‹ La loi de l'enseignement primaire (Proposition Barodet);Chapitre 5 sur 137 · L*INSTRUCTION DANS UNE DEMOCRATIE XXV · texte numérisé non relu

L*INSTRUCTION DANS UNE DEMOCRATIE XXV

« Nos paysans compromettent le succès de leurs « semailles et de leurs récoltes sur telle apparence « de la lune. Ils craignent de couper leurs foins « et de faucher leurs seigles parce que le macabre a (la voie lactée) est tourné de telle façon. Ils « se règlent pour leurs semailles d'automne sur « les trois angélus de l'Assomption. Ils expose- <r raient leurs bestiaux à devenir malades plutôt « que d'enlever leur litière entre Noël et la Gir- « concision. Ils s'inquiètent beaucoup de leurs « songes; en un mot, le moyen-âge n'est pas « fini dans nos campagnes , et j'ai ouï regretter « qu'on ne pende plus les sorciers. »(jRire général.)

Qu'est-ce donc que ces superstitions ? C'est la théorie des miracles incessants, de ces grâces qui tombent du ciel, comme, dans le gouvernement monarchique, elles tombent du haut du trône ; c'est la théorie de l'homme peureux parce qu'il ignore, et à qui les forces et les phénomènes de la nature apparaissent toujours comme de mauvais démons qu'on ne peut conjurer qu'en leur faisant quelque offrande. Mais l'homme instruit qui, tout enfant, s'est imprégné de la connaissance des lois naturelles, sait qu'il n'a rien à craindre du hasard, et qu'il n'y a pas de gros ou de petits démons hantant les fontaines ou les bois. Lorsque Jupiter tonne dans la nuée sombre^ si quelque vieille femme l'exorcise, il sait, lui, que ce n'est pas un démon qui le menace ; il invoque ce Franklin sous le patronage duquel vous vous êtes placés vous-mêmes.

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<c 0 Jupiter, dit-il, tu ne me fais pas peur. Voici que depuis trop de siècles tu effraies les populations. Je sais ce qu'il faut pour te réduire au silence; je vais prendre un cerf- volant et le lancer dans les airs ; et toi, tu vas descendre le long du fil, je te condamne à faire ici-bas le métier de facteur rural ! » (Rires et vifs applaudissements.)

Et Jupiter descend, et même il fait très-bien son service. (Nouveaux rires.)

Avec la science, plus de superstitions possibles, plus d'espérances insensées, plus de ces crédulités niaises, de ces croyances aux miracles quotidiens, à l'anarchie dans la nature. Le vrai miracle, mais il est tout autour de nous, il est en nous. Levez les yeux au ciel par une belle nuit, consi^ dérez ces astres qui décrivent leurs orbes réguliers, et songez à ce que l'astronomie nous a révélé de leurs distances et de leur vitesse. N'est-ce pas le miracle permanent que tant d'ordre en une telle immensité ! Et nous-mêmes ! Et cette minuscule aggrégation de molécules d'azote, de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, de phosphore, de fluor... que sais-je? qui est là, dans un coin de cet incommensurable Univers, qui pense, qui réfléchit^ qui compare, qui mesure la course des astres immenses dont l'imagination, dans ses audacieux calculs, pénètre jusqu'aux dernières limites de l'immensité, et qui, chose plus merveilleuse encore, conçoit de grandes pensées, qui s'émeut à toutes les générosités , qui aime ! N'est-ce pas encore un mi-

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racle et le plus grand de tous, en face duquel l'esprit s'élève et le cœur bat ? (Bruyants applau^ dissements.) Que sont à côté de cela, je vous prie, les apparitions grotesques et la banquise de Saumur vaincue par la neu vaine? (On rit.)

