AVANT-PROPOS
Le 22 thermidor, douze jours après le supplice de Robespierre, un député obscur, Gérard, ipubliaiiun Réveil répuilicain sur rinstruction publique. Il veut qu'à partir du 10 vendémiaire an III la Convention consacre trois jours par décade à l'organisation de l'instruction. Lakanal, qui est accouru de Bergerac, vient à son tour, comme tant d'autres, insulter ce même Comité de salut public qu'il servait naguère de tout son zèle sur les bords de la Garonne. « Il y a quelques mois, s'écriet-il dans son Sapport sur les écoles norma- » les (2 brumaire an III), des hommes qui » avaient leurs motifs pour vouloir tout » couvrir de ténèbres étaient prêts à trai-
G. .POUtHET.
» ter de crimijrôlS^eux qui avaient parlé » d'instrucli.OB, et de lumière. » Où sait aujourd'hiji..]combien étaient injustes ce s griefs d'uQè'-i'éaction farouche. Lakanal, moips qWtout autre, aurait dû tenir un pareft-langage, si peu conforme àl'attitui^rqxh^ prendra par la suite. Il était .•IbîÉC^e Paris, il est vrai, cependant il ne "•d'ôvait pas ignorer que ces hommes qu'il . ''^^Viîétrit avaient « vaincu par la science, » ••/ comme s'en feront gloire plus tard leurs rares survivants, qu'ils avaient créé l'aérostation militaire, installé la machine télégraphique, fondé les ateliers de Meudon avec Monge pour directeur, enfin signé des arrêtés destinés à doubler l'importance du Muséum d'histoire naturelle. Lakanal ne pouvait ignorer tout cela.
Il est bien certain que le temps manqua au régime qui s'était appelé lui-même — il ne faut pas l'oublier — celui de la Terreur, pour organiser les différents degrés d'instruction ; mais on ne saurait méconnaître l'efifurt considérable qui fut fait dans ce sens, la place qu'on sut donner à l'instruction publique aux jours où l'existence même de la France était le plus menacée, enfin le rôle prépondérant que joua de ce côté comme en tout le Co-
mité de salut public, le grand Comité qui sauva la patrie et qui attend encore de la reconnaissance nationale un monument mesuré à sa taille.
D'intéressantes études ont été récemment publiées sur l'enseignement public pendant la Révolution, plutôt qu'une histoire véritable de celui-ci, pour laquelle les documents n'ont pas encore été réunis. Une commission avait été instituée naguère, précisément pour dresser l'inventaire de toutes les pièces, de tous les actes relatifs aux transformations et au développement de l'instruction publique pendant eette période de notre histoire.
Nul doute que de nouvelles lumières ne jaillissent d'un pareil travail. Pour notre part, nous n'avons voulu toucher ici qu'un point et très restreint : l'histoire de la loi du 29 frimaire sur le premier degré d'instruction, les circonstances qui la firent décréter, l'accueil qu'elle reçut de la France entière. Nous avions en mains un certain nombre de pièces, de notes sur cette époque: nous les avons simplement groupées sans idées de parti, sans en omettre une seule , même celles qui portent la marque d'un certain ridicule, accident sans importance dans un temps où tous les cœurs furent si haut. Sans doute
lu (i. IC'ÏCIIMT.
c/c&t là riiistoirc vue par ses tout petits c< )lés ; mais eux seuls, bien connus, periiiettcut ciiâiuite les vues d'ensemble exactes. La science des corps sociaux doit procéder comme celle des êtres vivants, par monographies, por reclierchesde détail à Taide desquelles se fait eosuitc lentement la science porfilive des peuples et des gouvernemcntj^ passer^.
