‹ La loi de l'enseignement primaire (Proposition Barodet);Chapitre 4 sur 137 · partie des 2^ et 3* livre Euclidiens*^ {Applaudisse^ ments · texte numérisé non relu

partie des 2^ et 3* livre Euclidiens*^ {Applaudisse^ ments

Lorsque vous prenez un miroir, que vous recevez sur sa surface un rayon de soleil, si vous montrez à l'enfant, — qui saisit cela très vite et sait parfaitement s'en servir à l'occasion , — {on rit) qu'en faisant osciller le miroir, il fait osciller le point lumineux, et qu'il peut à volonté le promener sur le mur ou faire cligner les yeux de ses camarades ; lorsque vous lui apprenez ainsi qu'il y a un lien entre la façon dont est placé le miroir et la manière dont on fait mouvoir le point lumineux; qu est-ce que cela, sinon de la physique? Car vous ne lui avez appris rien de moins que les lois de là réflection de la lumière. {Vives marques (T approbation.)

Quand vous mettez au fond d'un verre plein de vinaigre deux cailloux, dont l'un reste intact, tandis que l'autre laisse échapper des gaz qui montent à la surface du liquide en faisant de petites buUes', à la grande joie de l'enfant, cela le frappe ; il voudra savoir pourquoi ces cailloux, en apparence semblables, se conduisent dans le liquide d'une manière si différente. Qu'est-ce que cela encore, sinon de la chimie, cette terrible chimie si peu comprise... même de nos bacheliers? {Rires et applaudissements.)

Tout cela amusera l'enfant, mais cela fera plus que l'amuser : cela l'habituera à bien voir, à ne pas se tromper sur l'appréciation des faits, à regarder juste, â ne pas conclure trop vite. S'il ra-

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conte à •quelqu'un que lorsqu'on met un caillou dans du vinaigre, il s'en échappe des gaz, et que Tautre lui dise : ce n'est pas vrai ; j'ai essayé, et il ne s'est pas échappé de gaz ; Tenfant répondra : cela dépend du caillou! {On rit.) C'est tout le fond de la science ! Et plus tard dans la vie, en présence de récits ou de phénomènes qui paraîtront contradictoires, il saura que « cela dépend du caillou » ; c'est-à-dire. qu'il se sera habitué à observer, à ne pas croire les gens sur parole, à examiner les faits, à se rendre compte de l'exactitude des choses qu'on lui enseigne, à comparer, à analyser, de quoiqu'il s'agisse dans la vie ! {Applaudisse^ ments.)

Ces connaissances, qui auront orienté son esprit, qui auront discipliné ses sens, qui l'auront rendu maître de lui-même, de quelle utilité directe et pratique ne lui seront-elles pas. Est-il un seul artisan qui ne reconnaisse, est-il un seul ouvrier qui ne puisse témoigner, combien il est utile d'avoir reçu quelques notions de géométrie, de mécanique, de physique? Croyez-vous que la science soit inutile à ceux qui vivent et travaillent dans les champs ? On se plaint de la dépopulation des campagnes ; on dit que les laboureurs sont attirés vers les villes, que les bras manquent à l'agriculture, que les campagnes se vident. On a raison. C'est là un fait que je né juge pas en ce moment, et qui a peut-être sa justification dans l'organisation même de la société. Mais alors n'est-ce pas le cas de rechercher les moyens de

XXIV l'instruction dans une démocratie

rendre aux habitants des campagnes la vie plus agréable, afin de les retenir chez eux? Lorsque l'école les aura habitués à s'intéresser à toutes les choses au milieu desquelles ils vivent, lorsqu'ils sauront se rendre compte de tout ce qu'il y a d'attrayant dans l'étude de la vie de la plante et de l'animal, lorsqu'ils pourront comprendre l'histoire que leur racontent les végétaux et la terre ellemême, soyez-sûrs que si vous ne les empêchez pas tous de s'en aller, vous aurez au moins rendu la vie plus agréable à ceux qui resteront. N'est-ce pas quelque chose qu'il faille considérer, lorsqu'il s'agit de ceux qui tiennent tous les jours le manche si dur de la charrue? (Applaudisse* ments.)

Mais ce n'est pas tout. Il y a mieux que cela. Ce ne sont pas seulement des notions utiles et agréables qu'aura acquises l'enfant ; il aura acquis quelque chose de bien supérieur. Lorsqu'il aura vu que les faits naturels ne sont pas livrés au hasard, lorsqu'il aura appris par une expérience répétée et par l'enseignement de ses maîtres qu'il y a toujours une relation constante de cause à effet, qu'il n'y a pas de caprices dans la nature, que toutyestsoumisàdeslois, il se débarassera de ces terreurs superstitieuses auxquelles les habitants des campagnes ne sont que trop enclins. Voici encore un passage du livre de M. Charles Robert, relatif à ces superstitions. 11 s'agit du département des Vosges, un des plus instruits de France.

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