Est-ce tout enfin ? Est-ce cela seulement que les sciences enseigneront à l'enfant? Non ! Voici quelque chose encore. Lorsqu'il aura appris dans l'étude des sciences naturelles et physiques le culte de la loi, lorsqu'il saura de science certaine que tout effet a une cause antécédente, n'ayez plus peur que ce caprice chassé de la nature, l'enfant devenu homme et citoyen l'admette dans la société; qu'il abandonne son droit, conséquence de la loi, pour se livrer aux mains de la grâce. Non ; quand ilnecroira plus aux miracles, il n'attendra plus rien des coups d'État. Et, en effet, qu'est-ce que le miracle, sinon un coup d'Etat dans la nature ? Qu'est-ce qu'un coup d'État, sinon un miracle dans la société? (Vifs applaudissements.)

Tous les deux présentent les mômes éléments: il y a d'abord celui qui souffre ; homme ou peuple ; puis, une loi naturelle ou sociale, qui nie la possibilité de la guérison : enfin, le Sauveur qui apparaît et dit : « Viens à moi ; je suis plus fort que la loi, j'ai reçu avec puissance spéciale une investiture d'en haut; je te sauverai ! » Et vous savez trop comment dans le domaine politique, — je neveux parler que de celui-là, — lés sauveurs font payer leurs services ! (Très-bien ! très^bien !)

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Je le répète, lorsque l'enfant" aura appris à aimer et à respecter Tidée de la loi, n'ayez plus peur que devenu homme il se remette jamais entre les mains ni de l'un ni de l'autre sauveur ; il ne croira pas plus aux superstitions qu'il ne se livrera aux faiseurs de coup d'État, ni qu'il n'aura confiance dans l'efficacité des révolutions. Car à l'idée des coups de force, des changements soudains, des destructions et des créations à vue, la science a substitué l'idée des progrès constants, de l'évolution lente réglée par les lois, et cela dans le domaine social et politique, comme dans le domaine cosmologique et théologique. {Applaudis^ ^ sements.)

Tel est le rôle que les sciences devront jouer dans l'éducation populaire.

A côté des sciences doit prendre place un élément pédagogique beaucoup trop négligé de nos jours dans l'école, et que nous y introduirons parce qu'il a une importance considérable ; c'est le travail manuel. Non pas que nos écoles publiques élémentaires, doivent devenir professionnelles; non pas qu'on doive sortir de l'école communale avec un métier. Mais c'est une erreur singulière , que n'avaient pas commise les ailciens, — qui, sous ce rapport, nous étaient bien supérieurs, — c'est une erreur singulière que celle qui consiste à avoir jusqu'à présent délaissé dans les écoles les exercices corporels et les travaux manuels. Il faut que nous les y rétablissions ; d'abord parce que, selon l'antique adage, « dans un corps sain

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loge une âme saine», et parce que les exercices corporels et la gymnastique sont une des conditions de la santé. Ensuite parce que Tusage des travaux manuels , l'emploi des principaux outils, la connaissance et la mise en action des moyens par lesquels Thomme a triomphé de la nature, l'a fait servir à ses desseins, l'utilisation de toutes les productions naturelles, bois, métaux, etc., parce que tout cela constitue une véritable gymnastique intellectuelle associée à la gymnastique physique; car l'enfant, tout en apprenant à se servir de ses mains, joindra à chaque instant les applications pratiques aux notions scientifiques que la théorie lui aura données. Enfin, il y a une autre raison dominatrice et d'ordre social, et que jusqu'ici, Ton n'a pas entrevue. Une des causes de l'antagonisme des classes sociales, c'est qu'elles ne se connaissent pas, et ne se peuvent pas apprécier ; cela tient à ce qu elles ne se sont pas rencontrées sur un terrain commun, et qu'elles n'ont pas, les unes par rapport aux autres, le sentiment des difficultés en face desquelles elles sont placées. A coup sûr, dans l'état actuel des choses, si le futur artisan a coudoyé sur les bancs de l'école primaire le futur bourgeois, il pourra apprécier les avantages qu'aura plus tard recueillis celui-ci pour son évolution intellectuelle, d'une instruction plus étendue, et il le pourra estimer à sa véritable valeur. Mais où donc le bourgeois aura-t-il appris à connaître l'artisan et à mesurer sa valeur? Nulle part. Depuis l'enfance, il l'a perdu de vue ;