La loi du 20 frimaire, comme tant d'institutions de cette époque n'eût qu'une durée très éphémère. C'e^td'elle toutefois que date Tintroduction définitive dans la langue oniciclle des noms (ï Ecole i^H^ maire, (ÏI?isiUuteurs, Ol Institutrices. Cela suffit à lui assurer une place à part dans Thistoire de notre enseignement public. Mais de plus, elle a été, comme on le verra, un véritable événement par l'attente du pays entier qui la réclamait, par le mouvement d'opinion c jnsidérable qu'elle a provoqué jusqu'au fond des départements. Unauteurrécent (l ) attribue cette vogue indiscutable qui accueillit la loi ou plutôt les deux lois du 29 frimaire, à une sorte d'esprit de réaction qui se serait alors manifesté enfaveur de l'ancien culte et de l'ancien personnel
{\)VL. ÊL\hQt\,'D\iv\\y,V Instruction puUique et la Révotution, Iq-8°, Paris, 1882.
ecclésiastique chargé presque partout de reuseiguement avant 89, et que des dispositions législatives antérieures avaient formellement exclu de Técole. A coup sûr cette opinion est faite pour étonner.
Découvrir en frimaire un symptôme de réaction, un temps d'arrêt dans la marche de l'esprit révolutionnaire, était un paradoxe assez nouveau pour mériter d'être appuyé de preuves nombreuses et décisives. Celles que nous apportons témoignent justement d'une tendance contraire dans l'opinion de la France.
IJ a. iH)i(:iiK.T.
iIIAPlTRE 1"
LA C'>NVBNriON ADOITB ET REJETTE SUCCESS>Vfi- MHNT DII'FKIUÎN'TS PROJETS.— OIUOINB BT BS • PRIT DES LOIS DU 2^ FRlMAlllE.
L'historique des dise issions sur Teoseignement au seiu de la Convention a été tracé de main de maître par M. J.Guillaume dans X^DicUoiviairejMagogiqxie [kxl.
Convention). C'est un travail fait dans le meilleur esprit scientiflque, et on ne saurait le trop louer. L'auteur s'abstient de dissertations recommencées tant de fois, auxquelles cependant l'histoire de la Révolution semble se prêter moins que toute autre. Il s'astreint à un exposé rigoureusement chronologique des événements,le seu 1 possible pour une époque où les influences gouvernementales s'usaient si vite, où la grande Assemblée,dansrimpétueux courant des circonstances, se déjugeait souvent à quelques jours d'intervale, où l'on vit des députés, comme fera Léonard Bourdon, venir demander les premiers l'abrogation de lois votées quelques semaines auparavant sur leur proposition.
Les questions d'enseignement étaient
arrivées mûres— du moins il le semblait — devant la Convention. Elles avaient été longuement étudiées dans les Assemblées précédentes : les rapports fameux de Talleyrand et de Condor cet étaient dans toutes les mains. La nécessité de livres élémentaires nouveaux avait été reconnue, l'utilité pédagogique des fêtes nationale s ( 1 ) hautement proclamée. Il semble que le nouveau Comité d'instruction publique, reprenant l'œuvre de celui qui l'avait précédé, n'ait plus qu'à proposer des décrets.
Et, de fait, dès les premiers jours, nous le voyons entrer en scène ; mais il manque d'énergie — il en manqua toujours — et surtout de décision en un temps où il en fallait beaucoup, où tout se faisait révolutionnairement , c'est-à-dire dans le langage de l'époque, par les voies expéditives.
Le Comité d'instruction publique formé, pour une grande partie, de députés de la Plaine, se perd donc en dissertations superflues, auxquelles Marat est un jour obligé de couper court brutalement. Dans les questions d'enseignement comme en tout, chaque fois que nous avons à marquer un pas en avant, c'est le Comité de salut public qui le fait et qui donne l'imp ulsion.
(1) Voy. 1792, Rabaud Saini-Etienne.
