LOIRE (HAUTE
(Tome !•'.)
« La lettre d'obédience est l'abaissement de l'instruction primaire. C'est avec raison l'opinion des gens éclairés ; mais le clergé et les nombreuses congrégations
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de la Haute-Loire n'y renonceront pas facilement ; les résultats en sont fâcheux. > (P. 534.)
a On a trouvé et on a écrit que les instituteurs laïques, dans la Haute-Loire, étaient vis-à-vis des congréganistes dans un état d'infériorité. Il est vrai de dire que les congréganistes y jouissent de la plus grande faveur et de la protection éclatante que leur accorde le clergé et tous les propriétaires d'une certaine opinion. Mais les congréganistes ont encore d'autres grands avantages : ils sont toujours plusieurs pour chaque école, et se partagent le travail au profit de l'enseignement ; ils n'ont pas de famille^ ni le désir d'en avoir et l'écolage est leur unique préoccupation ; ils n'entrent que dans de belles maisons, bien construites, bien aménagées, bien meublées, et le pauvre instituteur laïque ne fait souvent sa classe que dans une cabane délabrée. L'abnégation n'est pas ici du côté des frères, car ils ont chosi, et choisissent, pour y enseigner avec toutes leurs aises, les plus riches et les plus importantes communes. Il n'est donc pas étonnant que les apparences de supériorité soient pour cette catégorie d'instituteurs. Tout en rendant justice au plus grand nombre de directeurs d'écoles congréganistes (et il y a aussi des exceptions dans le bien), on doit dire que les instituteurs sortis de l'école normale n'ont pas une moindre valeur; qu'on les mette dans les mêmes conditions, avec de bonnes maisons d^école et des adjoints, et ils feront mieux. Mais cette situation qui leur est faite dans la Haute-Loire, de ne pouvoir aspirer aux bons postes des grandes localités, postes qui sont presque tous occupés par des congréganistîîs, est une cause grave de découragement. Il n'y a rien à y faire ; le vœu des communes, vœu inspiré par leurs pasteurs, mais enfin vœu légal, doit être respecté.
a Dans les écoles congréganistes, les livres généralement employés sont ceux du frère Philippe. S'il s'en introduit d'autres, ils sont choisis parmi les livres approuvés.
< IjCs punitions sont : les mauvais points, les tâciieB extraordinaires, la mise à genoux (punition qu*il faudrait interdire), rexpnlsion avec approbation du maire et du préfet. Il y a eu quelques corrections manuelles qui ont été réprimées.
^« Le règlement des écoles est généralement suivi. Mais les directeurs s'absentent quelquefois sans autorisation. » (P. 535 et 536.)
« L'institution des Béates est le plus grand obstacle
aux progrès de l'instruction primaire dans la Haute- Loire. £lle tiendra longtemps la poijulation dans une ignorance exceptionnelle au milieu du mouvement général, si on ne la ramène pas dans des limites où elle peut rester très utile; c'est-à-dire qu'il est urgent de réduire l'assemblée de la béate à un simple ouvroir et garderie d'enfants, et lui ôter son caractère d'école, en opposition flagrante avec la loi de 1850.
« L'origine des béates remonte, dit-on, à 200 ans. La vieillesse même d^une institution est un titre respectable ; mais combien d'institutions précieuses il y a 200 ans n'auraient plus le même mérite aujourd'hui! Gomme tenant école, les béates ont pu alors rendre de grands services (leur nom l'indique : Beatœ quia benedictae a Deo (femmes bénies de Dieu) ; même jusqu'en 1833, même jusqu'en 1850, il n'y avait dans les petites communes ni maîtres ni maîtresses instruits. Aujourd'hui les béates n'ont plus de raison d'être comme école ; elles en sont la négation, l'empêchement. Environ 10,000 enfants' qui fréquentent les assemblées de béates pour y apprendre le caiéchisme oralement, même les garçons jusqu'à 14 ou 15 ans, sont privés de toute instruction.