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il ne sait pas ce que l'exercice de sa profession nécessite d'habileté ; il ignore les immenses difficultés cachées dans la construction d'une charpente, ou dans la taille d'une pierre. Eh bien, faites en sorte que ces enfants élevés sur les mêmes bancs, se soient livrés aux mêmes occupations manuelles, aient manîé les mêmes outils, résolu les mêmes problêmes matériels, et n'ayez peur ensuite que le bourgeois dédaigne l'ouvrier habile ; non, il connaîtra les difficultés de son œuvre, il l'appréciera à sa valeur, et vous aurez fait pour la paix sociale quelque chose de véritablement grand et utile ! {Vifs applaudissements.)

Après l'étude de la langue maternelle, après les sciences, après les travaux manuels, ou plutôt simultanément, car si nous sommes obligés ici de faire une ériumération, tout devra marcher d'ensemble dans la mise en pratique de ce programme, vient l'histoire.

Vous savez à quoi elle est réduite maintenant dans nos écoles : d'abord à l'histoire sainte, — qui doit appartenir à l'enseignement religieux dont nous parlerons dans un moment, — puis à quelques notions d'histoire de France, à quelques énumérations de dates célèbres, de rois connus, enfin à quelques connaissances plus ou moins imprégnées d'esprit réactionnaire sur les faits contemporains.

Ce n'est pas là le programme que je rêve pour l'enseignement de l'histoire dans l'école primaire. On se fait généralement de singulières illusions

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sur la capacité intellectuelle de T enfant. Quand il ne comprend pas, ce n'est pas sa faute; c'est toujours la faute de celui qui lui enseigne. Quand il s'ennuie, c'est la même, chose ! Je l'ai toujours remarqué. Eh bien, cette histoire, il faut commencer son enseignement par le commencement. Ce n'est pas que je me soucie beaucoup des Assyriens et des Babyloniens; je passe volontiers condamnation sur les exploits de Téglath-Phalasar et de Sennachérib ; je trouve tout cela fort peu intéressant. Mais dites à l'enfant qu'il y a quelques dizaines de siècles, sur le sol qu'il foule, se trouvait un homme, son ancêtre, vivant dans les cavernes, se cachant dans les bois, armé d'un bâton d'abord, plus tard d'une pierre taillée ; racontezlui que cet homme, nu, quasi sans défense, a trouvé devant lui les animaux les plus redoutables ; qu'il a eu à lutter contre l'éléphant, contre le rhinocéros, contre le tigre, contre le grand ours des cavernes; que ces animaux féroces, il les a vaincus et mangés les uns après les autres, eux qui se faisaient fort de le manger. Dites tout cela à l'enfant, et vous verrez si vous ne l'intéressez pas; et si, par hasard, l'école est située dans une des stations où cet homme a vécu assez longtemps pour y laisser les traces de son industrie primitive, l'enfant saura bien en trouver des vestiges, et il sera tout fier de vous apporter des os sculptés et de petites pierres taillées.

Voilà le commencement de l'enseignement de l'histoire. Ce qui s'en dégagera, c'est cette idée

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que Tàge d'or n'est pas en arrière... et quil est peut-être en avant!... (Applaudissements.) Ce qui s'en dégagera, c'est le sentiment du progrés, le respect et l'amour de ceux qui ont tant combattu et tant souffert pour arriver à constituer les premiers linéaments d'un état social, pour préparer à la société humaine ce capital de connaissances et de forces dont nous jouissons aujourd'hui. Mais il ne faut pas, bien entendu, se borner à l'histoire de cet homme dit préhistorique; il faut, après avoir franchi un espace dont nous ne pouvons mesurer exactement l'étendue, se rapprocher de notre ère, montrer à l'enfant, et lui faire connaître et aimer la race qui habite notre sol, cette merveilleuse race gauloise, qui emprunta à l'envahisseur germain sa ténacité, au conquérant latin l'amour de l'ordre, de la logique et de la clarté, et qui a su, dans ce mélange avec des peuples si divers, garder sa gaieté, sa vivacité, son intelligence, sa sincérité, sa délicatesse, sa loyauté, sa générosité, toutes ces nobles qualités natives qui font que rhumanité, que seule elle sait aimer, a toujours eu et aura toujours les yeux fixés sur elle. (Vifs applaudissements.)

