‹ La Loi de Tréveneuc et ses PrécédentsChapitre 45 sur 55 · DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L'HÉRAULT · texte numérisé non relu

DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L'HÉRAULT

(Archives départementales de l'Hérault. — N1).

Séance du 18 juillet 1815.

Le Conseil général s’étant réuni sous la présidence de M. de Grasset, le président a dit :

Messieurs,

Au premier instant où la contrainte et la violence cessent, nous nous réunissons pour reprendre les fonctions que Sa Majesté Louis XVIII nous a confiées. Le drapeau blanc est replacé dans tout le département de l'Hérault et nous pouvons librement émettre nos vœux et consigner dans nos registres le récit des faits qui amenèrent la cessation de notre permanence, le 2 avril dernier.

Vous vous rappellerez, Messieurs, que, dès le matin à 8 heures, le Conseil étant assemblé, la Commission de

police dont j'étais membre, fut appelée auprès du préfet et des généraux Ambert et Aymard ; que là, il nous fut donné connaissance d’un ordre de Son Altesse Royale, Monseigneur le duc d'Angoulême, qui enjoignait de donner des congés à tous les militaires qui ne voudraient pas promettre de servir fidèlement le Roi ; que les généraux nous témoignèrent que l’exécution de cet ordre allait irriter les soldats et produire des insurrections, ce qui deviendrait un principe de guerre civile ; mais qu’ils ne pouvaient, quant à eux, suspendre cette exécution sans se compromettre et qu'ils invitaient le Conseil à délibérer sur les mesures à prendre dans cette pénible circonstance ; que la Commission, ayant communiqué au Conseil ce qu'ils avaient appris des généraux Ambert et Aymard. et l’embarras réel ou feint dans lequel ils paraissaient se trouver, le Conseil se décida à entendre la mairie avant de prendre aucune détermination ; mais que la Commission étant remontée auprès des généraux pour leur en faire part, ceux-ci changèrent absolument d’avis et communiquèrent les derniers numéros du Moniteur qu'ils venaient de recevoir par la voie du préfet de l'Aveyron avec les bulletins numéro 1, 2, 3 et 4, en manifestant leur résolution d’obéir et d'employer la violence du pouvoir militaire, pour forcer le Conseil et la ville de Montpellier à la même obéissance ; que la Commission, après avoir employé sans succès tous ses moyens pour changer cette funeste résolution, revint auprès du Conseil et que là on examina quels pourratent être les moyens de résistance à opposer à la force militaire ; qu’il fût reconnu pour constant : d’une part, que 99-000 eartouches avaient été distribuées à plus de £.500 soldats, tous animés du plus mauvais esprit, indépendamment de 300 canonniers qui étaient maîtres de la citadelle qui commande la ville, de deux escadrons de cavalerie placés à Lunel, et d’un régrment d'infanterie

à Pézenas, d’où les généraux les faisaient approcher vers la ville ; et que, d’autre part, M. le maire de Montpellier ne pouvait disposer que d’environ 800 hommes composant la garde urbaine, tous animés des sentiments les plus purs et les plus énergiques, mais non accoutumés aux exercices militaires et sans munitions, hors d’état, par conséquent, de résister à une force armée supérieure en nombre et aguerrie ; que, dans cet état de perplexité, le Conseil était disposé à attendre que la violence fût exercée pour le chasser du lieu de ses séances, mais que la crainte de voir répandre sans espoir de succès, le sang des bons citoyens qui se seraient dévoués à sa défense avait déterminé à prendre le parti de la retraite, lorsque les généraux Ambert et Aymard, ayant rappelé la Commission, exigèrent qu’il fût dressé une délibération qui déclarât que le Conseil se séparait, et que le Conseil à qui la Commission fut forcée de rapporter cette injonction absolue des généraux se vit forcé luimême de cesser sa permanence, en consignant dans ses registres, une simple déclaration portant que, sur l’envoi fait par le pouvoir militaire des bulletins n° 1 2 3 et 4, il cessait sa permanence, pour éviter à la ville les malheurs irréparables d’être livrée à une soldatesque qui avait manifesté en plusieurs occasions des intentions d’exaction et de pillage que les généraux n’avaient pas réprimées. rt Que, dès le lendemain la ville de Montpellier fut mise en état de siège, et que les proclamations furent faites par le pouvoir militaire sans qu'aucune autorité civile y prit la moindre part ; que, d’après ces faits, dont l’exactitude est notoire, le général Ambert n’eût pas dû se permettre dans son ordre du jour du 3 avril, d’énoncer que la légalité des actes du Gouvernement usurpateur avait été reconnue par le Conseil, mais que la dispersion des membres de ce Conseil et les violences auxquelles

chacun d’eux était exposé, ne permirent point alors de protester publiquement contre les assertions mensongères et injurieuses du général Ambert ; mais que la liberté étant enfin rendue au Conseil, il convient de consigner dans ses registres ces faits et cette protestation (1).

(1) C’est ce qui eut lieu sur le champ, l’exposé ayant été reconnu exact dans tous ses points.

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