‹ La loi de l'enseignement primaire (Proposition Barodet);Chapitre 7 sur 137 · I.'lNSTRlîCTION DANS UNE DÉMOCRATIE LY · texte numérisé non relu

I.'lNSTRlîCTION DANS UNE DÉMOCRATIE LY

en tutelle dans Técole, Ty tenir encot^e, quand il sera homme, dans la société. Et voilà pourquoi il prétend au monopole de renseignement moral, à la direction de cet enseignement, pourquoi il lé veut imprégné de son sentiment religieux à lui, et aussi de son système dogmatique propre, si contradictoire qu'il soit avec celui du 'voisin. Que lui importe la liberté? II a en mains la vérité. Il faut qu'il l'impose ! (Applaudissements,)

Eh bien, messieurs, je voudrais voir le prétrô se joindre à nous, — et je crois qu'il ferait bien, — pour demander que l'état actuel des choses cesse et soit remplacé par un autre plus logique, et en même temps plus respectueux des intérêts qu'il représente, etdont ilest, àbon droit, jaloux. Aujourd'hui, vous savez ce qui se passe dans nos écoles publiques. L'instituteur fait réciter à peu près le catéchisme et l'évangile, lire quelques pages de l'histoire sainte ; puis, dans la grande majorité des cas, soit directement, s'il est un peu imprudent, soit indirectement, s'il a quelque habileté, il fait en sorte que Tenfant ne prenne pas au pied de la lettre les lectures et les récits faits par Tordre du règlement, il redresse dans l'esprit de son élève les diverses infractions aux lois scientifiques qui ont pu se présenter dans le cours de ces leçons. Je vous demande vraiment si ce système n'est pas plus dangereux pour la tranquillité de l'âme dé l'enfant que le nôtre, qui consiste à laisser chacun maître dans son domaine, et permet au père de famille qui croit à la nécessité de l'enseignement

Lvi l'instruction dans une démocratie

religieux de le faire donner sans qu'il soit jamais en contradiction avec celui de l'instituteur. De cette façon il n'y aura pas de conflit possible entre celui-ci et le prêtre, parce qu'il n'y aura pas de contact entre leur enseignement.

N'est-il pas étrange, alors que nous parlons ainsi, qu'on nous réponde que nous voulons la guerre ?

Non, nous ne voulons pas la guerre. Est-ce que nous avons intérêt, est-ce que la démocratie a intérêt avoir ses enfants s'entre-déchirer? Est' ce que le gouvernement républicain a intérêt avoir recommencer les guerres de religion? Ce n'est pas à nous, héritiers directs de ceux qui ont tant souffert pour le triomphe de la liberté de conscience, qu'il appartiendrait de donner ce triste spectacle à l'humanité ! (Applaudissements.)

Bien loin de là^ nous voulons à la fois la paix et la liberté de conscience. La laïcité de l'enseignement public, il faut la proclamer au nom de la libertédeconsciencederinstituteur,qu'ilestindigne de contraindre à donner un enseignement auquel ne croit pas, delà liberté de conscience du père de famille, dont l'enfant ne doit recevoir l'instruction religieuse que par son ordre exprès, au nom de la tranquillité publique, de la paix des esprits, qui sera menacée tant que régnera la confusion actuelle du domaine laïque et du domaine ecclésiastique.

Ceux qui crient à l'école athée disent une niaiserie; ceux qui crient à la persécution disent une

l'instruction dans une démocratie lvit

puérilité. Quoi ! la religion catholique se dira persécutée, privée de moyen de propagande et d'enseignement dans un pays où le gouvernement s'est chargé de payer et loger autant de prêtres qu'il en sera nécessaire pour les besoins de cette religion? Cela prête à rire, et voilà tout.

Ainsi, dans notre système d'enseignement tel que nous le concevons, l'enseignement religieux appartient souverainement et exclusivement au prêtre qui, pour accomplir cette partie si précieuse de son sacerdoce, reçoit de la loi et du Concordat tous les moyens d'action dont il a besoin. Le reste esta Tinstituteur, autre fonctionnaire d'État, qui a charge lui, non de faire des catholiques, des protestants ou des juifs, mais des hommes honnêtes, des hommes utiles et de bons citoyens.

Voilà le cercle parcouru ; voilà le programme tel que je voudrais le voir appliqué. Il disciplinera les sens, dressera le corps, agrandira l'esprit, fortifiera le jugement, affermira la volonté, développera le sentiment du devoir et de la responsabilité; il n'empêchera l'enfanl ni d'ouvrir les ailes de son imagination, ni de laisser son cœur vibrer à toutes les émotions.