14 G. l'OrCIIKT.
Le 30 mai, sur un rapport présenté par Barère, la Convention rend un laconiqpie décret établissant une Jl'cole primaire iamB tout lieu ayant pIusde4(H» habitants, avec un instituteur ; cela, en attendant la discussion approfondie des projets du Comité d'instruction. Celte dénomination a d*école primaire » semble avoir été proposée pour la première l'ois par la Commune de Paris dès le commencement de 92 (1).
Elle est donc adoptée par le Comité de salut public ; mais le Comité d'instruction n'en veut pas et la fera même aban* f/t donnée pour un temps.
Le 26 juin (1793; le Comité d'instruction est prêt, il fait présenter par Lakanal un Projet d éducation du peuple français (2) qui est froidement accueilli. La Convention, ainsi qu'elle faisait toujours, en ordonne l'impression ; mais elle ajourne la discussion au lundi suivant. Dans ce projet comme dans tous ceux qui avaient précédé et dans tous ceux qui suivront, une place im portante était donnée à l'institution des fêtes nationales. Quand To-
(1) Voyez Rapport sur la pétition du département de Paris pour rétablissement des écoles primaires, au nom du Comité d'instruction, psir Pa£toret, 24 fév. 1792.
(2) Voyez Moniteur, 8 juillet.
rateur, faisant la longue énumération de celle-ci, était arrivé à la « Fête des animaux compagnons de Thomme, » on avait murmuré sur les bancs et crié au matérialisme. Aux Jacobins, le dimanche suivant (1), c'est une accusation d'un autre genre : on traite le malencontreux proj et « d'aristocratique. » Le chimiste Hassenfratz, dans une sortie violente, y montre la main du « prêtre Siéyès » (2), dont le Journal d'instruction sociale semblait au reste, en ce moment même, l'organe du Comité d'instruction et avait tenu le public au courant de ses travaux (3).
Le projetapporté par Lakanal substituait le nom d'écoles nationales à celui d'écoles primaires. Jusque dans les mots,les plu s petites choses, les deux comités, qui représentent deux politiques, sont en opposition.
La discussion, ajournéecomme on l'a vu au lundi 1°"^ juillet, n'eut pas lieu. C'était le lendemain de la scène aux Jacobins :
le projet était condamné d'avance. Mais la Convention fait plus : elle substitue à son comité, qui lui semble impuissant
(1) Voyez Lakanal à ses collègues fConv, nat.) • « Dans une société célèbre », dit Lakanal.
(2)Voyez Guillaume, dLTt.Convention du Dict.péd, (3) Numéros 3, 4, 5 et 6. Voyez Conv, nat.i Lakanal à ses collègues.
JO (i. l'OlCIIET.
pourccttc œuvre de l'éducation nationale, une commission de six membres. Robespierre en est. Le l'.> juillet, il présente, au nom de cette commission, un projet élaboré p.ir Lepclletier de Saint- Fargeau et dont son frère l'élix avait révélé l'existence dans les discours prononcés, au Panthéon devant le cadavre de cette première victime de la liberté. D'après ce plan célèbre, tous les enfants devaient être élevés dans des sortes d'internats que Léonard BourJon, partisan des mêmes idées, propose d'appeler maisons d'éga^ lité. La discussion, qui dure six jours (\) est des plus confuses. De guerre lasse, semble-t-il, on finit par adopter une proposition de Danton, qui ne s'écarte pas beaucoup du plan Lepelletier et des vues de L. Bourdon : on décide que l'éducation sera commune, qu'il y aura des établissements où les enfants seront instruits, nourris et logés gratuitement, et des classes où les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux pourront les envoyer s'instruire (13 août).
Chose curieuse, fréquente d'ailleurs à la Convention, la discussion, de tournure tout académique, avait surtout porté sur
(1) 13, 23, 29, 30 juillet, !•', 10 août.
la distinction entre l'éducation et riustruction. On n'avait rien fondé de pratique.
