ACTE TROISIÈME
M O HI N , par un mouvement brusque d’indignation, lui tendant ♦ le papier pour le lui rendre.
Jamais !
RICHAUD , lui saisissant ln mnin plus fort, et le faisant asseoir près de lui sur le canapé.
Tu vois bien que tu souffres, et d’une plaie qu'un bizarre instinct m’est venu dévoiler!... Eh bien... voyons, mon cher Morin, dismoi tout... L’ami qui t’écoute est, peut-être, plus que tu ne le crois, en situation de te comprendre... Voyons, mon bon camarade, les yeux se remplissent de larmes!... (Morin, qui comprimait ses sanglots, se jette dans ses bras.) Des sanglots!... Que s’est-il donc passé?... Mon ami... remets-toi !
MOR1X, après un silence.
Oh ! tu me fais mal de m’attirer sur ce terrain !
RICHAUD
Au contraire , les larmes font du bien !
MORIN
Pas celles-là! Celles que je donne à l’autre... Oui! — Oh! penser que les mêmes yeux ont les mêmes larmes pour le meilleur des êtres ! (Il porte son alliance à ses lèvres.) — Et pour Ça !
RICHAUD
Hein?
MORIN
Mais non ! CO ne sont pas les mêmes ! (Passant rudement la main sur ses yeux, et regardant une larme à son doigt.) Ce 11 CSt rien, Cela ; Comme
disait ce maniaque qui s’était amusé à décomposer les larmes : « Un peu de mucus et de l’eau ! » Aussi, tu le vois, ça no dure pas; le feu de la honte vous monte au front... et les sèche vite!
RICHAUD
Mon Dieu ! qu’a-t-il donc fait?
MOllIN.
Lui? Rien au monde! II jouit de la publique estime... et la mérite ! C’est rétro correct par excellence ! Il ne fera jamais rien contre le droit... Pas si simple !... Ajoutez : des capacités, de l’esprit. Ah! c’est un sujet fort goûté! — Seulement, dame!... pas de cœur!
Morin !
LA LOI DU COEUR, n i c, n a u ».
M O n I N , avec un calme terriblo.
Pas de cœur! — Je t’effraye, hein? à regarder cette vérité en ' face? C’est qu’il y a longtemps que j’en souffre, longtemps qu’elle est entrée là!... Mais elle n’en était pas sortie!... Eh bien, oui, mon ami, le voilà ce mot qui m’a, comme tu dis, ravagé !... Tu ne supposais pas que la bouche d’un père put arriver jamais à le prononcer, toi qu’entourent de vrais enfants... une vraie famille! Oh! oui, tu as raison, je suis, par moments... accablé!
IU C H A ü O , troublé.
Comme j’étais loin, juste ciel! de soupçonner ce que tu m’apprends! Je croyais, au contraire, que l’intervention dévouée de ton fils avait donné do grands adoucissements à tes embarras...
si o R I N.
Et qui t’avait si bien instruit ?
Rien a un.
Lebel, son associé.
si on IN.
Ahl... Autre langue dorée! — Son intervention dévouée s’est résumée pour lui en une bonne affaire, caron lui offrait, un mois après, cent mille francs du marché...
RICHAUD
Du marché?
MOR IN
Sans doute !... Pressé de toutes parts, et non-seulement ruiné, mais engagé par de misérables agents au delà de mes prévisions, forcé, dès lors, de me créer des ressources immédiates, pour sauver du moins un nom... qu’il eût mérité de porter entaché, j’ai dû vendre Beauval, à l’instant, coûte que coûte... Eh bien, il m’a acheté, à moi, son père, la terre où il était né; et me l’a payée avec mon argent... juste les trois cent mille francs que je lui avais donnés, le jour do son mariage !... Ça a quelque chose de... bizarre, hein?... Son notaire a trouvé cela très-régulier... (souriant.) Le prix faible, mais convenable, vu l’urgence... Moi j’ai