Ce programme splendide, il faudrait bien que tout le monde pût le parcourir ; malheureusement nous ne verrons pas cela ; tachons du moins qu'il puisse être tout entier mis en pratique , non seulement pour ceux qui sont nés dans d'heureuses conditions de fortune, mais aussi pour tous ceux ([ui se seront montrés dignes d'en pro-

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fiter, et cela dans leur intérêt, dans l'intérêt social, dans rintérêt de la France ! {Applaudissements.)

En vérité, messieurs, lorsqu'on pense à ce que pourrait être le pays après un certain nombre d'années d'application d'un pareil programme, organisé comme il conviendrait, on ne peut s'empêcher cl*étr« saisi d'enthousiasme. Quant à moi, çiu^^nt j'éprouve un sentiment de douleur et de colère quand je parcours l'histoire, celle de ces teD(ips sombres encore si près de nous, où l'ignorance était à ce point souveraine que ceux qui en mouraient n'en avaient même pas conscience, autant je ne peux me tourner du côté de l'avenir, e| contempler en espérance ce que d'autres verront en réalité , ce que nous préparons. Qui pourrait aujourd'hui se figurer ce que sera la France lorsque rien ne sera perdu pour sa force et pour son bonheur de ce qu'elle enfante chaque année de génie ? Voyez quel prodigieux essor a suivi l'arrivée de la bourgeoisie sur la scène publique, la diffusion de l'instruction dans les classes moyennes de la société ! Eh bien, donnez l'instruction à la masse de la nation ; quels progrès ne réaUserait-on pas si le peuple tout entier était, à ce point de vue, placé dans des conditions similaires? S'il était appelé réellement â fournir au complet son contingent de forces intellectuelles ? Nous ne sommes pas des nobles ; nous n'avons pas la vaniteuse niaiserie de croire appartenir à une race particulière, douée de vertus spéciales ; nous sommes tous de la même race,

l'instructiof^ dans une démocratie LÎX

du même sang ; force nous est bien de reconnaître que la somme des valeurs intellectuelles est proportionnelle aux masses : or, le peuple s'appelle légion! (Applaudissements.)

Oui, imaginez que la France ne perde aucune des forces intellectuelles qui restent actuellement inutiles et inconscientes d'elles-mêmes, et songez à la somme prodigieuse de richesses et de bonheur qu elle en retirera !

Voyez d'autre part quelles sources de jouissances d'ordre élevé seront mises par l'expansion de Tinstruction à la disposition de ceux qui, dans la société, resteront toujours voués aux travaux manuels, et qui aujourd'hui ne savent le plus souvent se délasser de leur labeur que pour quelques grossiers plaisirs !

Par quoi sommes-nous séparés de cette époque que nous préparons par les idées, que nous touchons presque de la main ?

Par les préjugés et par Fargent.

Les préjugés, nous savons comment on en a raison. Le livre de M. Charles Robert, écrit d'hier, et qui semble être écrit depuis des siècles, nous montre avec quelle rapidité ils disparaissent : aujourd'hui, la théorie de l'ignorance ne trouverait plus de défenseurs. Devant la discussion, devant l'exercice de la liberté, ces préjugés font comme ces brouillards qu'on voit flotter au matin dans le fond des vallées, et qui, lorsque le soleil se lève, s'enroulent enremontant au flanc descoteaux^ pour disparaître et se dissiper dans l'atmosphère.

i.x l'instruction pan*; tke dêxocratie

Avant peu nous n'aurons plus à compter avec eux.

Reste l'argent.

Est-ce bi un "bstaole insurmontable? Non, certes. L*ar-:ent, la France en a donné sans marchander, — et elle en donnera encore, — quand il s'agit de s-n armée, qui lui assure la sécurité et l'honneur; quand il s'agit des travaux publics, qui sont les sources «le sa fortune. Et vous vousftgurez qu'elle s'arrêtera, et qu'elle n'en trouvera pas pour sesécoles, qui préparent àlafoiset sauvegardent sa sécurité, son honneur, sa fortune ? Non ! non ! Les questions d'argent ne nous arrêteront pas. Et tout ce qui semblait insensé il n'y a pas vingt ans, tout ce qu'on pourrait encore aujourd'hui appeler utopie, se trouvera bientôt une réalité.

Et lorsque tous ces biens seront réalisés ; lorsque tous les enfants de la Patrie seront véritablement libres et maîtres d'eux-mêmes, parce qu'ils seront instruits, nous ne demanderons qu'une chose, — bien ambitieuse, il est vrai, — c'estqu'ilsse rappellent quelquefois le nom de ceux qui auront consacré à cette grande œuvre toutes les forces de leur esprit et toutes les ardeurs de leur àme !

{ArcLiiihitions. Do Iniufues s^ilves d'applmi' (lissomen/s se fou/ ontoiulrc enrore longtemps c//77v\s qur 3/. r.'ml Hor/ ;i tiui/h' h Srillo.)

RAPPORT

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