<« Les béates sont affiliées aux Dames de llnstruction du Puy et en reçoivent une lettre d'obédience. Elles sont étalxlies dans les hameaux au nombre d'environ 980, chiffre variable, on le comprend; elles dépendent uniquement du curé, qui les appelle dans les nombreuses sections de sa poroisse ou les renvoie à son gré. Leur exis-
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tence est très précaire; le logement, quelques dons en nature, 10 centimes ou 50 centimes, au maximum, de rétribution mensuelle des enfants, et voilà tout. G*est cette dépense minime qui allèche les économes pères de famille de la montagne.
«' A part l'école, ces bonnes béates méritent la faveur dont elles jouissent. C'est merveille de les voir présider aux travaux de bi dentelle, dans ces nombreux ateliers, et apprendre le silence à un essaim de femmes de tout âge. Les béates font des lectures pieuses, dirigent les prières en commun, visitent et soignent les malades; leur conduite est, en général, irréprochable. A cause de tout ce bien, le clergé tient énormément aux béates; huit ou dix béates dans une paroisse lui composent un étatmajor; ce sont ses aides de camp dans chaque section, et quelquefois un peu ses commissaires de police. Aussi entre deux excellentes choses, le bien opéré par les b va tes et Tinstruction des enfants, celle-ci est sacrifiée. On pousse les enfants dans l'école de la béate, qui ne pourrait subsister sans la mince rétribution des enfants, el ils n'y reçoivent d'autre enseignement que Hnstruction orale du catéchisme, instruction bien fugitive qui ne devrait pas satisfaire de sages esprits. Cette instruction orale pouvait être bonne au moyen âge; elle peut l'être encore dans les pays sauvages, où l'on n'a pas d'autres moyens d'enseigner l'Évangile ; mais ici, à notre époque, non. Pour participer à la culture de l'intelligence et acquérir la ferme connaissance des vérités divines, de jeunes garçons peuvent bien parcourir un ou deux kilomètres, jusqu'à l'école communale, dans les pays civilisés. Sans contredit, les béates ont largement contribué à la conservation des pratiques religieuses et des pieuses traditions, mais le bien moral des assemblées de béates est-il complet et sans conteste? Dans les longues soirées d'hiver, pendant que les mères et les filles abandonnent le foyer domestique pour se réunir dans ce cercle de hameau, on ne sait pas trop ce que deviennent les pères
et les frères adultes (car ils ne sont pas admis dans les assemblées); on pourrait craindre le cabaret; on assure qu'il n'en est rien ; mais cela est loin du tableau qu'offrent toutes les chaumières des provinces du Nord; le père, après le travail, se délassant quelques heures avant le sommeil, auprès de sa ménagère, avec toute la famille groupée autour d'eux. Là les liens d'affection paraissent plus serrés. Celte observation, au surplus, n'a pas l'assentiment général; elle est opposée aux habitudes de tout un pays et à l'opinion des personnes les plus respectables. Il serait utile, dans tous les cas, d'interdire à ces saintes filles de recevoir les garçons de 7 à 14 ans qui trouveraient alors le chemin de l'école.
«< Le Conseil départemental avait pris récemment cette mesure nécessaire d'interdiction pour les jeunes garçons. Par des raisons administratives et politiques, en face d'oppositions déclarées, cette décision n'a pas été maintenue en fait, et si de nombreuses autorisations ont été données, beaucoup d'autres ont été prises. Quoi qu'il en soit, il importe d'établir de nouvelles écoles sur les points les plus tourmentés du territoire, d'accorder des subventions; en faveur des béates dociles, pour compenser la perte des jeunes garçons et pour les aider à vivre, de faire une large part à la gratuité pour entraîner les familles, et quand on aura réussi à amener les enfants à l'école, on pourra songer utilement à l'instruction des filles et leur procurer ce bienfait par les mêmes moyens. » P. 537 à 539.)