‹ La loi et la foi [microform]Chapitre 103 sur 210 · Epiph., Haer., xxix. — Eusèbe, H, E., III · texte numérisé non relu

Epiph., Haer., xxix. — Eusèbe, H, E., III

OU, au contraire, Ebion n'est-il qu'un personnage légendaire et l'appellation d'Ebionites viendraitelle d'une corruption de l'iiébreu Ebionim^ les pauvres ? Les deux hypothèses s'appuient sur des raisons sérieuses.

Les Ebionites sont des chrétiens demeurés Juifs malgré leur conversion : ils pratiquent les rites juifs, et se tournent vers Jérusalem pour prier. L'idée de l'unité absolue de Dieu les domine au point de leur faire rejeter toute doctrine trini taire : Jésus est le Messie juif, et non pas le Fils de Dieu fait homme. Quelques-uns même nient sa naissance virginale, et voient en lui le fils de Joseph. Ils sont en outre hostiles à S. Paul et rejettent même tout le Nouveau Testament à l'exception de l'Evangile de S. Mathieu écrit en hébreu.

Sur l'ébionisme vint se greffer la doctrine d'Elkasaï, dont la secte commence à être connue au commencement du troisième siècle. Un ange de trente coudées de haut, le Fils de Dieu, ayant près de lui un être femelle de taille proportionnée, le Saint-Esprit, fait une révélation pour exhorter les hommes à la pénitence et à un baptême purificateur. Ce baptême peut être renouvelé plusieurs fois. Un membre de la secte, Alcibiade, essaya vainement sous le pontificat de Galliste d'importer à Rome ces spéculations et ces rites bizarres.

Les documents les plus importants relativement

aux hérésies judaïsantes sont le^ apocryphes clémentins, Récognitions, Homélies, et Lettre à S. Jacques. Bien que ces écrits aient pu être remaniés dans un sens orthodoxe, ils ont certainement subi une influence hérétique et la doctrine qu'ils renferment est apparentée avec l'Ebionisme. L'Ebionisme des Clémentines ressemble surtout à celui que décrit S. Epiphane, et qui est l'ancien Ebionisme complété par des doctrines empruntées aux Esséniens, aux Nazaréens, peutêtre même aux Elkasaïtes.

Selon S. Epiphane, les Ebionites usent des livres de S. Clément de Rome, mais les allèrent; ils sont les adversaires de S. Paul qu'ils appellent rhomme de Tarse, ils mettent en avant l'autorité de S. Pierre. Leur doctrine est dualiste : le monde est sous l'influence de deux êtres, l'un mauvais, roi du siècle présent, l'autre bon, roi du siècle à venir; ces deux êtres sont sous la dépendance du Dieu suprême. Le Christ céleste descendu sur Jésus est pour eux le roi du siècle à venir et en même temps le seul vrai prophète, car les autres ne sont pas véritables. En même temps qu'ils attaquent les prophètes, les Ebionites rejettent une partie de la Loi. Au point de vue moral, ils obligent les jeunes gens à se marier de bonne heure par crainte de l'incontinence et au besoin les y font contraindre par l'autorité

de leurs maîtres* Ils imposent des bains purificateurs, et s'abstiennent de l'usage de la viande. La plupart de ces traits se retrouvent dans les Clémentines. En premier lieu l'opposition à S. Paul, que l'on désigne sous le nom de l'homme ennemi. C'est lui qui est la cause de l'incrédulité des Juifs. Les apôtres ayant été amenés devant le sanhédrin, Jacques exposait, d'après les Ecritures, que Jésus est vraiment le Messie ; son discours produisait la conviction chez ses auditeurs et ceux-ci allaient demander le baptême, quand un homme ennemi fît irruption au milieu des sanhédrites, injuria et frappa Jacques, le laissa même pour mort et excita tellement les esprits contre les chrétiens qu'il fut chargé d'aller à Damas les rechercher et les amener^. Cette dernière allusion fait voir quel était l'homme ennemi. En d'autres endroits, Paul est reconnaissable sous les traits de Simon le Magicien : c'est lui qui est allé le premier aux nations avant Pierre, aussi son évangile est-il un évangile d'erreur, car comme les œuvres du mauvais précèdent les œuvres du Christ, comme Caïn précède Abel, comme Ismaël précède Isaac, ainsi l'évangile d'erreur précède l'évangile de vérité 2. Et ceci est pour ceux qui voulaient, selon l'enseignement de l'épi-

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