Puis, c'est la nuit du moyen âge. Le vieux Jacques Bonhomme, écrasé pendant des siècles par le talon féodal, est là, dans sa chaumine, que périodiquement viennent piller les soudards, ne sachant jamais s'il aura un lendemain : demain, c'est pour lui sa récolte pillée, sa maison brûlée, sa femme outragée, ses enfants massacrés. Un

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jour il sort de sa tanière, et Ton assiste alors à une de ces terribles revendications sociales que nous ne reverrons plus, mais dont il est bon que l'enfant conserve le souvenir dans sa mémoire. (Applaudissements.)

Ensuite vient la Renaissance, avec son brillant et printanier cortège de poètes, de savants, d'artistes, mais laissant derrière elle une trace sanglante. G est ici Tère de l'oppression violente des consciences, l'ère des guerres de religion. Encore un souvenir qu'il faut profondément imprimer dans l'esprit de l'enfant. (Vives marques d'adhésion,)

Plus tard, c'est le despotisme royal, brisant les caractères, accumulant les misères, de complicité avec le noble devenu un valet, avec Tévêque devenu un complaisant de ruelles. Enfin la nation se redresse un jour. Alors éclate une grande, une terrible révolution. Ah ! c'est là encore une chose qu'il faut bien dire àTenfant, en faisant ressortir à ses yeux la supériorité du régime démocratique sur le régime monarchique : c'est qu'aujourd'hui nous n'avons pas besoin de révolution, nous n'avons pas besoin d'insurrection, nous n'avons pas besoin de barricades, nous n'avons pas besoin d'assassinats royaux ! Ce dont nous avons besoin dans une démocratie, c'est d'un peu de patience ; car, tous les trois ou quatre ans, si nous avons à nous plaindre, il nous suffira de déposer un carré de papier dans une boite de sapin. Oui, cela suffît! (Longs applaudissements.)

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Voilà l'histoire qu'il faut apprendre à l'enfant; parce qu'il faut que, d'une part, il ait la rancœur des souffrances des aïeux, qu'il plaigne les torturés des guerres de religion, qu'il s'indigne contre ce despote souverain tenant la France sous son pied et osant lui dire: L'État, c'est moi! Et que, de Vautre, il apprenne h aimer, à vénérer ceux qui ont lutté, qui ont souffert, qui sont morts pour le progrès, qui nous ont légué ce que nous avons aujourd'hui, qui ont consacré leur vie à travers les âges à la conquête de toutes ces libertés, et qui nous ont transmis la première de toutes, la Hberté de conscience ! {Longs applaudissements.)

A côté de l'histoire se place la littérature, ou plutôt les littératures, car il faut que l'enfant ne reste étranger à aucune des manifestations du beau, et il est nécessaire que l'esthétique, malgré son nom un peu barbare, pénètre et imprègne sa jeune âme. Il faut qu'il apprenne les langues étrangères, et aussi les langues mortes, pour que rien dans les sublimes productions du génie humain ne lui soit absolument inconnu, et cela non seulement parce que ces connaissances agrandiront son esprit, mais parce qu elles ouvriront les ailes de son imagination, et surtout parce qu'elles sont vraiment éducatrices. Oh! sans doute, les sciences développent l'intelligence ; mais les lettres seules font battre le cœur. (Applaudissements.)

Eh bien ! voilà, ce me semble, le cycle accompli : le corps et l'esprit ont chacun leur domaine ; les

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sciences, Thistoire, la langue^ les lettres sont enseignées. Voilà l'éducation, n'est-ce pas?

Eh bien, non. Rien de tout cela n'est l'éducation ; c'est la matière de l'éducation ; ce n'est pas l'éducation elle-même. Ce qu'il faut maintenant, c'est que la vie circule au milieu de toutes ces connaissances et qu'elle les anime. Sans elle, de tout cet ensemble de faits qui chargeront la mémoire et surexciteront Tintelligence, il pourra sortir un, négociant sagace, uu industriel habile, un savant, peut-être, ou un poète, mais non un homme ni un citoyen. Or la vie, c'est l'enseignement civique et moral qui peut la donner.

