S-CÈNE V
D’O RÉMONT, RICHAUD.
U ORKMONT, venant s’asseoir en face de Richaud.
Ali çà! maintenant, à nous deux, mon ami, car il importe ici d’agir en homme !... J'ai dû éloigner ce bon Horace, parce que j’ai senti que votre âme, justement troublée, comprimait des sentiments secrets que le cœur d’un père pouvait seul recueillir, quelque digne qu’en lût, certes, le fils que vous vous êtes donné!... Eh bien, ce cœur... je vous l’apporte! Dites-Iui tout ce qui so passe dans le vôtre! — Mais, d'abord, ces événements sont-ils bien réellement ce qu’IIorace me les a présentés? La ruine est-elle aussi grande?... Vous no répondez pas?
Hein?... Oui!
Irrémédiable?...
R I C H A U I) , absorbe.
d’o RÉMONT.
RICHAUD
Oui!...
DORÉ MONT
Ah!... — Quelque opération désastreuse?... (silence et embarras da Richaud.) Quelque faillite peut-être?... Vous vous taisez? — Au fait, suis-je sot!... la question est bien là! si vous n’avez pas trouvé le remède, ce n’est pas moi qui vous le signalerai, c’est clair! La cause importe peu... c’est au résultat qu’il huit parer maintenant! Or, le résultat est un désastre, devant lequel votre résolution imposerait à Julie, à Horace,... à la famille, des conséquences inadmissibles qu’il importe de détourner de nous, non pas seulement pour vous refaire la vio qui vous est due... ce qui n’est à vos yeux, je le sais, que secondaire!... mais pour maintenir intacts au cœur des nôtres ces purs principes de dignité paternelle et de piété filiale... qu’un certain courant d’idées tend à miner dans nos mœurs, sous un masque de faux devoirs et de faux droits! ces idées, je le crains, pèsent, à cette heure, sur votre jugement,
LA LOI DU CGE U H
et j’entends, morbleu! les atteindre en vous jusqu’au vif; car la criso est pour nous sérieuse, mon cher Richaud, vu que, dans l’intime union qui nous est faite, on a besoin de se sentir vivre de la même vie, de respirer le même air? — Voyons : un homme de votre valeur a pour agir, en de telles circonstances, des raisons fortes, du moins qu’il juge telles! Eh bien, dites-Ies toutes franchement, nettement!... expliquez-moi sur quelle idée vous vous appuyez, sur quel étrange principe vous pouvez motiver votre refus... et notez que je ne dis pas sur quel sentiment... j’aurais trop d’avantages !
RICHAUD, vivement.
Mais... sur le sentiment paternel!... suis-je donc, à vos yeux, un homme avide ou avare?
D’ORÉMONT, surpris.
Richaud !
H I C II A U D , très -ému et s’oubliant.
Certes, vous avez l’âme noblo et généreuse... et vous et votre fils me faites la besogne difficile t... mais me croyez-vous à ce point étranger à tout élan qu’on me puisse attribuer un autre mobile que le plus tendre des devoirs, quand il me faut tant de courage pour m’opposer... et près de vous!... à ce qu’un fils... (il
rencontre les yeux du comte et s'arrête.)
vd’orémont.
Hein?...
RICHAUD, à part.
J’oubliais!...
d’orémont.
Mais Richaud, je ne vous comprends pas!... ces paroles indignées : avide? Comment me supposer une idée pareille... quand c’est votre refus même que je blâme? — Avare?... Vous que je sais généreux... — vous me retirez votre main?... — Mon ami, vous souffrez...
RICHAUD
Beaucoup ! - ,
d’orémont.
Mon Dieu!... y aurait-il autre chose? Je ne me suis pas arrêté,