‹ La loi du cœur comedie en trois actes, en proseChapitre 47 sur 77 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

tout à l’heure, à vous demander des détails sur cette ruine cruelle, croyant avoir mieux à faire que do vous tourmenter d’une curiosité stérile : mais je crois vous connaître, et l’émotion où je vous vois semble me signaler une douleur secrète, supérieure à celle que vous causerait un revers do fortune 1... Est-ce que la perte, dépassant vos ressources, aurait engagé plus que vos intérêts? Dans ce cas, parlez, je vous en prie... et comptez que mon dévouement...

RICHAUD, fi pitrt.

-Quelle torture!

d’orémout.

Richaud !

RICHAUD, vi veinent.

Mais non... non!... Il n’y a rien de cela! Je me hâte de reconnaître que, si l’honneur eût été engagé, mon avis, comme le vôtre, eût été d’accepter, et sans hésitation !

d’o rémont.

Cela va sans dire; mais, alors, qu'y a-t-il? car, assurément...

RICHAUD

Mon Dieu!... il y a que notre jugement n’est pas le même; qu’un peu plus jeune que moi, plus hardi, peut-être, par état, vous tenez moins de compte des soucis, des dangers de l’avenir!... Que nos façons de sentir sont les mêmes, mais nos façons d’agir différentes sur un terrain plein d’écueils... et qu’il en résulte les plus pénibles contrastes!...

d’orémont.

Pourquoi pénibles... de vous à moi? Nous sommes ici deux pères, aussi ardents l’un que l’autre à vouloir le bien de nos enfants ; un malheur arrive, la nature leur crie : Le devoir est là ; votre raison est contre , la mienne est pour ; je ne sache pas de rôles plus simples et de débat plus noble! Or, l’acte do nos enfants est pour moi, dans les conjonctures présentes, un acte moral, filial, forcé!... Dites les motifs de votre refus.

RICHAUD

Un des motifs... puisqu’il m’est imposé ici une lutte... qui, je vous le jure, n’est pas pour moi sans mérite !...

LA LOI DU CŒUR

d'orém ont.

Je le sais. — Un des motifs?...

RICHAUD

... Ut que ces dots, données par nous à nos enfants, no sont pas seulement devenues leur bien, mais la base d’une famille nouvelle dont elles sauvegardent l'avenir.

d’orém ONT.

La fortune, base do la famille?... — Pardon! base de son bienêtre, de son confort, soit! mais ceci est un intérêt de second plan, devant lequel le sentiment et le devoir ne sauraient s'arrêter.

RICHAUD

Enfin, la loi est là, qui veut...

n’o RÉMONT.

Qui veut?...

RICHAUD

Que ce qui est donné soit donné, que ce qui est acquis soit acquis!

d’orémont.

Pauvre loi! — Tenez, mon cher Richaud, le malheur est que, de nos jours, chacun s’occupe un peu trop d'elle, au lieu de l’abandonner aux mains des magistrats; et que les bons ne laissent pas fermé ce livre, écrit pour les méchants!... Cequ'ello veut? Ah! je le sais... plus que vous ne l’attendez peut-être d’un colonel do cavalerie, ayant eu, il y a près de vingt ans, une occasion douloureuse de méditer sur ces graves démêlés do nos droits et de nos sentiments!...

RICHAUD

Que voulez-vous dire ?

Elle veut... d’abord : « Des aliments aux père et mère qui sont dans le besoin. » Ces expressions me sont restées là!... et ce qu’elles ont de peu relevé dit assez à quelles espèces la loi ici s'adresse, et comme quoi c’est pour elle affaire d’ordro et de pudeur publics, où la nature et le sentiment ont été réservés!... Puis, elle veut que ce qui est acquis soit acquis? Sans doute, elle le veut... en prévoyance du mal ! Elle le veut contre le père cou-

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