c'est-à-dire ^ pour nous faire démêler les objets qu'elle ren* ferme : c'est pourquoi , lorsque les fenêtres se sont refermées, aucun de nous n'aurait pa rendre compte de ce qu'il a vu. Voilà comment
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on peut voir beaucoup de choses , ei ne rien apprendre.
Pour s^ en former dès idées il les fout observer
Vune après P autre.
Enfin les fenêtres se réouvrent pour ne plus se refermer , tant cpie le soleil sera sur l'horizon , et nous revoyons long-tenaps tout ee que nous ayons d'abord vu. Mais si , semblables à des hommes en extase, nous continuons, comme au premier instant, de voir à la fois cette multitude d'objets différens ., nous n'en saurons pas plus lorsque la nuit surviendra, que nous n'en savions lorsque les fenêtres qui venaient de s'ouvrir se sonttottt-â-coup refermées.
Pour avoir une connaissance de cette campagne, il ne suffit donc pas de la voir tout à la fois; il en faut voir chaque partie l'une après l'autre ; et , au lieu de tout embrasser d'un coupd'onl| il faut arrêter ses regards successivement . d'un objet sur un objet. ToiU ce que la nature nous apprend à tous. Si elle nous a donné la faculté de voir une multitude de cboscs â la fois, elle nous a donné aussi la faculté de n'en -regarder qu'une , c'est-à-dire , de diriger nos yeux sur une seule ; et c'est à cette faculté , <\\ki est une suite de notre organisation, que nous devons toutes les connaissances que nous acquérons par la vue.
Cette facuilié nous est commune à tous. Cependant, si dans la suite nous voulons parler de celte campagne, on remarquera que nous ne la connaissons pas tous également bien. Quelques-
FREMIÊRE PARTIE. CHAF. II. 1&
tifis feront des tatleaux plus ou moins vrais, ci l'on retrouvera beaucoup de choses comme elles sont en effet; tandîs que d'autres, brouillant tout , feront des tableaux où il ne sera pas possible de rien reconnaître. Chacun de nous néanmoins a vu les mêmes objets , mais les regards des uns étaient conduits comme au hasard , et ceux des autres se dirigeaient avec un certain ordre.
Eu , pour Us concevoir telles qu'elles sont , il faut que Vordre successif dans lequel on. les obserçe les ressemble dans tordre ^simultané qui est entre elles.
Or quel est cet ordre ? La natute l'indique elle-même; c'est celui dans lequel elle offre les objets. Il y en a qui appellent pliîs particulièrement les regards; ils sont pins frappans;,ils dominent; et tous les autres semblent s'arranger autour d'eux pour eux. Voilà ceux qu'on observe d'abord ; et , quand on a remarqué leur situation respective , les autres se mettent dans les intervalles , chacun à leur
place.
On commence donc par les objets principaux :; on les observe successivement , et on les compare , pour juger, des rapports où ils sont.
Quand, par ce moyen, on a leur situation respective, on observe successivement tous ceux qui remplissent les intervalles, on les compare chacun avec l'objet principal le plus prochain ,. et on ert détermine la position*
Alors on démêle tous les objets dont on- »
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saisi la forme et la situation , et on les' em^ trasse a'un seul regard. L'ordre qui est entre eux dans notre esprit n'est donc plus successif ; il est simultané. C'est celui-là même dans lequel ils existent , et nous les voyons tous à la fois d'une manière distincte.
Parce moyen tesprii peut embrasser une grande
quantité ctidées.
Ce sont là des connaissances que nous devons nniquement à l'art avec lequel nous avonis dirigé nos regards. Nous ne les avons acquises que l'une après l'autre : mais ^ une fois acquises, elles sont toutes en même temps présentes à l'esprit, comme les objets qu'elles nous retracent sont tous présens à l'œil qui les voit.
Il en est donc de l'esprit comme de l'œil : il voit à la fois une multitude de choses ; et il ne faut pas s'en étonner , puisque c'est à l'âme qu'appartiennent toutes les sensations de la vue.
Cette vue de l'esprit s'étend comme la vue du corps : si l'on est bien organisé , il ne faut à l'une et à l'autre que de l'exercice , et on ne saurait en quelque sorte circonscrire l'espace qu'elles embrassent. En effet , un esprit exercé voit, dans un sujet qu'il médite, une multitude de rapports que nous n'apercevons pas ; comme les yeux exercés d'un grand peintre démêlent en.
un moment , dans un paysage ,. une multitude de choses que nous voyons avec lui , et qui cependant nous échappent.
Nous pouvons, en nous transportant de château en château , étudier de nouvelles cam-