Aussi dès le lendemain, l'auteur anonyme d'une Zeitre adressée à un mem ire de la Convention [\) ^^OMYt que l'application de la loi qu'on vient de voter est parfaitement impossible et coûterait plus de 700 millions. Ne nous étonnons pas de la voir bientôt rapportée (3° jour du l^'^mois, 24 septembre).
Le septembre , sur la motion de Barère, la Terreur avait été mise à l'ordre du jour. Le 15, la commission des six, abandonnant le plan Lepelletier reconnu impraticable, et désireuse peut-être de se retremper aux sources vives de la popularité, s'entend avec l'Hôtel de Ville pour une grande manifestation. Le président du département de Paris, Dufouroy, se présente à la barre de l'Assemblée. Il vient, au nom a du département de Paris, des districts ruraux de la Commune, des sections et des sociétés populaires y réunies, » déposer une pétition tendant à établir trois degrés d'instruction (2) :
(1) 14 août.
(2) Pétition présentée à la Convention par te Département, etc. Le texte ne permet aucua doute sur Tentente avec la commission des six et peut-être avec Monge. Mais MoDge était lui-mô-
i^ (i. rnrciiKT.
« Le premier, pour les connaissances indispensables aux artistes (1) et aux ouvriers de tous les î^^enrcs ;
» Le second, pour les connaissances ultérieures nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions ;
» Le troisième, pour lesobjetsd'inslruclion dont l'étudedifficilen'est pas à la portée de tous les hommes. »
('ertes, on ne saurait définir en termes meilleurs ni plus ncltemeut le lOle des trois degrés d'in^lr action, cependant nous sommes toujours dans les vues d'ensemble et les plauî^ généraux, sans aboutir à rien do pratique.
Les origines de îapétitionlaissent assez deviner l'accueil empressé quiTattendait.
Sur l'heure, Jeanbon Saint-André la convertit en motion (2). Mais cette fois en-
me des Jacobias et un des auxUiaircs les plus zélés du Comité du salut pub'ic où rappelaient presque jourûtliemeat les affaires de la guerre.
(1) Dans Fancienne sigoiflcation du mot.
(2) Portiez (Sur les discours de Fourcroy, BoU' quier et Thibaudeau, 2 niv. an II) dit que ce fat Lakanal ; mais cela est peu probable. Jeanbon Saint-André, qui fait partie du Comité de salut public, est beaucoup plus Thomme indiqué.
D'ailleurs, on remarque dans ce Discours^ bien postérieur, de Portiez d'autres iuexactitudes. C'est ainsi qu'il fait remonter à un mois seule-
•"^ JUIJDI^^^^^
core, Tenthousiasme n'est pas de loDgue durée. Nous assistons à un second avortement. Quand lestêtessontmoios échauffées, le lendemain, Goupédel'Oisen'apas de mal à démontrer qu'on est allé trop vite, qu'on a posé des principes et rien organisé. Le décret voté d'enthousiasme la veille est rapporté (16 septembre.) La Convention se borne à renforcer sa commission des six parl'adjonclion de trois membres nouveaux : Guyton-Morveau, M.-E.
Petit et Romme.
Le 29° jour du l®"^ mois (20 octobre^, les 5,7 et 9 brumaire, Romme, parlantau nom de la nouvelle commission des neuf, mais exposant plutôf, ce semble, ses propres idées etcelles du Comité d'instruction, fait adopter une série de décrets sur l'organisation et la distribution àespremières écoles. Au cours des débats, LéonardBourdon était monté lui-même à la tribune, pour demander le rappel du décret du 13 août, qui se retrouvait en vigueur, puisque la Convention était revenue le IG septembre sur sa délibération du 15, se déjugeant une fois de plus. La motion de L. Bourdon est
ment la pétition de Dafourny. qui datait alors deprèf^ de quatre mois (14 septembro-2 nivôse). Il se trompe encorô en disant que la pétition fat défendue deux jours de suite par Fourcroy.
iO (J. POUCHKT.
la condamnation sans remise du plan Lepelletier. Nous en avons fini avec le rêve de réducation commune et des maisons d'égalité.
