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l'administration. Les Conseils généraux sont rassemblés ; il ne les dissoudra pas, mais il les réduira au rôle de conseils des préfets (1). Il dédaigne de correspondre avec eux directement ; c’est encore par l'intermédiaire des préfets qu'il leur fera connaître ses vues politiques(2). Néanmoins, il se souvient que, depuis leur création, les Conseils généraux ont été, pour le Gouvernement, une source précieuse de renseignements ; 1l leur demandera donc d'entretenir avec lui une correspondance régulière (3), et, comme il est fort désireux de connaître, avec quelque précision, la situation des différents départements, aux destinées desquels 1l prétend présider, il adresse conjointement aux préfets et aux Conseils généraux, un questionnaire détaillé. La plupart des réponses sont perdues, et c’est grand dommage, car, d’après les deux qui subsistent, on peut facilement se rendre compte que, dans l’ensemble, ces documents constituaient un tableau remarquablement précis des forces royalistes et de l’esprit public dans les départe-
ments méridionaux, à la fin du mois de mars 1815.
(1) « Je demandais... aux préfets de prendre, dans leur zèle et « leur intelligence, et de concert avec les Conseils généraux qui « étaient rassemblés, les décisions de toutes les mesures adminis- « tratives qu’ils jugeraient nécessaires pour l’organisation des « forces militaires, et le maintien de l’autorité royale... »
Mémoires de Vitrolles, t. II, p. 383-384.
(2) Cf. la lettre du préfet des Pyrénées-Orientales au Conseil général de ce département dans A.D. Pyrénées-Orientales, registre des délibérations du Conseil général. Séance du 29 mars 1815.
(3) Idem.
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Un moment désorientés par la nouvelle de l’occupation de Paris, les Conseils généraux, de leur côté, se montraient unanimement enchantés de voir s'établir à Toulouse un gouvernement régulier. Au fond, leurs attributions extraordinaires les inquiétaient quelque peu ; il ne leur souriait guère d’avoir à assumer presque entièrement la responsabilité des événements. C’est bien ce qu'on peut lire entre les lignes de la réponse faite par le Conseil général de l’Hérault au questionnaire de Vitrolles : « L'esprit public, dans le département de l’Hé- « rault, est généralement très prononcé pour un atta- « chement sincère à la personne du Roi, pour une pré- « férence exclusive du gouvernement des Bourbons fondé « sur la Charte constitutionnelle, et pour une sorte d’hor- «reur du despotisme qui serait la suite nécessaire du « retour de Bonaparte.
« Le premier élan de cet esprit public aurait pu pro- « duire de très grands effets. Les dernières nouvelles « ont amené un état de stupeur qui, d’abord, était alar- «€ mant, mais qui paraît s’affaiblir depuis que l’on a reçu « des lettres particulières qui annoncent l’établissement « d’un gouvernement central constitutionnel à Tou- « louse, et surtout depuis qu’on a conçu l'espoir que « un de MM. les maréchaux de France venait de « prendre le commandement de l’armée du Midi.
« L’ésprit public serait singulièrement fortifié par la « réunion des deux Chambres au gouvernement central
€ constitutionnel ; alors, on ne serait. pas arrêté par les
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« difficultés qui ont empêché d’assigner à chaque commune «un contingent en hommes et en argent (1). »
Et n'est-ce pas une manifestation plus précise encore de ce sentiment, que la délibération adoptée le 30 mars, par le Conseil général de Tarn-et-Garonne, au moment où la tournure des événements devenait décidément mauvaise.
«Le Conseil général de Tarn-et-Garonne réuni,
«Considérant que la crise politique qui agite la France « s'aggrave de plus en plus, et que la position du dépar- « tement de Tarn-et-Garonne et de son chef-lieu en « particulier, est devenu plus inquiétante par l'effet de « l’arrivée du courrier de Paris et de son départ pour « Toulouse.
« Considérant que la responsabilité du Conseil général « pouvant être compromise, w est de son devoir d’aviser « aux moyens à prendre dans les grandes circonstances « où u se trouve placé.
€ Considérant que l’arrivée de M. le baron de Vürolles, € commissaire du Roi à Toulouse, fournit une occasion « facile de recourir à l'autorité supérieure, et de recevoir « des ordres applicables à la situation actuelle des choses.
