CHAPITRE IV
L*APPLIGàTION BBS LOIS DB FRIMAIEB DANS LBS DÂPARTBMENTS : NANTBS, STRASBOURG. — DB« GLARATIONS DB CANDIDATS AUX PLACES D*lnS« TITUTBURS, DIFFICULTÉS BT INCERTITUDES DANS LB RBCRUTBICBNT DB CBUX-CI.
Le 29 Mmaire, la Convention avait rendu, séance tenante, un second décret dont nous avons déjà parlé. Il portait entre autres choses que tous les décrets rendus à l'avenir sur Torganisation des écoles primaires seraient promulgués sans délai pour que leur exécution n'éprouvât aucun retard.
Deux mois après, le 4 ventôse, la Convention ordonne que les instituteurs et les institutrices seront en fonction le 25 germinal suivant. Malgré cette ferme volonté d'aller vite, des lenteurs devaient se produire, inévitables en un temps où il fallait parer à tant de choses , tout régler, tout renouveler. Et puis les communications ne se faisaient pas avec la facilité de nos jours. Cependant la France est prête et la grande Assemblée sera vite écoutée, obéie.
"S G. POUCHKT.
Une affiche de lamuoicipalitéde Nantes (1) D0U3 apprend comment on a procédé.
Dès le 7 ventôse, les administrateurs du département ODt délibéré sur les moyens d'exécution de la loi. Il a été constaté que jusque là les mesures priées pour répandre rinstruction étaient restées sans effet dans les campagnes. Cette fois on a voulu s'entourer de toutes les précautions pour qu*il n*en soit pas de même. L'administration du département a pourvu sur-le-champ k la réimpression et à renvoi des d^rets aux administrateurs des districts (2) qui sans doute n'auront pas manqué de les faire passer aux communes ; il a été décidé, en outre, que les administrateurs de district devront, toutes les deux décades, informer le département des progrès de l'organisation des écoles primaires, et enfin qu'on affichera les diverses mesures arrêtées par le département. C'est l'origine du placard où nous puisons ces renseignements.
A Strasbourg, le corps municipal fait imprimer de même, pour la répandre dans le public, sa délibération en date du
Cl) A.rch. nat. F 17, 1007.
(2) Ailleurs les décrets semblent arriver tout imprimés de Paris jusqu*aux districts : voy. cidessous, p. 71 .
Lk LOI DU 29 FBIMAIBE.
22Yent08e, concernant l'exécution du dé* cret du 29 frimaire ( 1 ). Il a décidé que cette délibération, avec les articles les plus im portants de la loi, seraient publiés en français et en allemand ; mais il est bien spécifié (paragraphe 7), que dans les écoles du premier degré d'instruction on n'ensei^ gnera à lire et à écrire que la langue française. Le citoyen Grandmougin, ofGcier municipal,est désigné pour prendre,de concert avec l'administration des établissements publics, toutes les mesures nécessaires à la prompte organisation des premières écoles.
Mais dans d'autres départements on cht fort en retard: dans la Somme, par exemple, dont les administrateurs commencent le 19 germinal seulement à se préoccuper de Texécution de la loi, en s'appuyant de considérants qui ne donnent pas pliiH que leur diligence, une très hante idéo de ce corps constitué : « L'adiiiininlra- » tion^ considérant que les dispoMltlonN » de la loi du 29 frimaire sur Torganifia- » tion de l'instruction publique sont lollrii » que leur exécution fera régner dans la » morale et la doctrine des dtoycnH nno
(1) Délibération du corps municipal 4$ la ruNmun$ de Strasbourg. 4 pages ohei Uaniibaoh, imprimeur de la munioipalilé.
» unité qui fera disparaître cette croyaooa » exagérée et chimérique, enfantée par » Terreur et le fanatisme qui, soua le spé- » cieux parétexte de religion» ont cauaé V tant de fréquentes secousses à rétablis* » sèment de la République ; — qu'il est » temps de faire cesser ces divers modea » d'instruction qui n'ont servi jusqu'à.
» présent qu'à alimenter le fol orgueU et » la forfanterie d'un certain nombre d'in- » dividus entichés de leur naissance pré- » tendue distinguée, comme s'ils eussent » reçu le jour d'une manière difTérente » des autres hommes, et comme si la na* » ture leur eût dispensé des dons réservés » pour eux seuls ; — considérant que ^ toute espèce de disparité dans l'instruc- » tionpubUqueetdansl'enaeignementdela » morale est incompatible avecle règne de » l'égalité ; — que c'est d'après ces princi- » pes qu'ont été rendus lea décrets du 29 » frimaire etdul 4 ventôscdernier..»etcu»(l) On aurait une bien fausse idée de Tadministration publique de Tan II si on la jugeait, comme font certain esprits chagrins^ sur des cas spéciaux soigneusement triés. Le pathos iaepte des adminis-
(1) Registre des délibéraiicms des admuûstrateurs^ du département da la Somme, 17 gexminai.
trateuni de la Somme est précisément une exception curieuse, et c*est à ce titre que noiifl le donnons.
Aux termes de la loi de frimaire, les municipalités restaient seules juges de la capadtédes postulants auxfonctionsdlnstituteur. Tout citoyen désirant enseigner était simplement tenu de déclarer à la municipalité ou section de la commune, qu*il était dans Tintention d*ouTrir une école.
Le corps municipal de Strasbourg, dans la délibération que nous avons citée, annonçait de plus que des commissaires s'assureraient des talents des can didats et qu*il y aurait des visites périodiques dans les écoles. Les registres de la petite ville de GourseuUe, en Normandie, nous apprennent les termes de ces déclarations exigées par la loi de tous ceux qui voulaient devenir instituteurs.
Le 2 germinal, la municipalité avait décidé de porter par affiches à la connaissance des paroisses circonvoisines, qu'un registre demeurait ouvertàla maison commune de GourseuUe pour l'inscription des instituteurs et institutrices et des noms des enfants, conformément aux décrets.
Voici deux déclarations de postulants aux places d'instituteurs ; elles nous font connaître en même temps le programme de
l'enseignement donné alorsdansune école du premier degré.
a Je soussigné déclare à la municipa- » lité de Courseulle que mon intention est » de me faire instaler (sic) en qualité d'ins- » tituteur dans laditte (sic) commune et » enseigner les déclarations suivantes, » savoir : à lire, écrire, l'arithmétique en » son entier, ce consistant aux quatre pre- » mières et principales règles, adition (siô) y> soustraction, multiplication et division, » calcul fractionnaire, règle de trois di- » recte et inverse, simple et double, règle » de compagnie, règle d*alliage, règle » d*arpentage, de toisage, règle de fausse » position et toutes autres. En la maison » commune de Courseulle, 2« année ré- » publicaine.
» MUTTET. »
» Aujourd'hui 15 germinal de l'an II de » la République une et indivisible s'est » présenté le citoyen Michel de la Croix, » âgé de cinquante- neuf ans, lequel sui- » vant la disposition de la loi du 25 plu- » viôse [sic) sur l'organisation de Tinstruc- » tion publique, a déclaré que son in- » tention est d'être instituteur du pre- » mier degré d'instruction publique, aux » termes de la loi du 4 ventôse; ce pour-
» quoi a fait sa soumission et a tigtxé sur le » registre, à charge par luid*enseigDcr ses 1 élèves, de les former de bonnes mœurs » répubUcaines.