RHONE
(Tome 1")
« Les livres en usage dans les écoles sont en général en quantité suffisante ; on ne saurait dire qu'ils sont
toujours bien appropriés à Tâge et à Tintelligeace des enfants; il suffit en effet de citer la Bible de Royaumont dont le style a vieilli et qui est bien difficile à lire àcaus( delalongueur interminable et de la contexture enchevêtrée des phrases
La Conduite pour acquérir et conserver la piété chrétienne, les Instructions chrétiennes pour les jeunes gens (1), avec mandement de Farchevèque de Besançon, 1740, ne sontils pas des livres trop ascétiques et quelquefois assez mal choisis? Il paraîtrait utile et opportun de les réformer. Dans les écoles laïques, les livres sont à peu près en harmonie avec les méthodes actuelles; pour les écoles congréganistes, ils sont d'accord avec les méthodes prescrites par leurs supérieurs généraux ; voilà tout ce qu'on peut en dire. » (P. 841.)
« L'équivalence admise entre la lettre d^obédience
et le brevet de capacité pour les institutrices congréganistes, par l'article 49 de la loi du 15 mars 1850, a profondément contribué à rabaissement de renseignement dans les écoles de filles et dans les écoles mixtes, en même temps qu'elle a favorisé outre mesure le développement des écoles congréganistes; tous sont unanimes pour déclarer insuffisante la lettre d'obédience. Sous le régime du droit commun, ce privilège n'a plus sa raison d*ètre. L'opinion publique elle-même n'est pas favorable à l'exception faite en faveur des sœurs. La loi doit être modifiée de manière à imposer les mêmes obligations à tous les membres du corps social. Si Ton demande certaines garanties pour pouvoir enseigner, il faut demander les mômes à tout le monde. » (P. 848.)
« Les congréganistes ont leurs statuts particuliers,
leurs livres, leurs méthodes, leurs supérieurs religieux; ils subissent l'autorité administrative, ils ne l'acceptent pas franchement; .ils voudraient faire un État dans l'État.
(1) Par le P. Humbert.
DE l'enseignement PRIMAIRE S25
L'inspection se borne naturellement à constater la bonne direction ou la mauvaise tenue de l'école, mais elle n'a pas assez d'action pour déterminer frères et sœurs à se départir de leurs préjugés pédagogiques. On se retrancbe derrière la règle; on consultera le supérieur général; on lui soumettra les observations; et tout reste toujours dans le même état. Quel inspecteur parviendra donc à faire cesser cette malheureuse habitude de laisser de petits enfants se morfondre pendant trois mortelles heures, le matin et le soir, sur des bancs volants, devant des tableaux de lecture? Et leurs livres, qui les leur fera modifier? » (P. 849.)
fl Et cependant, toutes choses égales d'ailleurs,
dans le Rhône comme dans la Loire, les résultats pédagogiques sont bien meilleurs dans les écoles laïques que dans les écoles congréganistes. Dans ces dernières, il peut y avoir plus d'ordre extérieur, une tenue plus digne qui résulte de l'habit, des soins plus multipliés pour tout ce qui frappe les regards; mais, si l'on va au fond, l'enseignement est moins solide, il est trop mécanique et peu capable de former des hommes. » (P. 850.)
SAONE-ET-LOIRfi
(Tome !•'.)
c Dans toutes les écoles communales de garçons,
les enfants sont classés suivant leur degré d'instruction. Il ^n est généralement de même dans les écoles de filles.
y> Toutefois, dans quelques-unes de ces écoles, confiées à des congréganistes, on a séparé les enfants payants des enfants gratuits. Cette séparation existe également dans un certain nombre d'écoles libres dirigées par des congréganistes, hommes et femmes. Souvent aussi, dans CCS écoles congréganistes publiques ou libres, les cu-
3â6 , RAPPORT SUR LÀ LOI
fants gratuits.ne reçoivent ni les mêmes soins ni la môme iBstruction que les payants, et sont môme confiés à des maîtres moins capables. Les populations protestent contre ces abus, auxquels on ne peut s'opposer en ce qui concerne les écoles libres, mais qui ne devraient pas être tolérés dans les écoles publiques. » (P. 900.)
c Longtemps les instituteurs se sont montrés peu
judicieux dans le oboix des livres; ils les choisissent mieux depuis les récentes prescriptions à ce sujet. Cependant combien d'écoles (et Ton pourrait dire tontes celles qui sont dirigées par des congréganistes) se servent encore de livres qui no sont pas sans danger pour la pureté de Penfauce ou ne lui donnent aucune notion pratique pour son état et pour la société ! Parmi ces livres à réformer, nous citerons VHJstoire de rÉglise, VHistoire de la religion, de Lhomond, et surtout la fiible dé Royau» mont. » (P. 913.)