«€ Délibère ce qui suit :
«M. le président du Conseil (2) se rendra sans délai à
(1) A.D. Hérault, Nr Registre des délibérations du Conseil général. Séance du 30 mars 1815. |
(2) Delbreil d’Escorbiac, qui devait être député de Tarn-et- Garonne à la chambre introuvable.
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« Toulouse auprès de M. le baron de Vitrolles, à l’effet « de lui exposer la situation du département et de lui « demander des ordres relatifs à l’état des choses ; il se « présentera aussi au Conseil général de la Haute-Ga- « ronne pour se concerter avec ses membres sur les « mesures à prendre dans la circonstance.
« M. le président du Conseil s’adjoindra, pour cette « mission, M. le comte de Preissac et M. le chevalier de « Thermes, commandant les deux bataillons actifs du « département (1). »
Aussi l’une des premières mesures prises par Vitrolles et le comte de Damas-Crux, que le duc d'Angoulême avait envoyé à Toulouse pour seconder le baron, dutelle tout particulièrement satisfaire ces Assemblées de plus en plus inquiètes : il s’agit de la nomination, pour chaque département, de commissaires du Roi. Ces agents, désignés par le Gouvernement royal du Midi, avaient pour mission « d'animer par leur influence l’es- « prit public pour la cause royale, d'activer la levée la « plus nombreuse possible des gardes nationales ». A cet effet, ils devaient agir avec activité pour le service du Roi et se concerter avec les préfets, les Conseils généraux et les commandants de département. Ces diverses autorités étaient requises « de leur donner aide et assis-
« tance, et de concourir de tous leurs moyens aux me-
(1) Manuscrits de la Bibliothèque Nationale. France. N.A. 228, fol. 445.
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«sures qu'il conviendrait de prendre pour le service « du Roi et de la patrie ! (1) »
Aussitôt leurs pouvoirs vérifiés (2), les commissaires du Roi prenaïent donc la direction de la résistance. Les Conseils généraux, qui avaient déjà vu leurs attributions réduites au moment de l’arrivée de Vitrolles, finissaient par ne plus jouer qu’un rôle tout à fait secondaire.
Cela n’empêchait pas d’ailleurs Vitrolles lui-même de se renseigner parfois directement auprès des conseillers généraux les plus influents. C’est ainsi qu’il eut un entretien avec Villèle, dont la conversation ne lui parut «€ ni remarquable, ni instructive, et ne lui fit pas devi- « mer l’importance qu'il devait prendre un jour dans les « affaires ». Villèle, toujours d’après Vitrolles « n’entrait « nullement dans lappréciation des grands intérêts de «ce moment... et répondait à ce sujet d’une manière Cinsignifiante ; mais 1l appuyait beaucoup sur ce qu’il « était difficile à un étranger de prendre de l’autorité « ou, comme 1l le disait, de réussir dans le pays, à peu « près comme il aurait pu le dire en des temps ordi- « naires, à un intendant ou à un archevêque arrivant
€ à Toulouse (3). »
(1) Pouvoirs du duc de la Force, commissaire du Roi dans les départements de Tarn-et-Garonne, Lot, Lot-et-Garonne. Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, France, N.A. 228, fol: 447.
(2) Cf. dans le procès-verbal de la séance du 3 avril 1815 du Conseil général du Tarn, l'installation du baron de Pujol, en qualité de commissaire du Roï dans ce département. Appendice TI.
(3) Mémoires de Vitrolles, t. IT, p. 402-403. De son côté, d’ailleurs
Du reste, il ne faudrait pas s’exagérer l’importance des commissaires du Roi. La plupart, désignés trop tard, n’eurent pas même le temps d’aller rejoindre leur poste, si bien que, sauf de rares exceptions, les Conseils généraux gardèrent, à peu de chose près, jusqu’à la chute du Gouvernement royal du midi, les attributions qu’ils exerçaient depuis le 20 mars.
Des symptômes de plus en plus caractéristiques annonçaient d’ailleurs la fin de la crise. L'armée, demeurée neutre jusque-là, commençait à mamfester un peu partout son hostilité (1); aujourd’hui c'était Rodez qui tombait au pouvoir des bonapartistes (2) ; le lendemain, c'était le duc de la Force, commissaire du Roi pour le Lot, qui était arrêté à Cahors et emprisonné (3). Tandis que le duc d'Angoulême, enfin entré en campagne, dépassait Montélimar, traversait la Drôme à
Loriol, occupait Livron, entrait à Valence (4), les
Villèle a dit de Vitrolles que, ni son caractère, ni son aptitude «ne semblaient devoir le porter aux rôles élevés qu’on le vit jouer « à toutes les époques critiques de la Restauration ». Mémoires de Villèle, t. 1, p. 265.