Les décrets qui viennent d'être adoptés, et qui forment ce qu'on appelle la législation de brumaire, ne vivront pas deux mois, mais ils maniucnt un progrès :
avec cette législation nous entrons dans le domaine des choses possibles ; elle édicté un certain nombre de mesures pédagogiques des plus intéressantes (1) ; en outre,
(1) Art. 3 —Ils (les enfant?), apprennent k parler, lire, écrire la langac française... On leur donne les premières notions des objets naturels qui les environnent, et de Faction naturelle des éléments. Ils s'exercent à Tusage des nombre?, du compas, du niveau, des poids et mesures, du levier, de la poulie et de la mesure du temps. On les rend souvent témoins des travaux champêtres et de ceux des ateliers ; ils y prennent part autant que lecr âge le permet. (Décret du 30 vendémiaire.)— Et dans le décret additionnel du 5 brumaire : Art. 2. Le Comité d'instruction publiq'ie est chargé de faire une instruction simple et courte, pour diriger les pères et mères de famille dans les premiers soins à donner aux enfants depuis leur naissance jusqu'à leur entrée dans les écoles. Art. 3. Pour acquérir do ragilité, de l'adresse et de la force, les enfants se livrent aux exercices analogues à leur âge, et parUcuUèrement aux marches, aux exercices militaires et à la natation, autant que les localités le permettent. Art. 5. Les filles s'occupent
' • ' ''" '*." ^V TY'VsL'vy V'
elle exclui nsttasieaat dft réecCe >?(C«r4e' Tant sob>s. eodéféistsqoHi^^ xaeKJbric:* de? co:*^7ég3li j^?, €:t Tas^pi'asz asi«KX'iiei maîtresses vs^^-M tfjizssJ:0A ya^m w^
cauîes deré<rL« de* iét?*^* i*; ifUBUiîw.
Ce-t alors iai.*U</>i;Tei!>.c sufeitt 'j'/;' tant STîppotçr iii: i:iv::-^*r2i*;x:^ -i*: fh».^:^/^.
t rmps le s^îvr2i*:riîL!:L> ^*:iï t.Ky<:!^.*::t^*:iJit. yons T^TT^jZ^^, l^lzJi L^Axx ^r^. ^'^.^ ^^ri-teur T arri7îfi*:Lt 1*:* d^-v/*? ', : ^^r^y , ceux de braî»J5t:fe t*/ î;**;;,* ;//;;,♦ ;;r.w rés et LO^JS exî ajrjro::* ia p/x^r^J r*; ,;;;4?i* ;J *rtt fort douteux quih>/>iett >/r**;>,;/^.*y<P' nus aux coaimute* fr^s^r rv> 'k.'^.'.u^u-x»
trative, d*au-a*it p!îj< ^|ue r/>vi;^it 'i^j *rî/ jours après la Cox;re;;t>>'V va r^-^Kt^ïr ^^^
la mêrae ^'2a';^t^oa ^'i* !*?« j?*'V/?» t'/-*^vt '^«^ leur fexe te r/jixiyr*M. U'^^t k\^*?%%'ki*'/*^'U*- V v# paiticnJiererïittit a iatJ*V;/<:, >/ > v/v^v*< <''t*vjt
Art. C L'«ï€*îîfO«ic<?iut j;*>i/^>; ^*t^*<V/v*, ^//l^^ de manière qa'uu d« «^ ;^itx>tf< i/;v^t#^»/t tM*,
temps ia i'<sng«ie i^m^^hf*-. ^ V/*M« i4« u^fiU^ de la Répiibliî|oe«
(1) Décret da 7 ^mmaif^f an. r>^ <H ;('>^.
