‹ La loi du cœur comedie en trois actes, en proseChapitre 12 sur 77 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

C’est à Beauval, oui.

JULIE

Vous vous vêtiez fixé?... je le conçois; c’est charmant! Je n’oublierai jamais les délicieuses semaines que j’y ai passées, il y a quatre ans. Comme vous et elle en faisiez bien les honneurs ! Je vois encore sa jolie chambre bleue, où elle voulait que je vinsse l’embrasser tous les matins, égayer, disait-elle, son réveil... et où vous avez, sans doute, reçu son dernier adieu ?

MORIN

Non... elle n’habitait plus là. — Mais, pardon, vous étiez occupée quand je suis entré ?

JULIE

Du tout.

MORIN

Ne vous dérangez pas, au moins !

Par exemple !

MORIN

J’avais fait demander votre grand’mère, en l’absence de Richaud, et l’on m’a indiscrètement introduit...

JULIE

Indiscrètement! Pensez-vous donc qu’ils soient les seuls à vous aimer ici ? Ah ! vous auriez bien tort, car Horace et moi avons souvent parlé de vous depuis ce malheur, nous reportant avec une tendre émotion à cette époque des vacances où Beauval nous réunissait...

MORIN

Oui, tout alors était joie et succès!... Depuis, les revers sont venus.

Je sais...

MORIN

Et Dieu m’a envoyé, après, de grands malheurs, pour m’apprendre sans doute qu’il fallait, sans se plaindre, supporter les petits!

• LA LOI nu CŒUR.

JULIE, h part.

Pauvre homme! comme il est changé!

MORIN

Ah ! oui, c’était le bon temps... pour moi du moins; car, pour vous, le bon temps, c’est celui-ci ! Vous êtes bien heureuse, n’estce pas? — Vous vous taisez! par ce sentiment de charité délicate qui porte le bon riche à ne pas trop étaler son faste, en passant près du pauvre ?... Mais né vous retenez pas, allez! j’ai soif de voir le bonheur, ne pouvant le goûter; et le rencontrer chez ceux que j’aime est encore ce qui me console le plus de l’avoir à jamais perdu !...

JULIE, lui serrant In main.

Il vous reste votre fils.

MORIN, tristement.

Il n’a pas besoin de moi !

Il a besoin de votre tendresse, comme vous avez besoin de la sienne !

MORIN

Richaud n’est de retour que do ce matin ?

JULIE

Oui... un retard...

MORIN

C’est ce que m’a dit le domestique : — Et le colonel ?

JULIE

...D'hier au soir; il a, dans la matinée, audience chez le ministre de la guerre. Nous espérons, entre nous, que cette audience aura quelquo résultat. Le colonel s’est très-signalé, le mois dernier, dans une assez grave expédition en Afrique, d’où il nous est même

revenu avec une belle croix de commandeur.

MORIN

Elle sera bien portée ! Je ne sache pas de nature plus noble, plus chevaleresque !

JULIE

Oh ! oui.

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