AC T K TROISIÈME
HORACE, A part.
D* ORÉ MONT.
J’aurais mauvaise grâce à te dire que tu n’as pas fait ton devoir, puisque, mon premier mouvement a été de t’embrasser alors que je ne me croyais pas en cause ; mais tu as vu que l’impression de ton beau-père était loin d’ètre conforme à la nôtre! Et, en etl'et, lorsque après ton départ, resté seul avec lui, je le pressais, en toute naïveté, de mes meilleurs arguments, j’ai pu comprendre que c’était chez lui une conviction robuste, où n’entraient, je dois le reconnaître, ni l’égoïsme ni l’àpreté. Ne crois pas que ce soit là, de ma part, une concession faite au respect que tu dois lui garder : Richaud, je le dis sincèrement, est un homme probe et bon, qui marche un peu trop, peut-être, son code sous le bras, les yeux fixés sur des chiffres où il voit les droits les plus sacrés de sa fille et les plus sûrs agents de son bonheur. Son jugement en est’ peut-être moins ample, moins élevé, mais peut-être aussi est-il plus en accord avec la logique étroite et rigoureuse qui dirige les idées générales. J’avoue toutefois, et sans hésiter, que s’il eût eu, dans la crise délicate où nous sommes, la même façon déjuger et de sentir que nous, la voie indiquée par votre élan eût été à mes yeux la bonne, et que j’y serais entré sans regarder ni à droite, ni à gauche, mais seulement en face, où j’aurais vu ta pauvre mère à qui ni toi ni moi ne pouvions imposer une existence de dépendance et de privations, tant que tes mains ou les miennes la lui pouvaient faire douce et digne 1 — J’ajoute que je n’aurais reconnu ton cœur ni pour celui d’un fils, ni pour celui d’un gentilhomme, si tu n’avais pas, en outre, senti que le soin de notre indépendance était le premier qui importât à ta dignité comme à la nôtre... Tu vois que je joue avec toi cartes sur table!
HORACE
Eh bien?... (Un silence.)
d’orémont.
Mais, maintenant...
HORACE
Mais ?...
LA LOI DU COEUR. ' d’orkmont.
Tu as trop de bon sens et de fierté pour ne pas comprendre également que les convictions fort différentes de M. Richaud me placent ici dans une situation tout autre, que, pour rien au monde, ni ta mère, ni moi, ni toi-même ne devons décliner!
HORACE
Comment?
n’ORKMONT.
Calme-toi. ( s'efforçant .le sourire. ) Un dieu nous est venu en aide : lions ex machina. Edmond Debresnes se marie; il était ici il y a quelques instants; il entraîne dans son bonheur son père, lequel va goûter, au milieu des siens, un opulent repos; il quitte pour cela la haute direction de leur grande usino du département du Nord : vingt-cinq mille francs de traitemont, et une part dans les bénéfices sont les propositions quo, sur la nouvelle de mon malheur, Edmond venait, en toute hâte, me transmettre, au nom de son pore. Cette planche de salut est trop belle pour la dédaigner... surtout en une telle occurrence... C’est ce qui fait que tu m’as surpris là écrivant,
tU le Vois, au ministre. (Horace, toujours debout près de d’Oréinont, o jeté avidement les yeui sur la lettre que lui montre son père : il en parcourt quelques lignes.)
HORACE
Votre démission !
d’orémont.
Oui.
(Horace, par un mouvement involontaire, se précipite sur le papier comme pour le déchirer.)
l> OH EM ONT, l’arrêtant, avec une sévérité émue.
Horace!...
HORACE, confus.
Pardon, mon père! (Il s’éloigne doucement, traverse le théâtre, et va se jeter sur un fauteuil de gauche. P’Orémont n plié la lettre, et se lève; quand, tournant les yeux vers la gauclie, il voit son fils, la tête dans ses nmins, il s'arrête, et va à lui.)
L) OBÉMONT, s'asseyant à ses cètés.
Voyons, mon enfant, de la raison, du calme ! et no soyons pas