‹ La loi de l'enseignement primaire (Proposition Barodet);Chapitre 89 sur 137 · GARD · texte numérisé non relu

GARD

(T^me II.)

« L'autorisation donnée par la loi du 15 mars 1850

aux institutrices congréganistes d'exercer leurs fonctions «ans autre titré qu'une simple lettre d'obédience n'a pas produit dans le département du Gard de fâcheux résultats.

« Les maisons religieuses fortement constituées, telles que la congrégation des sœurs de Saint- Vincent-de-Paul, •de la Charité de Nevers, ont généralement à la tête de leurs écoles des sujets capables. D'autres maisons, qui n'avaient pas comme les premières une réputation à soutenir, et dont le personnel se recrute dans les rangs inférieurs de la société, n'ont envoyé dans les écoles que des maîtressejs peu instruites et peu aptes à l'enseignement. Mais ces écQlesi ont généralement si peu d'importance que lia modicité du traitement en éloignerait d'autres institutrices. Les populations, ne connaissant pas la différenee entre un brevet de capacité et une lettre d'obédience. Jugent l'institutrice par les résultats qu'elle obtient. L'assimilation de la lettre d'obédience au brevet de capacité a eu pour effet de faire établir des écoles publiques de fîlles dans beaucoup de petites localités où une institutrice laïque n'avait pas trouvé de quoi vivre. » (P. 58.)

« L'enseignement congréganiste paraît supérieur

à l'enseignement laïque pour la partie matérielle et mécanique. L'écriture et le dessin, par exemple, sont parfaitement enseignés. Pour la partie intellectuelle, l'enseignement laïque est incontestablement supérieur à l'ensei^ gnement congréganiste, surtout quand il est dirigé par un ancien élève de l'école normale. Dans les écoles de

DE l'enseignement PRIMAIRE 237

frères et de sœurs, les enranls lisent d'une manière monotone, sans accentaatioQ et saiis intelligence. Dans les écoles laïques, on apprend à lire de manière à comprendre le sens et la portée des expressions et à les faire comprendre par ceux qui écoutent. » (P. 59.)

GARONxNE (HAUTE-)

(Tome II.)

« Les instituteurs et institutrices libres, laïques ou

cougpréganistes, remplissent pour Touverture des écoles les formalités exigées par la loi ; néanmoins, lorsqu'une congrégation s'est établie légalement dans une commune, elle -se croit dispensée de faire une nouvelle déclaration à chaque changement dans la direction de l'établissement, regardant la prise de possession comme un droit imprescriptible. Cette fausse interprétation de la loi tend à dis* paraître. Dans beaucoup d'écoles les religieuses ne se font aucun scrupule d'admettre les pensionnaires sans avoir rempli les formalités réglementaires.

c II y a Ml jusqu'ici beaucoup d'irrégularités à cet égard. . (P. 878.)

c 15,000 enfants environ ne savent pas encore parler la langue française. C'est là cependant un chiffre approximatif dont on ne saurait garantir l'exactitude. . . • ••••••••••• ••••••••«

La prédication et tout l'enseignement religieux se font en paiois dans les communes rurales, où les enfants sont souvent condamnés à traduire en patois a l'église les prières, le catéchisme et les évangiles qu'ils ont appris en français à Fécole. Les anciens curés, et avec eux quelques riches propriétaires , la gentiihommerie campa-* gnarde, blâment ou raillent les paysans qui, tant bien que mal, s'expriment en français. » (P. 885.)

f La disposition de la loi de 1850, qui permet aux

membres des congrégations religieuses d'exercer en vertu d'une simple lettre d*obédience, a créé un privilège qui a porté le découragement dans tout le corps des institutrices laïques, peu à peu remplacées partout où un poste pou-^ vait leur donner à vivre. La liberté d'enseignement n'a dès lors été pour celles-ci que déception et misère, et pour les congréganistes qu'un monopole envahissant. Impatientes d'occuper le plus de terrain possible, les congrégations manquant de sujets enrôlèrent à la hâte des jeunes filles de la campagne, des couturières, des servantes, et après les avoir façonnées tant bien que mal, elles les déléguèrent par lettres d'obédience pour enseigner ce qu'elles ne savaient pas. Aussi dans plusieurs communes, et à la tèle de classes nombreuses, trouve-t-on des institutrices sachant à peine lire et incapables de s'énoncer en français.

« D'autre part, les sœurs rendent bien des services

en visitant et en soignant les pauvres et les malades. Quant à leur enseignement, il est à peu près nul ou nullement approprié aux besoins de la famille, à la condition et à la destination de la jeune fille.

« En résumé, la lettre d'obédience, privilège objet de justes récriminations de la part des esprits éclairés non moins que de la part du corps intéressé dans la question, amène l'anéantissement progressif de l'enseignement laïque et nuit essentiellement au progrès. Dans l'intérêt de leur dignité, les congrégations devraient demander à rentrer dans le- droit commun. » (P. 890j) - . .

<c Les résultats qu'obtient l'inspection dans les

établissements congréganistes sont presque négatifs; mais elle y trouve beaucoup d'égards, de convenance et de politesse. Chaque congrégation a ses statuts, ses livres, ses méthodes. La direction imprimée par les frères visiteurs a seule de la réalité ; l'action qu'exercent les inspecteurs primaires n'est que pour la forme. » (P. 891.)

« L'enseignement congréganiste est inférieur à

DE l'enseignement PRIMAIRE 269

renseignement laïque, pour les méthodes et les procédés d^enseignement, sous le rapport de l'éducation pratique et de l'apprentissage de la vie réelle, donnant peu ou point d'explications dans la lecture et les leçons, par conséquent développant fort peu Tintelligence des enfants. Il est supérieur en ce que les instituteurs et les institutrices congréganîstes, dégagés des soins de la famille, ayant une existence paisible et assurée, peuvent apporter plus de liberté d'esprit, plus de régularité dans l'exercice de leurs fonctions , , . . .

Leur enseignement {des laïques) est en général, plus méthodique, plus rapide, mieux approprié; celui descongréganistes est lent et mécanique ; une seule chose est bonne dans leurs écoles, c'est récriture; mais il faut observer que leurs élèves les fréquentent plus régulièrement et plusieurs années sans interruption

Les frères et les sœurs ne se soumettent pas partout exactement aux prescriptions du règlement des écoles adopté dans le département; ce règlement leur est à peu près inconnu. » (P. 892.)

Page 1