« En autorisant les instituteurs congréganistes à
exercer leurs fonctions. sans autre titre de capacité qu'une simple lettre d'obédience^ la loi du 15 mars 1850 n*aiait que continuer une situation établie par rarlicle 13 dje rordonnance royale du 28 juin 1836, en retendant toutefois aux écoles primaires supérieures, ou, comme on dit aujourd'hui, aux écoles de premier ordre. Cette autorisation a eu pour effet de maintenir aussi bas que possible le niveau de Tinstruction dans les écoles de filles et de continuer, en faveur des congrégations, un privilège qui rend bien difficile la concurrence laïque. Quoi qu'on en ait dit, il oai certain qui; la lettre d*(^édience ne saunait ôtre regardée comme un ¥éiuiiiAbl0 imevet, et la .preuve en esi que, bien que Ira «wms lesiplnB .jeunes et les plus récemment .planées à la tôte «des^ 'écoles soient mieux, préparées que leurs de^vianmère^^ .il aa-eet peu encore qui puissent tenter avec auooès Ibb (cduneee de llexamen. Cette disposition de la loi,, inoannue des habitante des eampagnes^ qui croieni .nnmieBi d'un» hneivet toutes les seligieuses, est jugée défayoraitalement .par la
DE L*ENSBI6NEKEKT PRIlCAIRiâ S27
plupart des personnes qui sont à môme de Tapprécier. »
« La visite d*un inspecteur dans les établissements
congréganistes a pour effet, comme dans toutes les écoles, de stimuler le zèle du directeur ou de la directrice ; mais elle ne produit pas, en général, tous les bons résultats désirables au point de vue de la direction des études. Sans trouver précisément un esprit d'opposition systématique, on s'aperçoit aisément que ces directeurs et directrices relèvent d*un autre chef, qui a sur eux tout pouvoir «t dont ils reçoivaai toutes leurs inspirations. » (P. 920.)
« f jes écoles cangréganistes n'ont sur les écoles
laïques, au pt>înt de vue de renseignement, qu'un seul avantage, c'est que le nombre des maîtres est to>«i{fours en rapport avec oeloi des •élèves. Il en résulte que dans les écoles nonubreuses, lorsque le directeuT est capable, il se tpemve une boime première division. Les classes inférieures, ooirfiées à des adjoints peu eapaibles et peu expérimentés, laissenl beaucoup à désii*er. En général, TenseignemenEt coRgréganiste pèche «esentiellement par la base et par l'adraenee de teute méthode rationneflle. Cette infériorité se remarque surtout éans les écoles de filles, dont les directrioes exercent presqae lentes en vtertu d'oane lettre d'obédience, et principalement dans l'enseignement dn calcul et de la langue française.
€ Les ittslîtat0iir& et les «MErtitotriceB congréganistes reçoinretkt généralemBni de la maÎBOA mère lentrs fonmiéares tcdassiqiies ei leurs lièvres, dont un f;rand nombre ne sont pas approui^és. Som ee rapport, oomme sous oeloi des méthodes, ils ne se cnnent pas somnis à r&utorilé académique.
« Les punitions employées dans ces écoles sont presque toujours œlles q<a'aatorifie lo pègâament. Cependaiit on trouve quelquefois des élèves à genoux dans la classe eu frappés de punitions coirporeiles.
c Le règlement officiel n'est pas touianrs bien observé :
di28 RAPPORT SUR LA LOI
il a été enfreint notamment en ce qui concerne l'épocpie et la durée des vacances. » (P. 921.)
SAONE (HAUTE-)
(Tome I*'.)
« En autorisant les institutions congréganistes à
enseigner sans autre titre qu'une lettre d'obédience, la loi de 1850 a créé un privilège que Topinion publique réprouve et qui a tourné au détriment de Tinstruction primaire. Il y a certainement de bonnes écoles congreganistes, mais la plupart sont médiocres ou passables, et, si les communes les conservent, c'est par la raison que, à côté de la sœur enseignante, il y a la sœur gardemalade qui rend des services d'un autre genre. »> (P. 177.)
u L'enseignement congréganiste a peut-être la
supériorité sur l'enseignement laïque du côté de la calli graphie, mais il lui est inférieur sous tous les autres rapports. Le premier exerce plus la mémoire; l'autre s'attache davantage à développer le raisonnement.
u Les frères ne font usage que des livres publiés par leur institut, et qui ont presque tous l'approbation officielle. Ils infligent les punitions autorisées par les règlements; les punitions corporelles sont devenues rares depuis quelques années. Les frères et les sœurs se soumettent sans trop de difficultés aux prescriptions du règlement des écoles adopté dans le département, excepté en ce qui regarde les jours de congé et le temps fixé pour les vacances.
<( Les établissements de sœurs se sont propagés grâce à la faveur dont ils sont l'objet de la part de l'autorité ecclésiastique. Un curé de commune rurale veut-il îeâre substituer des sœurs à une institutrice laïque? Il annonce
qu'une des deux religieuses s'occupera exclusivement de récole, et que l'autre donnera tous ces soins aux malades. C*est cette dernière promesse qui séduit Thabitant des campagnes, et Tinstitutrice n'est plus que Taccessoire de la garde-malade. » (P. 179.)