PREMIERE PARTIE. GHAP. Ii
pagnes 9 et nous les retracer coxame la premier» Alors il nous arrivera , ou de donner la préfé^ rence à quelqu'une , ou de trouver qu'elles ont chacune leur agrément. Mais nous n'en jugeons que parce que nous les comparons : nous ne les comparons que parce que nous nous les retraçons toutes en même temps. L'esprit voit donc plus que l'œil ne peut voir.
Parce qiHen observant ainsi ^ il décompose les ^ choses pour les recomposer , il s^ en fait des idées exactes et distinctes.
Si maintenant -nous réfléctissons sur la manière dont nous acquérons des connaissances par la vue , nous remarquerons qu'un objet fort composé , tel qu'une Taste campagne , se décompose en quelque sorte, puisque nous ne le connaissons que lorsque ses parties sont venues, l'une après l'autre, s'arranger avec ordre dans l'esprit.
I^ous avons vu dans quel ordre se fait cette décomposition. Le3 principaux objets Tiennent d'abord se placer dans l'esprit ; les autres y Tiennent ensuite, et s'y arrangent suivant les rapports où ils sont avec les premiers. Nous ne faisons cette décomposition que parce qu'un instant ne nous sufût pas pour étudier tous ces objets. Mais nous ne décomposons que pour recomposer; et , lorsque les connaissances sont acquises, lés choses, au lieu d'être successives, ont dans l'esprit le même ordre simultané qu'elles ont au-debors« C'est dans cet ordre simultané que consiste la connaissance que nous^
tÔ LÔGWJtJE.
en avons : ear , si notis nepoHTÎairs nous les rétracer ensemble, noas ne pourrions jamais juger 'des rapports où ailes sont entre elles , et nous les connaîtrions mal.
Cède décomposition et recomposition est ce 4jfu'on
nomme analyse.
Analyser n'est donc antre chose qu'observer dans un ordre svccessif les qualités d'un objet , afin de leur donner dans l'esprit l'ordre simultané dans lequel elles existent. C'est ce qae la nature nous fait faire à tous. L'analyse , qu'on croit n'être connue que des philosophes , est donc connue de tout le monde , et je n'ai rien appris au lectear ; je lui ai seulement fait re-'marqaer ce qu'il fait continuellement*
L'analyse de la pensée se fait de la même manière que l'analyse des objets sensible^.
Quoique d'un coup-d'œil je démêle une mul-^ tîtude d'objets dans une campagne que j'ai étu* diée , cependant la vue n'est jamais plus distincte que lorsqu'elle se circonscrit elle-même, et que nous ne regarde os qu'un petit nombre d'objets à la fois : nous en discernons toujours moins que nous n'en voyons.
Il en est de même de la vue de l'esprit. J'ai a la fois présentes un grand nombre de connais-* saoccs qui me sont devenues familières : je les vois toutes , mais je nt les démêle pas également. Pour voir d'une manière distincte tout ce qui s'offre à la fois dans mon esprit , il faut que
l>IiBMIERE P'AÀtlfi. GHAF. UT. I9
f« ^cothpose comme j'ai décomposé ce qtd s'offfait à mes yeux ; il faut que j'analyse ma pen- S0e*
Cette analyse ne se fiait pas autrement que celle des objetii extérieurs. On décompose de même : on se retrace les parties de sa pensée dans un ordre successif, pour les rétablir dans un ordre simultané : on fait cette composition et cette décomposition en se conformant aux rapports qui sont entre les choses , comme principales et comme subordonnées ; et , parce qu'on n'analyserait pas une campagne , si la vue ne l'embrassait pas tout entière , on n'analyserait pas sa pensée, si l'esprit ne l'embrassait pas tout entière également. Dans l'un et l'autre cas , il faut yoir à la fois ; autrement on ne pourrait pas s'assurer d'avoir tu l'un.e après l'autre toutes les parties.