22 O. rOUCHKT.
core une fois sur ses Totes. En réalité, ce fut un troisième aTortemeDt. Il ne faut pas même chercher la cause de cette défaveur subite dans certaiaes défectuosités de la loi, telles que son mécanisme prodigieusement compliqué de nomination et de surv»^illance des instituteurs (1) ; elle est toni entière dans le peu de crédit sur l'assemblée de ceux dont les décrets de brumaire reflétaient Tesprit. La commission des neuf, depuîsTéchec du projet Lepelletieret parsuite Téloignement de Robespierre, était demeurée sans autorité, composée principalement de membres du Comité d'instruction qui n'eut jamais aucune influence. Il n'y avait qu'un gouvernement écouté, obéi avec passion dans ce grand corps palpitant de la France :
c'était le Comité de salut public. Nous allons le voir entrer en scène, et tout va marcher d'autre sorte.
Comment Romme se fit-il lui-même
(l) L'instituteur est élu par les pères de famUle sur une liste dressée par une commissiod de cinq membres choisis par le directoire du discritsur des listes de cinq membres adressées par chaque conseil communal (décret du 7 brumaire, art. 1-5.) La même commis?ion de cinq membres nomme un magistrat des mœurs qui rendra compte de l'état de l'onsejgoement à la commission d'éiucationà créer, (/6jdî.art.3et4.)
rinstrument de suicide de la commission des neuf et du Comité d'instruction?
C'est un point fort obscur. Toujours est-il que six jours ne sont pas écoulés depuis l'adoption des décrets sur l'organisation et ladistril)ution des premièies écoles , que nous voyons Romme luimême monter à la tribune (19 brumaire) ; il propose à la Convention d'ordonner que son Comité de salut public désignera six membres chargés de reviser ces mêmes décrets. Etait-ce un acte de soumission au tout-puissant Comité ? Ou bien le Comité d'instruction voulait-il, en se plaçant ainsi sous le patro nage du véritable gouvernement, regagner en force réelle ce qu'il perdait en indépendanceapparente?Nous ne savons.
Il faudrait, pour juger de cela, mieux connaître la vie intérieure de la Convention, vie trop intense pour qu'on ait pu suivre ses mouvements, alors qu'on en aurait eu là volonté. Or, nous ignorons jusqu'aux noms, sauf un seul, des six membres désignés par le Comité de salut public. Il est probable, en tout cas, qu'ils se tinrent à part des travaux du Comité d'instruction: de là, le coup de théâtre du 19 frimaire.
Le Comité d'instruction n'avait point
24 (f. PorciiKT.
coutume de se hâter. Ce jour là, après tout un mois, et sentant peut-être gronder Torage, il fait présenter par Romme une sorte de codification nouvelle des décrets de brumaire. C'est alors qu'un des six membres de la commission dont on n'avait plus entendu parler, le seul dontle nom soit connu (l),Bouquier, arrive avec un autre projet beaucoup plus concis, en somme fort incomplet, mais qui reflète sans doute l'opinion du grand Comitéé La Convention donne la priorité au plan de Bouquier : après une discussion de plusieurs joirsoùThibaudeauet Fourcroy prennent la parole, ce plan est adopté et devient la loi fameuse du 29 frimaire.
Ce n'est pas une élude de la loi ellemême que nous voulons faire ici ; nous n'en rappellerons que les dispositions principales, dont plus d'une était d'ailleurs empruntée à ces nombreux projets successivement adoptés puis abandonnés par la Convention. La loi ne vise d' a illoupo que le premier degré d'instruction et revient à la iénommdiiioni' écoles primaires. Pour "le reste, la Convention se charge de faire les livres élémentaires (sect. III, art. V) ; renseignement est libre (sect. P% art. l®"^);
(l)Voyez Guillaume, Dict. pédagogique^ article Convention,
hk LOI DU 29 FRIMAIRE. 25
toute personne désirant enseigner devra en faire la déclaration à la municipalité (sect. P®, art. 3) ; l'instituteur est payéàraison de 20 fr. par élève, l'institutrice 15 fr. Les communes éloignées de plus d'une demie-lieue du domicile de l'instituteur le plus voisin, et dans lesquelles, par défaut de population, il ne s'en établirait pas, pourront, après avis du directoire du district, en choisir un, il sera payé 500 fr; (sect. III, art. 4) ; l'instituteur et l'institutrice ne peuvent avoir d'élèves en pension ni donner aucune leçon particulière (sect. III, art. 10); lafréquentation de l'école est obligatoire (sect. Ill, art 9); les enfants ne pourront être envoyés à l'école avant six ans ; ils devront y être envoyés avant huit ans ; ils devront y rester trois ans.
