X . PRÉFACE
SenlG.nient on s'est quelquefois mépris sur le genre et le degré d'imporlance que j'atlribue à l'imilalion. Elle n'est à mes yeux que la mémoire sociale, et, si la mémoire est le fondement de l'esprit, elle n'en est pas rédifice. Poursuivons maintenant nos études de psychologie sociale, montrons le jugement et la volonté en œuvre dans les sociétés : c'est là proprement le sujet de ce livre. — Il n'y a rien de plus clair ni de plus profond à la fois que notre conscience, sorte d'eslomac vitré, de ruche transparente, où se révèle à iioijs le secret des plus intimes opérations de la vie, qui nous émerveilleraientprodigieusement si nous n'en apercevions que du dehors les résultats, c'est-à-dire la conduite des êtres conscients. De là l'avantage ou plutôt l'obligation de demander à la psychologie, et non à la biologie avant tout, la clé de la sociologie.
Il y a quelque chose de profondément vrai pourtant au fond de la conception métaphorique de l'organisme social, aujourd'hui si démodée. Nous verrons que la société, si elle n'est pas comparable à un organisme, l'est à un organe privilégié : le cerveau. La vie sociale est d'ailleurs l'exaltation extraordiiiaire de la vie cérébrale. Mais, en somme, l'être social dilTùrc de l'être vivant sous bien des rapports, et d'abord, diiïérence trop peu remarquée, en ce qu'il est beaucoup moins nettement tranché que celui-ci dans le temps et dans l'espace. Les divers individus vivants, animaux ou plantes, sont distincts chacun à part, et ils meurent comme ils naissent à un moment précis. Mais qu'est-ce que l'être social? Si c'était seulement le groupe politique, on pourrait dire que, les frontières des peuples étant d'habitude tracées avec une suffisante précision, ces êtres sociaux se distinguent assez nettement les uns des autres. Par malheur, les nationalités ne coïncident pas toujours avec les Élats. Le groupe linguistique est fait de lambeaux de peuples enipriuités à des États différents; il en est de même du groupe religieux, du groupe juridique, et,
la mode, sont si fréquentes de nos jours, comment réfibod-il? La principale cause à ses yeux c?t l'exlr.iordiuairc abondance d'inventions (t. I, pp. 67 et $.) qui se sont .icciimulôes d;ins noire siècle, bonlevers.-int toutes les conditions d'existence et décuplant la fatigue hum;jine. Voilà donc cet auteur forcé à son insu de se placera mon point de vue relntivcmenl à l'imjiortance de l'invention et aussi, par conséquent, de l'iniitatiou. Car, ces invenlimis dont il parle, sufiposez qu'elles n'aient pas été accueillies, pratiquées, imitées : est-ce qu'elles auraient exercé la moindre acUon débilitante sur le système nerveux de nos contemporains? C'est donc à l'imitation contagieuse et ellrénée de ces inventions que l'épuisement nerveux de notre génération, si épuisement il y a. doit être imputé. — Par ce dernier exemple, je tiens à montrer surtout que, loin de contredire en rien les données de la pathologie mentale, mon point de vue permet de les employer et de les compléter, à charge de revai'clie.