‹ La loi de l'enseignement primaire (Proposition Barodet);Chapitre 92 sur 137 · INDRE-ET-LOIRE · texte numérisé non relu

INDRE-ET-LOIRE

(Tome II.)

« La loi du 15 mars 1850, en autorisant les institutrices congréganistes à exercer avec une simple lettre d'obédience, a contribué à abaisser le niveau de Tensei-» gnement. Certes, on trouve des eommunautés qui se res« pectent et chez lesquelles, la lettre d'obédience équivaut de fait au brevet; mais il est des congrégations moins exigeantes pour leurs novices, chez lesquelles cette lettre d'obédience n'est pas toujours une garantie de savoir et d'aptitude. » (P. 585w)

c Quant à la supériorité ou à l'infériorité de l'enseignement laïque et de l'instruction congréganiste, comparés ensemble, on n'y voit guère d'autres différences que celles qui sont le résultat du plus ou moins de zèle et de capacité des maîtres et maîtresses. Peut-être cependant l'enseignement laïque a-t-il sur l'enseignement cougréganiste l'avantage d'être généralement donné dans un but plus pratique et par conséquent plus en rapport avee les intérêts des enfants. » (P. 587.)

ISERE

(Tome ^^)

€ Les livres en usage dans les écoles sont généralement en quantité suffisante; mais ils ne sont pas toujours appropriés à l'âge, à l'intelligence des enfants, surtout dans les établissements congréganistes. Les firères de l'a Doctrine chrétienne, et beaucoup de religieuses à leur

exemple, n'emploient pour livre de lecture que les Devoirs du chrétien, ouvrage dont le fond est excellent, mais dont la phraséologie ne peut être ni comprise par les élèves, ni même expliquée par les maîtres. Cet ouvrage serait à réformer, ainsi que la Bible de Royaumont, VHiS' toire de la religion, par Lhomond, et un petit livre intitulé la Conduite ou la Demi^conduite^ dans lequel on trouve des phrases comme celle-ci : « L'àme d*un enfant en état de péché mortel est plus laide qu'un crapaud et sent plus mauvais qu'une charogne. » (P. 167.)

c Au point de vue de l'instruction primaire, les

effets de la loi du 15 mars 1850, qui autorise les institutrices congréganistes à exercer leurs fonctions sans autre titre qu'une simple lettre d'obédience, n*ont pas été aussi fôcheux qu'on pourrait se l'imaginer, en songeant que cette lettre d'obédience est délivrée sans contrôle. Si on compare, dans le département de l'Isère, les écoles dirigées par des institutrices laïques pourvues de brevet de capacité et les écoles dirigées par des institutrices congréganistes n'ayant d'autre titre que la lettre d'obédience, on ne trouve pas une bien grande différence danç la tenue des unes et des autres. » (P. 773.)

<( L'inspection dans les établissements congréganistes est absolument stérile. C'est pour ces établissements que sont vraies les paroles d'un maître qui exerçait sous la loi de 1888 et qui disait, faisant allusion à l'espèce d'inamovibilité dont jouissaient alors les directeurs des écoles communales : « Les inspecteurs passent et les instituteurs restent. » Quelque observation qu'on puisse faire dans les écoles dirigées par les congréganistes enseignantes, quelque conseil qu'on donne aux frères et aux sœurs, on est bien sûr qu'ils ne contrediront pas, mais l'on n'est pas moins sûr qu'ils ne changeront rien à leur manière de faire, qu'ils conserveront leur méthode d'enseignement et qu'ils ne renonceront pas surtout aux livres dont ils ont fait choix, si vicieuse que soit leur méthode, si inintelligibles que puissent être pour les élèves les

DE l'enseignement PRIMAIRE 21T

livres mis entre leurs mains. La maxime Non possumuSy Non volumus^ n'est pas dans leur bouche ; mais elle est dans leurs actes. » (P. 775.)

« L'enseignement des frères, cependant, a de bonnes parties : la discipline, pour l'établissement et le maintien de laquelle leur costume leur vient en aide ; l'écriture; le calcul; le dessin linéaire; pour toutes ces parties, il lutte, non sans avantage, avec l'enseignement rival; mais il est inférieur à ce dernier sous le rapport du développement intellectuel. Cette infériorité résulte autant de la méthode suivie que du choix des livres mis entre les mains des élèves. Les frères expliquent peu ces livres, d'ailleurs très peu intelligibles. L'instruction religieuse ne vaut pas plus chez les frères que chez les instituteurs laïques. Chez les uns comme chez les autres, elle consiste surtout dans la récitation littérale du catéchisme et dans l'étude de quelques pages d'histoire sainte.

c Les écoles de sœurs se distinguent par un certain ordre qu'on retrouve à la fois dans la tenue des enfants et dans les livres ou cahiers à leur usage ; mais dans ces écoles, comme dans celles des frères, les efforts relatifs au développement intellectuel font défaut. » (P. 776).

u Les punitions en usage chez les frères sont la

retenue avec tâche extraordinaire, les tableaux do confusion, le baiser-terre, la mise à genoux simple ou dans une position gênante, comme par exemple avec les bras en croix. Les sévices sont rares; on a vu, en 186:2, le directeur de l'école de Voreppe, un frère des écoles chrétienneS; traduit en justice et condamné à l'amende pour un acte de violence qui avait vivement impressionné ses élèves. Les sœurs font aussi mettre à genoux, baiser la terre et porter des écriteaux mortiflants; elles imposent en outre des travestissements grotesques dans la robe ou dans la coiffure.

« Les frères et les sœurs ne se conforment pas toujours aux prescriptions du règlement des écoles primaires du déparlement; ils ne l'observent qu'autant qu'il n'est

pas contraire à leurs règlements particuliers. On doit leur reprocher surtout de faire usage de livres non approuvés et de donner congé plus fréquemment qu'il n'est permis, n (P. 716).

t Dans un des couvents de Grenoble, pour faire

apprendre la g>éographie de la France par département, on oblige les élèves à retenir des phrases comme celle-ci : « La misère n'est guère noble ; il ne faut pas avoir cinq «c schellings dans sa poche pour qu'on vienne loger àans « la maison de Turlupin. » — Misère doit rappeler V Isère ; guère noble, Grenoble; cinq- schellings, Saint-Marcellin; le verbe vienne^ Vienne, et Tarlupin, La Tour du Pin. »

Page 1