Une seule de ces dispositions doit nous arrêter^. Les décrets de frimaire différent en un point, qu'on a regardé comme essentiel, de la législation de brumaire : ils n'excluent pas explicitement le prêtre de l'école ; de là serait venue dit-on la faveur avec laquelle ils furent accueillis. Nous verrons plus loin ce qu'il en faut penser.
On ne prétendra pas, en tout cas,queBouquier ait voulu se conformer au sentiment populaire. Son projet peu mûri a dû naturellement garder l'empreinte de l'état
26 o. roucHET.
d'esprit de TAssemblée au moment où il fût présenté. Très-certainement elle commençait à se montrer lasse des mascarades religieuses dont Danton avait demandé la un (G frimaire). Mais ces manifestations n'avaient pas lieu seulement à Paris, elles continuaient en province. On brûlait les reliques; les prêtres et les évêques continuaient d'envoyer leurs lettres de prêtrise ; les églises étaient, comme àParis, fermécsdansun grand nombre de départements ou dédiées à la Raison, ou transformées en ateliers, en maga8ins et en salles de séance pour les sociétés populaires (1). De fait, le culte catholique en tant qu'institution publique avait disparu, et le clergé en tant que corps constitué ne semblait plus à craindre. On en était à redouter Texcès opposé, Tathéisme.
Danton et Robespierre aux Jacobin?, à la Convention, commencent à iasinuer le culte de TËtre suprême, tout en flétrissant l'ancienne superstition et sans cesser de tenir l'ancien personnel ecclésiastique en défiance. Aumomentmemeoù l'on discute le projet de Bouquier, Robespierre, aux Jacobins, fait décider que les prêtres se-
(1) Voy. séance duGonseU général de Paris du 6 frimaire ; séances delaConventioa des 10, 14, 20, 24 frimaire et Moniteur du 23 frimaire.
JL^ JL JUf JLX. -^ jvji.'*.
ront rayés du tableau de la société (22 frimaire) ; à la Convention, le député Granet fait voter le rappel de tous les prôtres membres del'Assemblée, qui sont en commission, et peu s'en fautqu'on étende celte mesure aux ministres de tous les cultes.
On l'eût fait, si quelqu'un n'eût rappelé qu'en ce moment même le pasteur Jeanbon Saint- André organisait à Brest les flottes de la République.
Toutefois ces manifestations, nées de simples incidents, n'ont pas une grande importance. En réalité, les esprits étaient beaucoup plus calmes à l'endroit de Tancien culte qu'en brumaire ; les ardeurs anti-religieuses s'étaient uq peu éteintes, il faut le dire, faute d'aliment. Le projet de Bouquier reflète l'opinion du moment. Nous ne pensons pas, pour notre part, qu'il faille voir dans ce silence (dont on lui fait un mérite) sur un point tranché si nettement par la législation de brumaire , une combinaison politique .
L'œuvre de destruction de l'ancien culte est maintenant achevée ou du moins on peut le croire ; le clergé, les moines, les let»- religieuses sont dispersés. Une ère nouvelle a commencé. La loi que vient d'édicter la Convention regarde l'avenir, sans retour vers un passé qui n'est plus.
28 G. POUCIIET.