L'enseignement civique et moral ! Je joins les deux mots avec intention ; j'en ai le droit, puisque nous parlons de l'éducation dans une démocratie, et parce qu'il n'y a pas une autre forme de gouvernement qui les unisse aussi intimement. Car, seule, la démocratie repose sur l'une des bases les plus solides de la morale elle-même, c'est-à-dire sur l'idée de justice ! {Applaudissemenls.)

Cependant le sujet est assez vaste pour qu'on le divise, et qu'on parle successivement de l'enseignement civique et de l'enseignement moral.

Voyons d'abord l'enseignement civi([ue.

Je dis qu'il doit commencer dos les premières années de l'école. Cela peut paraître hardi, mais quoi? N'est-ce pas dès les premières années de l'école qu'on apprend aujourd'hui aux enfants que les Hébreux ont eu successivement le gouvernement de? juges, des prêtres et des rois ? Est-il

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donc plus difficile de leur dire que les Français ont eu le gouvernement des rois et qu'ils ont maintenant le gouvernement de la République ? Un petit enfant peut très bien comprendre ce que c'est que le Conseil municipal dont son père et son oncle font partie ; un peu plus tard, quand il aura grandi, et que son horizon se sera élargi, il pourra se rendre compte de ce qu'est le Conseil général, la Chambre des députés, le Sénat, de ce qu'est enfin le gouvernement de la RépubUque au milieu de laquelle il devra vivre. Est-ce donc si difficile à apprendre à des enfants de 12 à 14 ans? On leur enseigne bien au collège comment votaient les tribus romaines et comment elles se subdivisaient en Curies et en gentes ; il ne sera pas plus difficile de leur faire comprendre le fonctionnement de nos élections, même celles du Sénat... si compliqué que cela soit. (Rires et applaudissements,)

Oui, il faut que Fenfant connaisse l'organisation politique de son pays, et qu'en même temps il reçoive quelques notions sur son organisation sociale. Ce sera bien vite fait. Croyez-vous qu'il n'apprendra pas aisément, par exemple, comment une succession se partage également, sans privilège, entre tous les enfants, comment s'acquiert parle travail ou l'hérédité et se transmet librement la propriété ; il entend parler de ces choses tous les jours à la maison, par son père ; il saura cela bien vite. Il suffira que l'instituteur ajoute à ces notions pratiques quelques indications sur la sa-

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gesse et la prudence de ces lois protectrices de l'égalité entre les citoyens, de la liberté, de la propriété et de la paix publique.

Mais il y a plus : l'enfant devra non seulement connaître Tétat de la société, mais aussi l'aimer, afin de se dévouer s'il est nécessaire lorsqu'il sera devenu homme, pour la défendre. On raconte que le précepteur de Louis XV enfant le conduisit un jour à un balcon et lui montrant la foule assemblée sur la place, lui dit : « Sire, tout ce peuple est à vous !» Je pense que Louis XV aimait cet état social. Eh bien, pour faire aimer à l'enfant celui au milieu duquel il est destiné à vivre, il suffira que l'instituteur lui dise : « Personne ne te commande excepté la loi ! Ici nul n'est maître, sauf la nation. Toi, tu fais partie de la nation, et s'il y a dix millions d'électeurs, tu participes, pour ton dix millionième, aux mêmes avantages que tes concitoyens, et aux mêmes droits. >

Mais quand l'instituteur aura dit cela à l'enfant, il faudra qu'il aille plus loin encore. Il devra lui faire remarquer la supériorité du régime démocratique sur le régime monarchique, lui faire comprendre comment le premier est le règne de l'égalité et le second le règne du privilège, l'un le régime du droit, l'autre celui de l'arbitraire; lui apprendre que l'homme ne doit compter que sur son propre développement et son perfectionnement ; qu'il n a rien à attendre des caprices d'en haut, des grâces d'en haut; qu'à force de travail

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