(1) A.D. Haute-Garonne, & M. 147. Lettre du préfet des Pyrénées-Orientales à Vitrolles, Perpignan, 29 mars 1815 ; Bessières, préfet de l'Aveyron à Vitrolles, Rodez, 29 mars 1815 ; le marquis de Villeneuve, préfet des Hautes-Pyrénées à Vitrolles, Tarbes, 29 mars 1815 et 31 mars 1815 ; etc.
(2) A.D. Haute-Garonne, 4 M. 147. Le sous-préfet de Villefranche en Aveyron à Vitrolles, Villefranche, 1€T avril 1815.
(3) A.D. Haute-Garonne, 4 M. 147. Le vicomte de Villeneuve, préfet de Tarn-et-Garonne à Vitrolles. Montauban, 2. avril 1815.
(4) Sur la campagne du duc d'Angoulême, voir Archives du Ministère de la guerre, correspondance générale, mars-avril 1815 ;
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troupes qu’il avait laissées derrière lui faisaient successivement défection à Nîmes et à Montpellier (1). Dans toute l’étendue du gouvernement du midi, la trahison faisait la tache d'huile, et le moment approchait où toute résistance allait devenir impossible.
L’arrondissement de Villeneuve-sur-Lot avait été l’un des premiers enclin à la rébellion. Dès le 29 mars, à Longratte, l’adjoint au maire, Taillardat, en compagnie de quelques individus, avait pris la cocarde et déployé un drapeau tricolore. Après avoir tenté vainement de le faire bénir par le curé de la paroisse, il l'avait arboré au sommet du clocher de l’église et salué d’une décharge d'armes à feu. Sur le rapport du maire de Longratte, l'adjoint avait été arrêté par ordre du sous-préfet, et suspendu par le préfet, en attendant sa destitution (2). Cet incident avait eu quelque répercussion dans tout l'arrondissement, si bien qu'il était nécessaire d’y rétablir l’ordre. Qu’allait décider le Conseil général du Lotet-Garonne, en présence de ces mouvements séditieux ?
Le 31 mars, à six heures du soir, il ouvrait une séance A.M. Marseille, Collection d’affiches, janvier-avril 1815, passim ; manuscrits de la Bibliothèque Nationale, France, N.A. 298, fol. 415 à 426 ; A.D. Vaucluse, Registre des délibérations du Conseil général, Séance du 7 avril 1815 ; Houssaye, 1815, t. I, p. 413-434, etc.
(1) Journal du Gard, du samedi 8 avril 1815 ; Le Véridique, du mardi 4 avril 1815. Spécialement sur le rôle joué par le général Ambert à Montpellier, cf. manuscrits de la Bibliothèque Nationale, France NA 0228014027
(2) A.D. Lot-et-Garonne. Registre des délibérations du Conseil général. Séance du 1°7 avril 1815.
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spéciale, à laquelle le préfet, les généraux, comte de Lapoype et baron Gaussart, et Maury, capitaine de gendarmerie à la résidence d'Agen, avaient été conviés. Les conseillers généraux s’entretenaient avec ces personnages de l’état du département ; leur attention se portait bientôt sur la situation particulière de l’arrondissement de Villeneuve et de la ville chef-lieu, où l’on craignait « que la malveillance et la rébellion ne fissent « quelque tentative criminelle, surtout à la faveur des « nombreuses réunions qui s’y feraient dans les foires « et marchés publics. »
Le Conseil général, nanti de tous les renseignements utiles, clôturait la conférence et entrait en délibération. « Voulant prendre toutes les précautions que l’état des « choses lui commandait pour arrêter les complots et « les manœuvres des séditieux et des rebelles », il décidait d'adopter les dispositions suivantes :
Article premier. — « Une force armée, composée de « gendarmerie royale, en tel nombre d'hommes qui sera « déterminé par M. le préfet, se rendra à Villeneuve pour « y être employée, conformément aux ordres qui lui se- « ront légalement donnés.
Art. 2. — « Chacun des gendarmes composant le déta- « chement qui sera formé, recevra, sur les fonds du dé- « partement, la haute paie d'usage durant le service « extraordinaire auquel il est assujetti par le présent « arrêté.
Art.3. — «M. Menoire, membre du Conseil général, est